Alors que Lison allait expliquer à Lucas qu’il n’était vraiment pas sortable avant de lui demander s’il n’avait jamais vu ses parents passer le balai sur le carrelage chez lui, la demoiselle Dei Cento lui attrapa le bras et lui indiqua silencieusement une salle… Lison avait retenu le nom de la jeune femme. Il y avait des gens qu’on remarquait plus que d’autres. La fille habillée en noire et à l’air un peu mystique en faisait partie. Lison ne savait pas trop ce qu’elle cherchait à lui faire comprendre, mais elle était intriguée et elle se dirigea donc d’un pas décidé vers la pièce. Suivie finalement par Dei Cento, qui avait pourtant fait mine de ne pas vouloir y retourner… Peu importait. Elle était un peu spéciale, cette fille, cela dit. Non pas que Lison considérait cela comme un défaut. Elle était assez grande pour ne pas se fier à ce genre de détails pour juger une personne. Chléo alluma la lumière. Les deux femmes pouvaient à présent voir une… créature… De belle taille. Bon, elle n’avait pas l’air particulièrement agressif… Mais tout de même… Elle était pour le moins impressionnante. Lison déglutit. Et Chloé pensa que le moment était opportun pour se présenter. Soit. Lui brosser les dents ? Tiens, Lison venait de penser tout haut.
« Oui, on nous a demandé de nettoyer, donc nettoyons ! Allez toi le balai et la serpillière et moi les dents et le gentil petit bonhomme. »
Lison haussa les sourcils, du style jusqu’à l’implantation des cheveux, si vous voyez ce que je veux dire…
« Bonhomme ? Gentil ? »
Cela dit, il aurait été plus pertinent qu’elle relève le terme « petit », parce que s’il y avait bien un mot douteux dans la phrase de Chléo, c’était celui-ci. La créature était tout sauf petite. C’était bien là le problème, s’il y en avait un. Lison ne commença pas le ménage comme l’avait décidé la demoiselle en noir. Elle ne pouvait pas s’empêcher de la regarder s’approcher de la cage du monstre, passer son balai au travers des barreaux et tenter d’attendre les dents de la bestiole. Elle était inquiète de ce qui pouvait se produire Mais subitement, Chléo laissa tomber son balai pour reculer et prendre Lison par le bras au passage. L’air de rien, elle avait de la force… Chléo referma la porte derrière elles une fois qu’elles furent sorties. Une sorte de rauquement-sifflement sourd se fit entendre la pièce.
Bon.
Lison imaginait à peine l’état de la pièce, à présent. Dei Cento l’incita presque subtilement à entrer dans la pièce. Lison soupira et leva les yeux au ciel.
« Ok, ok, j’y vais, pas la peine de tourner autour du pot. »
Lison ouvrit la porte. La pièce éclairée était à présent en partie tachetée d’une substance couleur vert d’herbe, curieusement plus sympathique à regarder que de la morve d’humain. Mais la consistance était tout aussi répugnante. Lison osa s’aventurer dans la pièce en tâchant d’éviter les flaques de bave et de morve. Elle ne craignait pas tant de se salir que de glisser, de se casser la figure et de tout étaler. La créature herbivore finissait d’émettre quelques reniflements glougloutant.
« Il va bien, déclara Lison en se tournant vers Chléo qui était resté sur le pas de la porte et qui pénétra à son tour dans la pièce à cette nouvelle. »
Puisque c’était ce qui l’inquiétait… Et maintenant ?
« On va plutôt inverser les rôles. Après tout, c’est un peu à cause de toi qu’il a éternué… Moi je vais voir ce que je peux faire avec les quenottes de monsieur… S’il le faut vraiment… »
Lison posa un regard interrogateur sur Chléo qui acquiesça d’un air insistant. Soit. Lison fit une légère grimace. Elle allait partir du principe que la jeune femme en noir savait de quoi elle parlait. Après tout, l’A.P.O. ne l’avait sûrement pas engagée pour rien. La pilote s’approcha du seau de Chléo, relativement épargné par la morve de monstre. Elle l’attrapa avec la serpillière de l’italienne et se tourna vers la cage. Il devait bien y avoir de l’eau, là-dedans… Oui, un abreuvoir, avec un robinet. Mais Lison allait devoir entrer dans la cage pour s’en servir. Ok. Pas de problème. Elle allait le faire. Mais si. Lison prit une grande inspiration. Elle repéra une porte dans la grille. Elle en tourna la poignée : elle n’était pas verrouillée. De toute évidence, quelqu’un (ou quelque chose ?) avait prévu qu’il faudrait bien que quelqu’un entre là-dedans. Cela montrait aussi que le mastodonte qui se trouvait à l’intérieur ne voulait ou ne pouvait pas s’échapper et donc qu’il avait soit un intelligence, soit des capacités, soit un esprit d’initiative limités. Ou les trois à la fois. Lison pensait à tout cela pour se rassurer et se donner du courage. Allez, c’est comme un gros éléphant, ajouta-t-elle, mentalement. Cependant, cette pensée-là ne l’aida pas plus que ça. Elle n’avait jamais trouvé les éléphants sympathiques et encore moins rassurants, malgré l’opinion publique qui tendait vers : les éléphants, c’est gentil, ce sont des victimes, il faut les protéger. Pourquoi pas, mais de loin seulement, merci bien.
Bref, Lison poussa la porte et pénétra doucement dans la cage, ses baskets faisant crisser la paille qui se trouvait sous ses pieds. Le bruit attira l’attention de l’animal. Comprenez par là qu’il tourna la tête et souffla dans la direction de Lison, couvrant ainsi ses lunettes de buée. C’était malin, ça, maintenant, elle ne voyait plus rien. Elle ôta la monture de son nez et commença à essuyer les verres avec le revers de sa veste de survêtement tout en grommelant, à l’adresse de la créature :
« Tu pourrais y mettre un peu de bonne volonté, tout de même, c’est pour toi que je fais ça. »
Et aussi pour Chléo, certes. Car si celle-ci n’était pas en train de la regarder avec de grands yeux insistants, elle aurait déjà oublié cette histoire de dents depuis belle lurette.
L’aviatrice fit quelques pas de côté en direction de l’abreuvoir, histoire de ne pas trop tourner le dos au gros mangeur d’herbe. L’eau qui se trouvait à l’intérieur de l’abreuvoir était croupie, tellement sombre qu’on ne voyait plus le fond du récipient. Il allait falloir la changer… Lison retroussa sa manche droite et hésita un moment avant de plonger sa main gantée dans l’eau saumâtre. Elle ne put s’empêcher de penser à Fort Boyard lorsqu’elle rencontra une chose molle en émettant un bref « heurk ! ». Elle ne voulait pas savoir de quoi il s’agissait. Puis, tâtant le fond de l’abreuvoir, elle rencontra enfin le bouchon qui oblitérait le siphon. Elle dut tirer fortement dessus pour le retirer. L’embouchure était plutôt large et le niveau de l’eau baissa rapidement en tourbillonnant et en gargouillant. Lison repositionna le bouchon et fit couler de l’eau propre (enfin, plus ou moins) dans l’abreuvoir. Elle remplit aussi le seau et trempa la serpillière dedans, serpillière qu’elle s’appliqua ensuite à nouer au bout du balai de façon à ce qu’elle n’en tombe pas. Et c’était plus facile à dire qu’à faire. Après plusieurs tentatives infructueuses sous le regard curieux de la bête, Lison finit par faire un nœud grossier avec la serpillière autour du manche du balai.
La jeune femme blonde dressa le balai devant elle, direction les dents de la créature. Elle commença à frotter, mais l’animal se montra plutôt récalcitrant. Il n’avait apparemment pas l’habitude qu’on lui fasse subir ce genre de traitement. Ce qui expliquait peut-être pourquoi Chléo pensait si fermement qu’il fallait lui brosser les dents. Quoi qu’il en soit, il finit par serrer les dents sur le balai (c’était curieux la façon dont il refermait sa mâchoire triangulaire). Lison tira sur le manche et, bien évidemment, ce qui devait arriver arriva. La tête du balai se détacha du manche. Le gros herbivore recracha une tête de balai enrobée de serpillière et de bave.
Et voilà. Il venait à peine de poser son sac de voyage chargé de vêtements qu'un haut-parleur déclara que tous les membres récents de l'APO devaient se rendre rapidement au niveau -3 pour un "Grand nettoyage de Printemps". Une question vint rapidement à l'esprit de Travis : Mais où est ce niveau ? En entendant le temps restant pour se présenter, il attrapa le petit plan explicatif, très succinct, et sorti de sa chambre en fermant à clé, son cran d'arrêt dans la poche. Il trouva rapidement l'ascenseur et descendit au niveau -3 en compagnie d'une dizaine d'autres personnes - Diantre, que les ascenseurs sont grands, ici.
Une fois arrivé, il rangea le plan et suivit le flot d'agents sortis de l'élévateur, se doutant que ces personnes se rendaient à la même mission que lui. Et pour l'instant, il n'avait rien - si si, rien - de paranormal. Il avait même commencé à douter, tant cette information pouvait paraître saugrenue. M'enfin, il allait bien finir par "tomber" sur quelque chose, et le plus tard possible, espérait-il. Une fois devant la grande porte où tout le monde s'était arrêté, à l'intérieur d'une salle elle aussi très grande, il avait attendu que le délai soit écoulé, puis avait écouté les instructions sans pouvoir se retenir de sourire. Nettoyer ? Non... Sérieusement ?
Il se dépêcha de fouiller dans le casier le plus proche, et réussit à obtenir un balai vert et jaune, une ceinture avec des produits nettoyants et des serpillières, et même un long balai-serpillière. Il se remémora avec délice les longues séances d'entrainement au kendo, et tenta même de faire tourner ses nouvelles acquisitions quand il se rendit compte qu'il allait finir par frapper quelqu'un. La porte par laquelle ils étaient entrés ici s'était déjà refermée, et le grand sas s'ouvrait dans un chuintement lourd.
Une fois ceci fait, il observa alors le couloir qui s'offrait à eux, et sentit l'atmosphère se rafraichir un petit peu, lui rappelant sa Russie. Il n'avait toujours pas croisé son frère, n'ayant pas eu le droit de le voir, et espérant bien le retrouver... Mais la foule était plutôt compacte, et il ne réussit pas à le voir. Il avait vu cependant les quatre personnes se précipiter dans le couloir, et seulement trois d'entre-eux revenir un peu avant une belle chaussure couverte d'un liquide visqueux. Quelqu'un dans la salle prononça quelque chose, et il se rendit compte soudainement que se faire comprendre par ici allait se révéler très ardu, ne maitrisant que le russe et l'anglais.
Soudainement, du mouvement. Apparemment, les agents avaient décidé de se mettre en mouvement, et c'était pas trop tôt, tant Travis commençait à s'ennuyer. Il observa quelques personnes former de petits groupes, et s'amusa à les regarder se séparer pour rentrer dans les nombreuses salles du couloir, sans en suivre un. Et pour cause, il avait entendu un son si familier qu'il se demandait bien ce qu'il avait entendu. Il essayait à présent de repérer la source de ce bruit si particulier, quand il repéra enfin celle-ci, sous la personne d'une jeune fille avec une casquette rouge, tellement bien repéré qu'il pouvait à présent se certifier à lui-même que la jeune fille avait parlé russe. A croire que sa bonne étoile existait, finalement. Après tout, pourquoi pas ?
Il la suivit donc, elle et un petit garçon qui avait du mal avec ses propres ustensiles, ainsi qu'une autre personne, et s'apprêtait à engager la conversation avec la jeune fille qui venait de dire "Moutons" quand un autre homme voulut s'engouffrer dans la même salle qu'eux et frappa la porte grillagée avec son pied, ce qui eu pour effet de réveiller une grande créature couverte de poils blancs, alors que Travis venait à peine de repérer une autre créature, ressemblant effectivement à un gros mouton orange.
- Дерьмо.
Il entendit alors la jeune fille, visiblement russe, traiter le nouveau venu d'idiot, et dire quelque chose d'autre qu'il n'avait pas saisi, hésitant entre une langue étrangère, et le fait de voir un Yéti pour de vrai pour cause de cette non-compréhension. Il se figea alors, puisque le Yéti venait de poser les yeux sur lui. Heureusement, il était hors de portée de la bête, les barreaux les protégeant lui et les 5 personnes réunies ici. Mais le Yéti ne l'entendit pas de cette oreille, et décida de chercher la personne qui l'avait réveillé en écartant tout simplement les barreaux qui se trouvaient devant lui avec ses poings immenses de la taille de ballons de basket.
- Et maintenant, prononça Travis dans un anglais impeccable, on fait quoi ?
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Sam 16 Mai 2009 00:15
Narcisse
Re: Prologue – Monster Hunter
Louis était sortit de la salle d’interrogatoire plutôt sous le choc, encore, de la situation. Il ne parvenait toujours pas à encaisser le fait qu’il était maintenant un agent pour une organisation qui lutte contre le paranormal. Bien entendu, il se sentait assez fier, surtout après avoir posé son sac dans ce qui serait sa chambre. Puis, d’un coup, il pensa à son frère.
*Ho, bor***, où est mon frère ? Ca fait bien des heures que je l’ai pas vu. Il a été emmené par ces types, là, donc il ne doit pas être bien loin. Si je fouille dans les lieux, peut être bien que je le trouverais. J’espère qu’il y aura des gens qui parlent anglais, ici, sinon, je risque d’être assez chaud. Ou des russes, peut être, voire des français ? Des russes de préférence ?*
Puis, il y avait eu l’appel. Fameux appel où on avait sept minutes pour trouver le lieu dans moins de sept minutes. Etant donné que c’était une mission importante, Louis prit son couteau à cran d’arrêt, histoire de pas finir démuni et chercha l’ascenseur. Il le trouva, avec moins de difficulté que prévue : tout le monde y accourait. De plus, des gens apparemment là depuis longtemps affichaient un drôle de sourire qui ne lui plaisait pas. A peine arrivé dans la salle avec tout le monde, la voix off désigna des casiers avec des balais, serpillères et autre. Il ne le sentait pas trop, Louis. Alors, il chopa direct le balai le plus solide qu’il pouvait repérer, avec une pelle en fer, afin de pouvoir se défendre si jamais une bestiole lui sautait dessus d’un coup. Quant à l’annonce du but de la mission… Ses épaules en étaient tombées jusqu’au sol. Un silence général avait suivi, en effet.
Mais tout de suite, Louis entendit des bruits pas très orthodoxes derrières la porte près de lui. Il se sentait tellement en sécurité, avec son balai et sa pelle, qu’il recommença à chercher son grand frère protecteur chéri. Ainsi, il balaya la salle des yeux, remarquant que des courageux prenaient l’initiative de rentrer dans les salles.
De ce fait, il nota la présence de Travis pas loin, dans le coin. Heureux, il l’appela, mais celui-ci ne lui répondit pas. Alors il le suivit, sans pouvoir l’attraper, jusqu’à ce que Travis parvienne à une salle suspecte d’où s’échappaient des… Des… Des bruits étranges. Figé sur place, la gorge sèche, il commença brusquement à se demander si la mission bizutage n’avait pas un côté plutôt sérieux. Alors, cramponnant son balai et sa pelle à deux mains, il marcha doucement vers cette salle maudite.
Et ce qu’il y vit fut horrible. Une sorte de créature blanche ayant une forte ressemblance avec un yéti échappé du Tibet de Tintin et un petit mouton qui s’est perdu dans un bain de teinture rousse pour cheveux avaient deux yeux, et en bonus le troisième œil de Bouddha. Que de créatures divines…
Arrivé juste au moment où son frère demandait ce qu’il convenait de faire maintenant, Louis réfléchit vaguement un moment, puis répondit en anglais :
« Si nous le pouvions, je crois que je proposerais de fuir. Tout simplement. Sinon… On pourrait vite fait nettoyer et se casser ? »
Il se rapprocha de son frère, histoire de bénéficier de son aura réconfortante qui lui donnait l’impression que tout allait bien et qu’il ne risquait rien. Sa montée d’assurance n’était due qu’à cela, bien sûr. Il sentait que le yéti et le bouddha roux devaient pas être très commodes. Surtout que Louis avait la vague impression que les barreaux de la cage de l’abominable bonhomme des neiges se tordaient un peu vers… Vers la droite.
« Ce ne serait pas une mauvaise idée, je crois, je balayer… Mais sans rentrer dans cette cage. »
L’hystérie guettait, si cette sale bête faisait un geste vers lui, il finirait volontiers par perdre les pédales. Il esquissa un geste de balai entre les barreaux de la cage, fit passer la brosse entre les barres, puis allongea les poils vers le sol. Puis attendit un geste avec crainte.
Il jeta un œil vers son frère :
« Quand cette mission sera terminée, je crois qu’on aura des choses à se dire… Non ? … »
Je vais l’étriper et l’éviscérer ensuite. Ou bien dans l’autre sens, je ne sais pas encore. Mais quelle idée aussi de me mettre sa main sur ma bouche ! On ne lui a jamais appris à avoir un comportement digne en toute circonstance.
Regardez moi par exemple, mon comportement est des plus dignes en toute circonstance. Je peux par exemple donner des coups de balai sans que tout le monde se moque de moi … bon là dans le fond, vous cessez de vous marrer comme des bossus oui ! Donc alors qu’elle m’a appris à donner des coups de balais, même si je ne comprends pas la terminologie puisqu’aucun coup n’est échangé, elle me bloque la respiration tout en m’entraînant dans une pièce possédant deux créatures au moins. Une jolie toute orange et une grosse qui m’a tout l’air d’être un yéti.
Au moins le mystère est résolu, ça existe bel et bien ! A présent, trouvons le moyen de partir dans un petit coin tranquille pour étudier les deux bêbêtes … Ca c’était ce qui était prévu, l’application des prévisions est malheureusement chamboulée par l’arrivée d’un … heu, comment le qualifier … énergumène, oui c’est ça un énergumène totalement fêlé de se balader en hurlant.
Donc le yéti est réveillé et il arrive. Je crois que je pourrais entonner la chanson sur Zorro …
L’yéti est arrivé, sans s’presser, le beau yéti, le grand yéti avec ses poils et … hum non ça ne va pas, je n’ai pas de rime en i pour la fin, tant pis !
Donc en quelque sorte nous sommes soit prisonniers de la pièce avec une fille et trois autres garçons, soit nous pouvons prendre nos jambes à notre cou et partir sans faire le ménage, laissant ainsi les autres s’en occuper. Cette seconde solution est très avantageuse puisqu’elle a le mérite de permettre de ne pas nous blesser. Et alors que, voix de la sagesse, je m’apprête à rassembler tout le petit monde, j’ai la sinistre impression que personne ne va m’écouter.
Yeni se place de manière à pouvoir étudier la bête tout en maintenant son arme… heu son balai en position de défense. Les deux frères se toisent et le plus grand répond à l’autre qu’ils discuteront plus tard. Et le fou furieux s’est approché de moi.
Bon, ok, il est proche maintenant et il me regarde avec un air qui ne me plait absolument pas. D’ailleurs il me prend par le bras et me tire en se mettant à courir en direction de la cage.
- A l’attaque ! Tu vas voir gamin ça va te muscler !
Mais bien entendu … il veut surtout mourir de me trainer ainsi parce qu’il ne l’a peut-être pas remarqué mais je suis un spécialiste des coups de balai moi. Et je n’ai pas lâché le mien, loin de là !
Je lui balance donc un bon coup dans les jambes le forçant ainsi à me lâcher et à glisser en direction de la cage qui semble moins solide vue d’ici. Je me retrouve assis sur les fesses, mon balai à moitié tordu (vive les manches en métal) et surtout mon égo en ayant repris un coup. Alors je suis peut-être gentil mais il ne faut pas m’énerver plus que ça sinon…
- Tu es malade toi ! Je ne vais pas à l’attaque d’un monstre inconnu moi, j’étudie tu vois ! Et … tu m’écoutes oui !
Je vais le tuer, il ne m’écoute pas, il reste là devant la cage à comater, j’ai tapé trop fort ? Non, j’ai visé les jambes, ça ne peut pas faire si mal que ça …
A mes côtés Louis s’est approché en tremblotant, les jeunes je vous jure … Je sais c’est moi le plus jeune, mais je ne suis pas uniquement jeune, je suis plus ancien à l’APO que lui donc je peux totalement être considéré comme un ancien et pas un jeune. Quoi je ne suis pas clair ! J’ai toujours mon balai moi !
Je me redresse en m’appuyant sur ce dernier et je pose une main rassurante sur l’épaule de Louis. Bon, j’en profite pour l’essuyer de ce que j’ai récupéré en m’appuyant sur le sol, il ne faut jamais perdre le nord et je n’aime pas avoir les mains sales, ça salis les claviers. Donc comme ça je suis tranquille.
- Tu crois que c’est un vrai ?
Heu ? C’est à moi qu’il pose la question là ? Oui c’est un vrai ! On ne crée rien à l’APO, on transforme parfois mais c’est tout … Donc je peux lui répondre.
- Oui, un vrai de vrai. Mais ne t’en fais pas, la cage est solide. Elle se déforme un tout petit peu mais elle ne va pas céder, ce serait très étrange. Donc on est à l’abri et puis s’ils l’ont laissé, c’est qu’il est inoffensif, ou peu offensif peut-être plutôt. Sinon moi c’est Lucas, ravi de te rencontrer.
Et voila j’ai terminé d’essuyer ma main sur son épaule et je peux raffermir ma prise sur mon balai en utilisant mes deux mains. De son côté Travis, s’est placé en protection, c’est gentil mais totalement inutile.
- Louis, on en reparlera plus tard !
De quoi qu’il cause ? Bon c’est pas trop grave, je n’ai pas besoin de comprendre. Je recule un petit peu et je remarque que nous sommes de plus en plus proches de la bête et qu’elle est toujours énervée par le bruit. Un yéti ça ne fait pas mal aux gens… je ne crois pas ! D’abord j’ai lu Tintin au Tibet et il est gentil le yéti ! Je vais même certainement pouvoir lui parler pour qu’il se calme.
Allez Lucas, du courage, tu peux parler au yéti.
- C’est toi qui t’es occupé de Chang ?
Tout le monde me regarde bizarrement, même le mouton et le yéti et je me rends compte que je me suis un peu trompé. Tant pis …
- Qui c’est Chang ?
Yeni … je l’avais presque oubliée elle ! Elle est proche de moi elle aussi et elle a l’air plus intriguée qu’effrayée. Je ne lui réponds même pas, elle m’a ridiculisé en m’apprenant à balayer, pas question que je la laisse continuer. Dans une attitude très mature, je boude ostensiblement et je commence à balayer juste à ses pieds ! Et toc !
- Grrrr ! Grrrr ! Oh ! Tiens, un grognement ! Qui cela peut-il bien être ?
Je redresse la tête et vois le yéti qui tends un bras (ou une patte, je ne suis pas au fait de la terminaison) en direction de Jolan. Il a l’air de vouloir jouer, comme c’est mignon ! Je propose avec une grande amabilité.
- Vous croyez qu’on doit le pousser vers son ami ?
Personne ne me réponds, tant pis … J’aurais essayé au moins ! Et un balayage de plus vers les chaussures de Yéni, je les trouve de plus en plus poussiéreuses, c’est très bien !
Il ne reste plus qu’à attendre que quelqu’un se bouge pour nettoyer dans les cages, mais ça ne sera pas moi, dussè-je utiliser mon balai pour me défendre ! Ah mais ! Je suis un enfant moi, il faut me protéger. Et non ce n’est pas de la mauvaise foi, j’ai toujours considéré que j’étais un enfant quand je dois être protégé ! Allez, je continue à empiler la poussière sur les pieds de Yéni, c’est facile le ménage en fait !
Il est parfois des choses auxquelles on ne s’attend pas. Ce que j'entends par là c'est que lorsqu'une jeune femme recrutée il y a peu par une agence bizarre de gens bizarres débarque a peine de l'hélicoptère l'amenant là où vivent les gens bizarres sus cités, elle ne s'attends pas forcément a être envoyée dans le bain aussitôt. Bah oui... Mais bon, on ne peut jamais tout prévoir n'est-ce pas ?
Et c'est ainsi qu'à peine débarquée de l'hélicoptère qui l'avait amenée, ses valises sous le bras et son sac sur le dos, la pauvre Hélène se retrouva a entendre cette annonce diffusée dans tout ce gigantesque château fourmillant d'activité. Bien évidemment, puisqu'elle s'imaginait que ses nouveaux employeurs étaient des gens civilisés, elle se disait que cela ne la concernait pas. Fatalement, elle avait juste eu un briefe rapide sur les activités et la raison d'être de l'A.P.O et se disait qu'ils lui laisseraient le temps d'au moins s'installer. Et bah non... Manque de bol, ils n'avaient pas l'air très civilisés dans cette baraque. Ses accompagnateurs, voyant qu'elle ne faisait pas mine de se précipiter vers un niveau dont elle ne connaissait même pas la localisation, lui chipèrent aussitôt ses bagages, lui indiquèrent la direction à suivre et la poussèrent sans ménagement dans la direction de l'ascenseur le plus proche. Bien évidemment, elle ne se laissa pas faire et freina des quatre fers pour ne pas aller vers l'ascenseur en question. Pas folle la guêpe...
Au bout d'une dizaine d'encouragements vigoureux du style "Faut y aller !", "Vas-y ou on balance tes affaires à la benne !" et autres gentillesses du même acabit, elle finit par se laisser convaincre. Elle faisait donc quelques pas vers l'ascenseur quand son regard fut attiré vers l'embrasure d'une porte toute proche, par cette porte, elle voyait tout pleins de gens dont certains, bien que très certainement très gentils, possédaient quelques appendices du type "tentacules gluants" donnant l'impression de ne pas être franchements humains. Alors là, bien évidemment, quand on voit qu'il y a déjà pas mal de créatures bizarres à un niveau censément "sûr" (enfin c'est ce qu'ont lui avait dit dans l'hélico), si au niveau -4, les bestioles sont pires, l'espèce de mission là, c'est peut-être pas une balade de santé... Telle était la pensée qui fulgura dans la tête de la barmaid. Et la conséquence de cette pensée fut un demi-tour pirouetté à 180° et une rapide course en direction des preneurs de bagages. Ces derniers firent bien mine de la repousser mais la charge frontale de la demoiselle les percuta de plein fouet et les envoya bouler sur quelques mètres. Ceci fait, elle mit la main sur son sac a dos et attrapa la poignée de sa bonne vieille batte de Baseball qui dépassait. Elle l'en tira tel un preux chevalier dégaine son épée et s'adressa aux pauvres bougres étendus au sol et qui la regardaient d'un drôle d'air.
- Désolée les gars, je prends juste une petite précaution...
Une jolie petite précaution en aluminium plaqué argent même. Une fois sa briseuse de dents en main, elle se sentit suffisamment en confiance pour retourner vers l'ascenseur et rejoindre le sas où elle était attendue. Sas où elle arriva juste a temps pour mettre la main sur une serpillière et un spray de nettoyant pour vitres. Traduction, elle ferait les carreaux : laissons donc les trucs dégueulasses aux autres... A partir de là, elle resta un peu en retrait. Elle nota, comme tout le monde, que le premier type a avoir franchit la porte du sas s'était fait gobé tout rond par une bestiole qui n'aurait peut-être pas dû être là... (Ou au moins dans une cage quoi... C'est quoi cette prison où on enferme même pas les trucs dangereux ?) Puis elle vit une Russe prendre son courage à deux mains et commencer à travailler en emmenant les autres avec elle. Hélène suivit le mouvement de loin, histoire de toujours avoir quelqu'un en visuel au cas où mais aussi pour ne pas être trop proche de ces tarés qui font un boucan de tous les diables... Parce que imaginons qu'il y ait d'autres bestioles en liberté du genre de la gobeuse du début, ces bestioles risqueraient d'être attirées par le bruit, et donc de s'attaquer à la source dudit bruit ! En clair, mieux vaux rester un peu à l'écart, c'est plus prudent... D'autant que de part son passé de cambrioleuse, Hélène savait très bien se déplacer silencieusement. Bon, bien sûr, si elle avait sût ce qui allait lui arriver, elle aurait mis autre chose que sa tenue habituelle bardée de chaînes et de ferrailles qui cliquètent mais bon... Elle réussit quand même à se montrer relativement silencieuse. Avançant prudemment, son spray tenu de la main gauche et tendu devant elle pour pouvoir projeter du liquide vaisselle dans les yeux de toute bestiole bizarre qui aurait la velléité de l'approcher et sa batte dans la main droite, tenue au dessus de sa tête, prête à balancer un swing aussitôt après. Bon, certes, cela n'est pas la position la plus pratique pour avancer rapidement mais au moins, c'est un peu (juste un peu) rassurant.
Elle traversa ainsi quelques salles habitées par des bestioles diverses et variées allant du mignon tout plein au vomitif visuel en lavant prestement toute vitre à sa portée. En progressant ainsi, relativement en solitaire, elle fini par atteindre une salle où se trouvaient quatre types et une fille. Dans les quatre types, on avait un genre de binoclard de poche, un grand type étendu par terre et les deux autres avaient un petit air de ressemblance, peut être des frères. La fille, s'était la russe de toute à l'heure. Et l'attention de ses cinq personne semblait focalisée vers une cage contenant un genre de grand primate blanc, par l'air particulièrement avenant avec ses grognements et ses griffes. Style yéti de Tintin en plus méchant en fait. Voyant que le type par terre était quand même pas bien loin d'un des bras du machin blanc, elle rengaina (accrocha a sa ceinture en fait) son spray pour vitres et saisit la cheville du type pour le traîner (tant pis pour la poussière et les déchets non identifiés) dans un endroit un peu plus éloigné de la cage. Ceci fait, et le tout sans pour autant lâcher la grosse bestiole du regard ni sans oublier de garder sa batte en l'air prête a swinguer, elle s'adressa aux autres.
- Vous avez fait quoi pour l'énerver ce machin ?
Mar 19 Mai 2009 10:02
Aconit
Re: Prologue – Monster Hunter
Phoebe avait terminé d'astiquer une vitre derrière laquelle une main aux tendances maniaques pointait de son index la moindre trace de saleté qui osait persister. Ce qui avait pris à la pauvre fille un bon quart d'heure pour que le vivarium de la créature soit impeccable. Et bien quoi ? Fut une époque, la chose avait été célèbre. Après un bref tour de la salle et s'être essuyé le front avec une main gantée, la jeune femme décida de rejoindre ses compagnons...Qui c'était déjà fait la malle. Rythme cardiaque qui s'accéléra, Coeur qui loupa un battement. La demoiselle prit la route vaillamment, en se forçant au courage. On notera toutefois que sa démarche semblât un instant quelque peu hésitante. L'épisode de la godasse l'ayant sûrement traumatisée. Il fallait reconnaître pour sa défense que cet événement en plus de lui démontrer l'éminence d'une mort prochaine et douloureuse , faisait remonter à sa conscience son tête à tête avec un cheval lacustre anthropophage qui l'aurai bien ajouté aux hors d'œuvre. Mais fallait pas paniquer, ça servait à rien non ? Si ? NON ! Ok. Mais y'avait quand même ce type... Oui mais il avait failli à toutes les règles de sécurité...Il avait été crétin...Et puis personne n'avait hurlé, donc pas d'autre morts. L'aérosol dans une main, prêt à l'action, le masque de plongée remontée sur le haut de son crâne et le seau en bouclier (dans laquelle se trouvait l'éponge), elle s'avança dans le couloir mal éclairé où s' exposaient des ombres mouvantes et fluctuantes (l'atmosphère étant ponctuée ça et là par des hurlements stridents, des grattements, des grognements et autres joyeusetés du genre). Quand soudain quelque chose surgit devant elle, chose qu'elle attaqua à coup de spray lave-vitre.
« Mais vous êtes totalement tarée ! »
Ah merde ça parle. Donc c'est humain (en déduisit-elle dans un moment le lucidité). La personne en question était un nouvel arrivant, à peine une semaine si ses souvenirs étaient bons... Un biologiste. Pas fait pour le terrain si on voulait son avis. Le pauvre venait de plaquer une main sur le crâne. Elle n'y avait pas été de main morte...Mais il aurait sûrement regretté ses yeux si elle l'avait aspergé avec. Ce truc contenait de l'ammoniaque. Autant vous dire bye bye les globes oculaires.
« Effectivement » Siffla t'-elle un brin excédée. « Mais ça c'est parce que vous êtes un mufle sans cervelle. Ca va pas de faire peur aux gens comme ça ? Vous voulez vous faire tuer ou quoi ? Non parce que si vous avez des tendances suicidaires, z 'avez cas le dire ça ira plus vite. »
La vérité c'est que Flea était horriblement vexée d'avoir confondu un pauvre type avec une bête immonde pleine de crocs, bave, et tentacules visqueuses qui voulait la transformer en kebab. Prenant un peu de recul, la jeune femme déclara plus posément :
« Je suis désolée, là ! Vous êtes content ? »
La diplomatie n'avait jamais été son fort, et cela se sentait. L'homme quant à lui avait un air hagard et venait de se redresser sur les jambes.
« Vous pourriez être un peu plus aimable tout de même... Moi c'est Fred. Et vous ? »
Il venait de lui tendre la main. Même si le moment semblait incongru, l'ex flic se plia de bonne grâce à cette tradition éculée.
« Phoebe Zalander mais mes amis m'appellent Flea »
L'homme -Fred- puisque c'était son nom tenta un sourire.
« Ravie de vous rencontrer Flea, je crois vous avoir vu au mess. »
« J'ai dit les amis... Pour vous ça sera Zalander »
Ils prirent ainsi un couloir en pente douce qui les mena vers d'autres couloirs tout aussi glauque. Après avoir marché ce qui lui sembla un siècle et demi, le couple d'aventurier en uniforme se trouva à une intersection.
« On est déjà passé par là. Regardez cette vitre est propre ! »
Indiqua le biologiste en remontant ses lunettes sur son nez.
« Je vous l'avez dit, on s'est perdu. Ca fait dix minutes qu'on tourne en rond ...Mais ça c'est de votre faute ! Là fallait tourner à droite puis à gauche ! »
Maugréa la jeune femme en se laissant glisser sur le sol d'une propreté douteuse.
« On va trouver une solution. »
Déclara t'il d'un ton paternaliste qui hérissa le poil de la féministe fervente qui se cachait derrière le visage plus ou moins avenant de la demoiselle.
« Ah ouai ? Et vous allez faire quoi ? Attendez je vois le genre : Équipés des gants en caoutchouc, on se sert de mon masque de plongée pour en faire une fronde. Avec ça on chasse les verts luisants sûrement pas comestibles. Après avoir court-circuité un néon, on fait un feu dans le seau en brûlant des morceaux de chiffons. On essuie nos bouches pleines de bave (parce qu'on a été intoxiqué par les vers) avec l'éponge. Ensuite on s' enduit de débouche canalisation, et vous vous collez la ventouse là où je pense. Après on effectue une danse avec la serpillière en brandissant le balai brosse. Et enfin on se fout à poil et on se pend avec nos fringues. Parce qu'on est toujours perdu et qu'on est ri-di-cule ! »
Elle s'était relevée et menaçait son coéquipier avec le manche à balai. Il fallut bien cinq autres minutes pour que la jeune femme cesse de trembler de colère et de frustration mélangées et cinq autres pour rentrer dans une salle tout à fait inconnue. En son centre un gigantesque aquarium où vivait une étrange créature : une tête de licorne et un corps de serpent. Sur une plaque en métal, un nom : « Halshippus olai-magni ». De là, il semblait plutôt sympathique et émettait vaguement le même son que produise les otaries, ce qui aidait à être en confiance.
Dernière édition par Aconit le Dim 24 Mai 2009 19:29, édité 2 fois.
Dim 24 Mai 2009 19:12
Kitsunati
Re: Prologue – Monster Hunter
Lord Alexander Michael John Hamish Twain trouvait sa nouvelle vie éminemment intéressante. Principalement parce que c’était plutôt une nouvelle après-vie, et parce qu’après des siècles coincé dans un caveau sous des tonnes de pierres, même les programmes télés du mardi soir dégageaient de l’intérêt. En tant que mort de longue date, le spectre avait très vite appris la patience. Mais tout aussi minérale qu’elle fut, son propriétaire avait été bien content lorsque son ticket de sortie lui était apparu douze ans auparavant sous les traits de son dernier descendant. Confortablement installé à l’intérieur de l’héritier des Twain, le fantôme avait passé des années passionnantes à vivre le parcours de son protégé.
Un protégé qui s’était révélé extrêmement prometteur. Déjà, il avait permis à Michael de se promener un peu loin, très loin de ce maudit château. D’un point de vue culturel, les études avaient également été passionnantes. Le monde avait énormément changé ces dernières centaines d’années, du moins d’un point de vue technique. Mais lord Twain avait été surpris de constater que le fond était grosso modo resté le même : les êtres humains avait révolutionné de nombreux domaines, tout en ne changeant pas d’un pouce.
Et puis les vacances corporelles de Michael Twain avaient pris fin, ce fameux jour à l’université de Princeton où hanteur et hanté avaient appris avec stupéfaction l’existence étendue du monde surnaturel. Lord Twain avait été aussi surpris que son descendant : ce n’était pas parce qu’il était un fantôme qu’il devait nécessairement en exister d’autres un peu partout. Ainsi que des créatures tentaculaires, des créatures poilues, des créatures à sept yeux et, les plus curieuses et effrayantes de toutes, des créatures semblables d’apparence aux humains qui se tapissaient toute la journée derrière d’épaisse vitres, assis à un guichet où ils délivraient avec un malin plaisir les plus horribles des sentences. On les appelait des fonctionnaires, et malgré les démentis véhéments de l’APO, nombre de personnes au fait du monde surnaturels les soupçonnaient d’être issus du plus noir des enfers. Celui où il n’y avait qu’une file et ou les photocopieuses tombaient en panne.
L’APO . La nouvelle demeure de lord Twain. Il s’y plaisait bien : personne ne s’étonnait de le voir, maintenant qu’il était détaché et libre de son humain de descendant, et il jouissait de toute la liberté dont pouvait bénéficier un ectoplasme dont le côté le plus dangereux était celui de se lancer dans d’interminables diatribes contre le peuple anglais oppresseur. Et puis comme ça, il pouvait garder un œil sur Alrick.
Alrick James Twain, l’actuel héritier de la riche et puissante famille Twain, ancien humain hanté par son propre ancêtre, et fraîche recrue de l’APO. Cela faisait bientôt deux mois qu’il fréquentait les locaux de l’organisation, et il commençait tout doucement à en assimiler toutes les implications. Avoir été habité par un fantôme, même s’il ne l’avait appris que ces deux mois auparavant, avait beaucoup aidé à le mettre dans le bain. Le surnaturel était directement venu à sa rencontre sans prendre le temps de s’essuyer ses pieds immatériels sur le paillasson de son esprit. Un esprit qu’Alrick avait toujours eu plutôt ouvert, et qui se faisait doucement à l’idée de croiser un blob au détour d’un couloir. Le jeune homme, comme son ancêtre, se plaisait bien à l’APO. Du moins, il n’avait encore vu d’inconvénients majeurs à a nouvelle occupation. Il avait décidé de voir cette opportunité comme une sorte de nouveau départ. Alrick avait passé de bons moments à Princeton mais l’université, comme tout le reste dans sa vie jusqu’à aujourd’hui, ne lui avait pas apporté les réponses qu’il cherchait. Il n’y avait pas trouvé de but. Peut-être que l’APO pourrait l’y aider. Peut-être que les réponses se cachaient quelque part entre les vampires et les yétis. Ce qui était certain, c’était que les questions étaient beaucoup plus intéressantes.
Au moment de l’annonce, Alrick faisait un peu d’exercice au gymnase du siège de l’APO, histoire de se maintenir en forme un minimum. Depuis son intégration dans les rangs, Alrick n’avait pas eu grand-chose à faire. Comme la plupart des autres nouveaux, il avait surtout fait en sorte de repérer les lieux, d’étudier la base de données qui lui était accessible, et de s’habituer à une vie aussi nouvelle qu’étrange. Mais si Alrick se posait beaucoup de questions sur le sens de son existence, il avait tendance à beaucoup moins s’en faire pour le reste. Puisqu’il était là, autant en profiter, et garder la forme. Pour l’heure, il pratiquait quelques mouvements d’escrime en solitaire, n’ayant pas encore déniché de partenaires dans les locaux. Il s’agissait d’une escrime tout à fait classique : Alrick avait déniché un fleuret et fendait l’air en appliquant différents mouvements et enchaînements qu’il avait appris tout au long de ses jeunes années. D’un point de vue sportif, il s’en tirait plutôt bien. En ce qui concernait l’affrontement d’une entité démoniaque, il préférait ne jamais avoir à tester ses compétences ; surtout avec une arme qui pourrait servir de cure-dents à ladite entité démoniaque lorsqu’elle voudrait se retirer des morceaux d’Alrick Twain d’entre les crocs. Mais continuer à s’entraîner faisait du bien à Alrick, lui permettant de conserver son physique, une certaine routine, et de vider son esprit. A l’autre bout du gymnase, sur les tapis de sol, une femme blonde, la trentaine, s’entraînent au combat à mains nues avec une autre femme. C’étaient les seules autres présences en ces lieux, pour autant qu’Alrick puisse en juger.
Puis il y eu l’annonce, qu’Alrick écouta avec attention en faisant plier sa lame entre ses doigts, d’un côté puis de l’autre. A entendre, ça le concernait directement au même titre que tous les nouveaux agents fraîchement arrivés dans l’APO. A entendre, il allait s’agir de leur première mission. A entendre… Alrick se demanda s’il avait bien entendu. Du ménage. La voix qui sortait des haut-parleurs leur demandait de s’armer de seaux et de brosses et d’aller faire le ménage au fameux niveau des horreurs. Alrick prit une seconde pour assimiler les ordres, et sourit. Ca sentait le bizutage à plein nez. Il aurait reconnu cette pratique entre mille. Plus de deux ans passées au sein d’une fraternité sur un campus universitaire vous en apprenait sur le bizutage plus que vous n’auriez voulu savoir. Surtout lorsque cela impliquait de la mélasse, des paillettes et un projecteur. Alrick se rappelait encore très bien de son initiation au sein des Kappa Gamma Beta à Princeton. Parfois, il se réveillait encore la nuit et se passait aussi sec une main dans les cheveux, persuadé d’y retrouver une paillette. Et puis les choses avaient changé : il était devenu un frère à part entière, et il avait obtenu la présidence. Il avait commencé à bizuter à son tour. Gentiment, parce qu’Alrick n’était pas quelqu’un de mauvais, mais toujours avec inventivité. Il était toujours très fier du coup avec la chèvre.
Mais sur l’heure, il se retrouvait une nouvelle fois dans la peau du bizuté. Il eut l’impression d’être de retour quelques années en arrière, débarquant sur le campus tel un explorateur un peu perdu dans un nouveau monde. Voila que cela recommençait, mais cela ne l’ennuyait pas plus que ça. C’était un rite de passage, quelque chose qu’Alrick comprenait, et auquel il se plierait avec attention. Il était à vrai dire curieux de voir ce que les entrailles de l’APO leur réservait en matières de surprises pour leur initiation, et il suivit la blonde, elle aussi nouvel agent, vers les tréfonds du complexe. Ils y avaient rejoint l’attroupement de bleus, et Alrick avait passé les casiers en revue jusqu’à ce qu’il en trouve un qui ait échappé à l’attention de ses camarades. Plongé dans ses pensées, il l’ouvrit et jeta un œil distrait à l’intérieur.
« Bonjour mon garçon ! »
« Oh. Salut Mike. » Alrick répondit nonchalamment aux salutations de son aïeul. Il avait pris l’habitude de le voir surgir n’importe où n’importe quand, et avait dans l’idée qu’une recrue qui aurait sursauté à la moindre manifestation spectrale n’était sûrement pas taillée pour le métier. Et puis il aimait bien le vieux lord. Il ne voyait aucune raison de lui en vouloir pour l’avoir hanté, étant donné qu’il n’avait jamais remarqué, et puis il était toujours heureux de voir de la famille, même lorsqu’elle ci passait à travers la porte des cabinets pour une question soudaine qui ne pouvait pas attendre.
« C’est le grand jour, hein ? Les vaillants nouveaux agents vont se lancer à l’assaut de l’adversité ! »
« On peut dire ça. Est-ce qu’il n’y aurait pas un balai, ou quelque chose dans ce goût là ? »
« Il y a un râteau au fond du placard. Je crois que c’est pour le foin, ou des choses de ce genre. Paré pour l’aventure, fiston ? »
« Ben, je ne sais pas si on peut appeler ça une aventure, mais je suppose que oui. Merci pour le râteau. »
« De rien fiston. Et je ne parle pas d’aventures pour rien : j’ai fait un petit tour à ce niveau, et crois moi, y a de sacrées surprises là-dessous. »
« Ca ne m’étonne pas. Je sais reconnaître un bizutage qu’en j’en vois un. »
Alrick accrocha le fleuret à sa ceinture, l’ayant distraitement apporté avec lui. Il ne se sentait nullement plus rassuré en possession d’une arme qui aurait eu de la peine à percer un trou dans de la guimauve, mais il n’avait pas envie de remonter la poser au râtelier. Il s’empara du râteau et se le posa dur l’épaule. Traversant la porte du casier, lord Twain vint tourbillonner devant lui :
« Je ne suis pas allé très loin, cela dit. Il y a es endroits dans ces couloirs où il ne fait pas bon s’attarder, même pour un fantôme. Enfin, je voulais te souhaiter bonne chance, mon garçon. »
« Merci. »
« J’espère que tu ne tomberas pas une flaque d’acide, ou quelque chose comme ça. » s'enquit le spectre, sincèrement concerné.
« C’est gentil. »
« Il paraît qu’un des premiers à être entré dans le couloir n’y a laissé que ces chaussures. Mais je crois qu’ils ont de quoi le remettre sur pieds. Ah ah. »
« Ah ah. »
« Sinon, ça me fera peut-être de la compagnie. »
« Heu.. sans doute?»
« Bon et bieen je vais te laisser aller accomplir ton devoir, fiston ! Je crois qu’ils sont à la recherche d’une nouvelle nouvelle star, et je ne voudrais pas manquer les éliminations. On se revoit tout à l’heure. Enfin j’espère. »
Son ancêtre lui sourit, et disparut à travers le mur. Alrick hocha pensivement la tête, amusé. Il était toujours étonné de constater à quel point le fantôme s’entichait de passions surprenantes pour un être immatériel. Alrick avait la nette impression que niveau concours et élimination, ce que leur avait préparé l’APO se révélerait nettement plus intéressant à regarder. Son râteau toujours sur l’épaule, Alrick haussa les deux qu’il avait et prit la suite des derniers agents qui s’étaient enfin décidés à pénétrer dans le couloir. La première constatation d’Alrick concernant les lieux fut qu’ils n’étaient pas très accueillants. Comme on pouvait s’y attendre. Les bizutages étaient connus pour se dérouler dans des lieux aussi peu amènes qu’étonnants, et ce niveau de l’APO souscrivait sans aucun doute à chacun de ces critères. Et puis, il y avait les chaussures. Pas loin de l’entrée, elles étaient toujours là, abandonnées sur le sol. Alrick se sentit vaguement mal l’aise : malgré tout ce qu’on lui avait dit sur les possibilités éventuelles de résurrection, il n’était pas certain que ses principes s’accorderaient à ceux d’une agence qui laissait ses bleus se faire tuer lors d’un simple ménage. Même temporairement. C’était sans doute une idée à laquelle Alrick devra se faire, mais il avait beaucoup de peine. Il avait tendance à respecter la vie et à ne pas la considérer comme quelque chose dont on pouvait disposer avec autant de légèreté. Surtout, comme dans le cas présent, lorsqu’il pouvait finir par s’agir de la sienne. Il fit descendre le râteau entre ses mains et, respectueusement, poussa les chaussures dans un coin à l’entrée ou elles ne seraient plus en vue du premier venu. Et puis, s’il avait un jour à nouveau la possibilité d’en mettre, son ancien propriétaire voudrait peut-être les récupérer…
Alrick passa les minutes suivantes à suivre le couloir, apercevant ici ou là des groupes d’agents s’affaire à telle ou telle tâche. Pour sa part, l’écossais commençait sérieusement à se demander ce à quoi diable il pourrait bien se rendre utile. Lorsqu’on était le fils unique d’une riche famille qui habitait dans un château, le ménage était une notion inconnue. Il existait, certes, mais n’arrivait généralement qu’aux autres. Alrick avait bien fini par intégrer deux ou trois notions sur la chose, mais il n’aurait jamais pensé se retrouver avec un râteau dans des couloirs dédiés au surnaturel. Nettoyer une vitre lui paraissait déjà incongru en temps normal, alors un vivarium de basilic, par exemple… Il n’était pas trop sûr de savoir comment s’y prendre. Mais les règles étaient les règles, et ce passage par la case ménage nécessaire. Finissant par se décider, il emboîta tranquillement le pas à la femme blonde aperçue au gymnase, elle-même accompagnée d’une consœur. Il n’avait pas de raison particulière de suivre ces agents là, mais un groupe en valait bien un autre, et il avait la nette impression que les autres contenaient déjà assez de membres pour s’atteler à leur tâche.
Stoppant ses pas le temps de changer son râteau d’épaule, Alrick resta un instant en arrière. L’accessoire de ménage qu’il s’était octroyé pesait son poids : il était bien plus grand et bien plus lourd que tous les râteaux jamais vu dans les jardins du château des Twain. Calant sa nouvelle prise, Alrick reprit sa marche pour pénétrer dans la grande pièce où trônait, dans sa cage, la grosse créature herbivore qui venait d’éternuer. A en juger par l’état des lieux situés dans la trajectoire nasale de la créature, l’éternuement avait été plus que conséquent. La fille vêtue sombrement regardait tout aussi sombrement l’état dans lequel s’était retrouvé son balai, et la blonde s’était à son tour approchée du sympathique animal, bien décidée elle aussi à jeter un œil à ses quenottes. Il y eu un bruit étrange, et la bestiole recracha la tête du balai de la blonde, qui poussa un juron. A première vue, bien que placide, la bête n’était pas forcément destinée à se laisser faire…
Appuyé sur son râteau le temps d’observer la scène, Alrick s’éclaircit la gorge :
« Ahem. Notre gros pépère ici présent n’a pas l’air d’aimer les séances chez le dentiste. »
Twain s’avança, traînant son nouvel ami de métal derrière lui, et sourit aux deux femmes :
« Je ne sais pas si on s’est déjà croisés. Alrick. Vous pouvez m’appeler Al. Enfin, si vous voulez. »
« Chléo », fit la femme vêtue de noir. Elle donna un petit coup de pieds prudent sur le manche de son balai, qui gisait maintenant inutilisable sur le sol. «Je crois qu’il est mort. »
« Le mien aussi, cette sale bête à failli avaler la tête » Grommelant, l’autre s’extirpa de l’enclos et rejoignit les autres : « Je m’appelle Lison. Tu vas rester planté là encore longtemps ou tu vas te décider à nous donner un coup de main ? »
« Oh. Je veux dire, bien sûr. »
Alrick jeta un œil à l’ensemble de la cage, dont le sol était jonché de vieux foin.
« J’imagine que je peux débarrasser le plancher de tout ce bordel. Je pense que ce râteau est fait pour ça. Vous m’excuserez si je ne glisse pas la tête à l’intérieur de sa gueule pour jeter un coup d’œil à ses dents, hein ? Non pas que je ne me soucie pas de cette… euh, pauvre bête, mais on a été envoyé pour le ménage. Je ne crois pas qu’on soit qualifiés pour les soins des créatures surnaturelles. Des fois qu’on ferait un truc qu’il ne faut pas et qu’elles… explosent, ou je ne sais pas quoi. J’adorerais que mes chaussures retrouvent la sortie avec leur propriétaire encore à l’intérieur. »
Alrick avait parlé avec légèreté, n’ayant aucunement l’intention de paraître désagréable. Il n’avait simplement pas envie d’agir de travers lorsque la situation impliquait une grosse bêbête. Il se mit à rassembler le vieux foin à l’extérieur de la cage, près de ce qui semblait être un vieux conteneur à compost placé dans la pièce pour l’occasion. La bête ne paraissait pas trop se soucier de sa présence, et Alrick se surprit à la trouver plutôt jolie. Pas particulièrement parce qu’elle était dotée d’un esthétisme ravageur, mais parce qu’on ne voyait pas une créature pareille tous les jours. Du moins, Alrick n’en avait pas encore l’habitude. Aussi, il prit le temps de bien observer la bestiole en se mettant au travail.
« Ca va ma jolie ? Enfin, tu es peut-être un « mon joli ». Dites, vous croyez que c’est un mâle ou une femelle ? » demanda Alrick à l’adresse de ses deux camarades. « Peut-être qu’il faudra signaler ses dents à quelqu’un, qu’un… vétérinaire regarde. Ou ce qui fait office de vétérinaire dans le coin. Qu’est-ce qu’il y a, bestiole, ça gratte ? » La créature s’ébroua doucement, rappelant une version animale de la tectonique des plaques, et voulut se frotter sans succès le flanc contre la cage.
« J’ai une idée ! »
Doucement, avec prudence, Alrick leva son râteau et commença à le glisser le long de la peau du locataire des lieux qui, fort heureusement, ne sembla pas voir le geste comme une menace et ne se mit pas à piétiner l’écossais à mort. Du moins pour l’instant. »
« Hé, on dirait qu’il –ou elle- aime ça ! Hein ma puce? »lança joyeusement le jeune homme à l'adresse de plusieurs tonnes de muscles et d'écailles.
Alrick mit plus de cœur à son ouvrage, un grand sourire d’enfant sur le visage. Al était quelqu’un de fondamentalement simple, encore tout à fait capable de s’émerveiller devant pareil animal. Finalement, la tâche qu’on leur avait assignée pouvait ne pas se révéler si désagréable que ça. On ne voyait pas pareil spectacle tous les jours. Souriant toujours, Alrick Twain continua de gratter.
Kabell n'avait franchement pas envie d'effectuer une mission. Il ne voyait d'ailleurs pas pourquoi il demeurait dans l'organisation secrète qu'était l'APO : il voyait bien qu'il serait bien vite dans l'obligation d'effectuer une action quelconque qui l'empêcherait de se reposer autant qu'il l'aurait voulu. D'un autre côté, son appartenance à l'agence lui donnait de nombreux avantage, que ce soit de pouvoir dormir sans se soucier de la chaleur ambiante ou de pouvoir passer des heures devant de belles grosses télévisions. Malheureusement, le temps pour les loisirs était plutôt limité et ses «fantastiques» capacités étaient souvent requises pour des trucs étranges. Sa présence semblait d'ailleurs requise pour quelque chose comme un ménage de printemps. Comme s'il avait envie d'aller nettoyer des salles... Il avait d'autres choses à faire. Se reposer, par exemple. Il hésita un moment entre deux possibilités : se cacher et ne pas y aller, ou effectuer la mission qui venait d'être assignée à tous les nouveaux. Comme plusieurs agents semblaient vouloir débusquer les néophytes pour les forcer à se rendre au niveau -3 et que la quantité d'énergie à dépenser pour se cacher semblait plus grande que celle nécessaire au nettoyage de quelques p'tits trucs, il décida d'opter pour la deuxième option. Toutefois, il prit tout son temps pour se rendre à la salle permettant de se rendre au niveau -4. Avec un peu de chance, il arriverait trop tard pour se joindre aux autres... Que ce serait dommage.
À son grand désespoir, il atteint la salle juste avant le seconde message qui leur indiquait l'endroit où se situait l'équipement. La porte se referma ensuite derrière eux (merde, il ne pourrait pas partir subtilement et retrouver son confortable lit...) et la voix annonça qu'ils allaient devoir faire le ménage du niveau -4. Il avait entendu dire qu'il y avait plein de bêtes dangereuses à cette endroit... Erf. L'Africain regretta sa décision précédente : finalement, il aurait été plus facile de fuir des agents plus vieux que de combattre des mutants. Tant pis. Il ne pouvait pas y faire grand chose. Maintenant, il fallait procéder au partage de l'équipement... Kabell eut une idée. S'il se servait en dernier, il risquait de ne pouvoir prendre quoi que ce soit d'utile et donc de ne pouvoir faire sa part dans la mission. Il ne pourrait alors qu'observer les autres... ou s'asseoir dans un coin en attendant que ça finisse. C'était probablement la solution la plus simple. Son plan paraissait peut-être ingénieux à première vu, mais il ne fonctionna pas : il eut beau attendre assez longtemps, il restait toujours des casiers fermés qui semblaient le narguer. «On ne se fera pas ouvrir, il n'y a que toi qui peut prendre ce qu'on contient et faire la mission.». C'était pas marrant, tout ça... Il se décida finalement à ouvrir l'une des cases. Évidemment, elle ne contenait rien de véritablement utile qui aurait pu l'aider à finir tout ça rapidement. Un fusils ou une épée aurait été le bienvenue, par exemple. Il aurait pu tirer sur tout ce qui bouge. Ensuite, il aurait suffit de mettre à la poubelle tous les cadavres. Rapide, efficace... et ça évitait le ménage pour les prochaines fois. Bah ouais, s'il n'y avait plus de monstres, il n'y avait plus nettoyage à faire!
Kabell aurait bien voulu pouvoir se débarrasser simplement de tous les monstres, mais il n'avait accès qu'à des objets anodins. Une serpillière, un sceau, des gants, un plumeau... Mmm. Le plumeau semblait être la meilleure option. Léger, il ne demandait pas beaucoup d'effort lors de l'utilisation. Il s'en empara donc et enfila une paire de gant (il n'avait pas envie de se retrouver tout crasseux après avoir fait le ménage). C'est à ce moment qu'un cri retentit à l'extérieur de la salle, de l'autre côté de la lourde porte qui s'ouvrait sur un enfer glacial. Peu de temps après, trois nouveaux revinrent dans la salle. Tout le monde semblait consterné, mais le jeune homme ne comprenait pas trop pourquoi. Ils parlaient tous en Anglais et il avait un peu de difficulté avec cette langue. En fait, il était capable de la comprendre et de la parler, mais écouter assez pour faire un traduction mentale aurait été trop exigeant. Il réussit tout de même à saisir qu'un membre semblait être décédé. Ah. Zut... Un de moins en vie, ça voulait dire plus de nettoyage à faire pour chacun d'entre eux. C'était quoi l'idée de mourir aussi vite, aussi? Bon. Kabell réalisa que son plumeau ne serait pas trop utile contre une créature mortelle et il décida de prendre un balai en plus, histoire de rester en vie. Mm. C'était plutôt compliqué de transporter un balai ET un plumeau. De plus, qui sait de quoi il pourrait avoir besoin plus loin? Il décida de prendre un sceau et y mit tout ce qui lui tombait sous la main : brosse, sac en plastique, eau de javel, serviettes,... Au moins, comme ça, il n'aurait pas besoin de revenir sur ses pas. Il attendit que la plupart de la troupe ait passer la grande porte avant de s'aventurer à son tour dans ce fameux niveau -4. Il n'avait pas vraiment peur. Ce ne pouvait pas être si pénible que ça...
Il décida de suivre le plus gros groupe à distance. Son plan : les laisser entrer et les rejoindre après quelques minutes. Ainsi, ils devraient s'être occupé du pire et il n'aurait qu'à nettoyer des petites choses. Il lança un «Ashlala!» en entrant, l'équivalent de bonjour dans sa langue maternelle. Oui, dire simplement «Bonjour» aurait été trop compliqué pour lui. D'ailleurs, pourquoi devrait-il être celui qui apprend la langue des autres? Eux n'avaient qu'à apprendre la sienne. Il remarqua tout de suite l'espèce de Yeti qui semblait plutôt énervé dans sa cage. Bien sûr! Il fallait qu'il tombe sur LA salle avec un problème de monstre poilu! Pas possible d'entrer dans un endroit normal, nooon. Il fallait toujours que le trouble tombe sur lui. Bah, il ne s'en occuperait pas, du trouble! Non non non! Ignorant totalement les autres, il commença à nettoyer un mur avec son plumeau. Oui. Un mur. Comment ça, c'était inutile de nettoyer un MUR avec un plumeau? Question qui trouvait réponse par une autre question : depuis quand Kabell voulait-il faire quelque chose d'utile? Bref, il continua son petit manège pendant quelques minutes, puis décida que la chose blanche poilue était énervante. Pas parce qu'elle était dangereuse, non, mais parce qu'elle attirait trop l'attention. Les autres ne nettoyaient plus : ils l'observaient comme des enfants devant un lion dans un zoo. Ooouh. Bah ouais c'était un monstre, et puis quoi? Ils voulaient une médaille pour leur découverte? Kabell poussa un profond soupir et s'approcha de l'attroupement. Il était temps de faire un effort côté language.
«Quess vous regardez. On s'en fou.» fit-il simplement.
Puis tiens, il eut une idée et lança un sac en plastique vers le monstre. Avec un peu de chance, il s'étoufferait avec. Avec beaucoup de chance, plutôt. Comme les enfants. Sur tous les sacs, ça disait toujours «ne pas donner à un enfant de moins de 3 ans. Risque d'étouffement.» Si le Yéti avait moins de trois ans, p'tête que le sac serait dangereux pour lui? P'tête qu'il s'évanouirait ou quelque chose comme ça? Ouais, ça serait mieux que la mort. Ils devaient probablement pas tuer les créatures gardées au niveau -4... Par malheur, la bête ne se laissa pas faire. Au contraire, elle redoubla d'ardeur dans sa tentative pour déformer les barreaux. Ça en devenait un peu trop dangereux au goût de Kabell...
«Mmm.» s'exclama-t-il. «Bye»
Ouais, il n'allait quand même pas en dire plus que ça. Ils allaient bien comprendre qu'il valait mieux partir, non? Sur ce, l'Africain se dirigea lentement, très lentement vers la sortie. Il ne voulait pas courir non plus, ni se retrouver seul à nettoyer un endroit. Il espérer que quelqu'un le suive.
- Allez les bleus on se bouge ! Un peu de nerf, toi là, frotte plus fort, le sol n'est pas nickel. Hé hé, poupée, tu veux pas boire un drink avec moi après avoir astiqué ? Aïe ! Tu pouvais pas le mettre ailleurs ton balai ? Non non, ne répond pas ce n'est pas nécessaire.
Elle est vilaine celle là ! J'ai été pourtant d'un calme olympien quand on m'a annoncé que j'allais devoir faire le ménage ! Moi ? Faire du ménage alors que je suis là depuis un temps incroyable ! Oui parfaitement, trois jours c'est un temps incroyable et tout le monde me doit le respect. Et pour une fois que je vois une fille qui me plait et qui n'a pas l'air totalement perdue dans le coin il faut qu'elle me donne un coup de balai dans la tronche. C'est une vilaine mais elle finira par succomber, comme toutes les autres. Enfin comme l'autre, je ne me souviens plus de son nom, je crois que c'était un truc comme Jocelyne ou un prénom dans le même genre.
Nettoyer moi ? Mais pas question ! Qu'ils se débrouillent, moi je suis là pour éliminer du monstre dangereux et pour faire office de garde du corps des agents les plus faibles. J'avise une porte sur le côté et je l'ouvre sur un spectacle assez lamentable.
- Les filles ! On lave ici, on ne s'amuse pas à tout salir rien que pour rire !
Ou là ! Qu'est-ce qu'elle a la gamine en noir ? Elle veut ma photo c'est ça ? Je le savais que ceux qui me surnomment le boulet sont en deçà de la réalité. En vérité, je suis bien plus proche qu'un boulet, je suis une vraie sangsue et je sais que tous m'aiment pour ça ! Par contre je déteste la façon que les deux filles ont de me regarder. Il faut qu'elles comprennent qui je suis moi !
- Si tu veux que ce soit propre, aide nous au lieu de parler !
Ca c'est la blondinette ! Elle a de la répartie mais elle n'a pas l'air de comprendre que je suis ici pour superviser. L'autre ne me fixe plus, elle a repris son balayage.
- Laisse Lison, il est incapable de nous aider. C'est un incompétent notoire qui est ici uniquement pour se faire bien voir. Je suis presque certain qu'il n'a aucune idée du côté pour tenir un balai. Et en plus il tente de faire l'intéressant simplement pour oublier qu'il n'est rien. - Les filles, souhaitez vous que je vous débarrasse de cette saleté ?
Oh mince, un concurrent qui semble en plus se diriger vers moi. Tant pis pour les filles, je claque la porte le plus fort possible ! C'est incroyable cette façon qu'ont les gens d'être méprisants. Dans la cellule d'en face, il y a pas mal de monde avec des boules de poil.
- C'est bien, continuez, lavez tout comme il faut surtout ! Et ne les laissez pas sortir surtout ! Allez on frotte, on astique, on brosse et on ... Mais qu'est ce qui m'a fichu des abrutis pareils ? Allez courrez pour le rattraper ! Allez plus vite !
Oui, bien entendu, j'aurais pu le stopper alors qu'il est passé à mes pieds, mais ce n'est pas mon travail, il faut que je les surveille et une boule de poils ce n'est pas bien dangereux. Ah ! Enfin, une petite fille lui court après. C'est marrant sa tenue rouge, on dirait un chaperon rouge qui va se faire manger par le loup. Allez petite ! C'est à toi de le rattraper, c'est bien la seule chose que tu pourrais faire de toute façon !
Bon c'est pas le tout, mais je m'ennuie moi, je vais aller voir un peu plus loin. Oh ! Le tire-au-flanc que voila ! Non non mon gars, tu vas nettoyer ça je peux te l'assurer. Je me plante devant le gars aux cheveux blancs et je lui montre la pièce de laquelle il vient de sortir du doigt.
- C'est par là pour le ménage et n'essaie pas de sortir avant que tout soit propre, je te tiens à l'oeil moi !
Je pose ma main sur son épaule et je le retourne avant de le pousser vers l'intérieur. Bon tiens, un yéti ! C'est intéressant, avec un mouton orange en plus ! Cool ! Alors que je pousse l'albinos d'une main. De l'autre je lui fais des oreilles de lapin, ça devrait faire rire le gosse dans la salle. Non ça n'a pas l'air. Il continue à empiler la poussière sur les chaussures de la fille à ses côtés. Tant pis pour eux. Je pousse le flemmard et je repars non sans avoir indiqué une dernière fois.
- Je vous tiens à l'oeil mes gaillards ! On nettoie et on calme les créatures, vous n'êtes pas ici pour les effrayer.
- Ouais on leur dira !
Je me retourne pour voir qui a osé ! Je vais lui montrer à cette fille que je ne suis pas n'importe qui ! Et je vais éviter de me faire cogner parce qu'elle n'a pas l'air particulièrement heureux de ma présence. Je ne m'enfuis pas, je sors dignement à reculon.
Allez, là c'est la dernière porte après je vais m'installer pour me reposer, c'est fatigant de surveiller le monde !
- Ah ! Bien, un aquarium, pour le nettoyer, il faudrait plonger dedans. Mais si tu ne veux pas mouiller tes vêtements tu pourrais te déshabiller tu ne crois pas ? Aïe !
Mais c'est quoi ces filles ? Qu'est-ce qu'ils recrutent à l'APO ? Pourquoi je me fais toujours frapper ? Mais elle arrête de me cogner avec son balai ! Ca fait mal à la fin ! Derrière moi le gosse à lunettes qui était avec le yéti se marre ouvertement. Il s'est appuyé sur son souvenir de balai et il semble avoir décidé de prendre l'air. Je tente de le fixer d'un oeil noir mais c'est difficile quand on nous tape dessus !
Je repars et j'ouvre une porte pour me réfugier dans une pièce seul ! Oulà c'est quoi ça ?
- Ahhh ! Rattrape le abruti !
Le nabot ose m'adresser la parole ! Mais il peut tout aussi bien le rattraper lui-même ! Ok, il est rapide et orange mais bon c'est tout ce que j'ai pu en voir.
- Fermez les portes ! Surtout fermez les portes !
Il crie comme une fille ! sa voix est suraigue et il a l'air d'avoir eu peur. Franchement, pourtant d'après ce que je peux m'en souvenir, cette bestiole n'est pas dangereuse. Tout le monde semble sortir aux cris et c'est lui qui le décrit rapidement. Il a de la mémoire le petit.
- C'était une créature d'une trentaine de centimètres de haut avec une queue plus longue que lui, je dirais cinquante centimètres. J'ai vu également des poils oranges et noirs, des griffes aux quatre pattes et plus d'yeux que les deux normaux, mais je ne sais pas trop. Il faudrait être certain qu'il ne s'est pas fait la malle.
Le soucis quand on sort aux cris des autres, c'est qu'on laisse les portes ouvertes ... Où qu'il est ?
- Petit petit petit ?
Pourquoi tout le monde me regarde comme si j'avais un troisième oeil au milieu du front ? C'est bien petit petit petit qu'on dit pour attirer les créatures, je le sais et je vais leur prouver, enfin quand j'aurais décidé de sortir de la pièce désertée par la bestiole. Car là, j'ai bien l'impression que tout le monde veut ma peau. Je m'enferme et pas question de sortir pour le moment !
Dante était de mauvaise humeur. Aux dernières nouvelles, il n’avait pas signé pour faire le technicien de surface de l’A.P.O. En plus, il avait complètement salopé son costume en nettoyant sa dernière cage. Et puisqu’il était bien en peine de déterminer la nature de l’immondice avec lequel il s’était sali, il n’avait absolument aucune idée sur la persistance ou non des tâches après un passage en machine.
Le jeune homme jeta l’éponge dans son seau et regarda autour de lui. Il était seul. Personne ne l’avait attendu. Il faut dire que le maniaque qu’il était s’était peut-être un chouïa attardé plus qu’il ne le fallait sur la cage, maintenant propre comme un sous neuf. Ne manquait plus qu’une nouvelle litière et tout serait parfait. Sauf qu’il n’y avait pas de litière dans les fournitures qu’on leur avait donné. C’est bien les multinationales, ça, pesta Dante en son for intérieur. Jamais les outils qu’il faut pour le boulot demandé.
Bien sûr, il aurait pu partir rejoindre les autres et laisser la cage en plan. Mais ça n’aurait pas fait sérieux, ça. On lui avait demandé de faire le ménage, ce qui incluait donc, de fait, de changer la litière, et donc de remplacer l’usagée par une neuve. Le tueur reconverti jeta un regard autour de lui, avant de faire minutieusement le tour de la salle, avant de devoir se rendre à l’évidence. Pas de litière.
Qu’à cela ne tienne : il y en avait forcément quelque part. Dante se plaça donc sous l’une des lumières blafardes qui donnaient cet aspect typiquement lugubre du niveau -4, puis plongea la main dans sa veste et en retira un feuillet maintes fois replié sur lui-même. Le plan du Niveau -4. Hé oui, Dante n’était pas nez de la dernière pluie : sitôt qu’il avait appris ce qu’on attendait d’eux, il avait filé aux archives s’en procurer une copie. Histoire de savoir à peu près où il mettait les pieds.
Le jeune homme farfouilla quelques minutes avant de retrouver sa localisation, à partir du chemin qu’il avait parcouru. Ça, c’était le truc facile. Parce qu’après, trouver quel placard ou salle de stockage recelait de la litière propre, c’était une toute autre paire de manches, puisque ce genre d’information n’était pas bien évidemment pas mentionné sur le plan. Néanmoins, après cinq bonne minutes, Dante avait finalement sélectionné trois endroit susceptible de stocker ce qu’il cherchait. Ne lui restait plus qu’à se mettre en route.
L’ancien tueur ramassa son seau -n’aurait plus manquer qu’il se le fasse piquer !- et se rendit jusque sur le seuil de la pièce. Le couloir qui lui faisait face était sombre et peu engageant. Pire : tendant l’oreille, Dante s’aperçut qu’il ne percevait plus guère de bruits de la part de ses collègues. Seul le doux ronronnement du système de ventilation lui tenait compagnie.
Le jeune homme hésita, n’arrivant pas à trancher si l’absence de bruits était plutôt bon signe ou non. Finalement, il haussa les épaules et progressa avec circonspection dans le sinistre boyau. Un mètre. Puis un autre. Dante s’immobilisa : n’avait-il pas entendu quelque chose, à l’instant ? Ou bien n’était-ce que le fruit de son imagination ? Il laissa s’égrener dix secondes, qui lui parurent durer une éternité. Toujours rien. Il reprit sa progression. Deux mètres de plus. L’intersection au bout du corridor était plongé dans une véritable nappe d’obscurité. Qui sait quel sombre bestiole pouvait s’y tenir tapi, prêt à lui sauter à la gorge ?
L’image d’un loup-garou aux aguets s’imposa subitement à l’esprit du jeune homme, dont le cœur s’accéléra brutalement. Voilà, il le savait, il aurait du dégotter des balles en argent avant de venir. Maintenant, c’était certain qu’il allait amèrement le regretter. Qu’est-ce qu’il allait faire, s’il tombait encore face à un loup-garou ? Ce n’était pas avec son petit Beretta qu’il pouvait escompter s’en sortir !
Dante bloqua sa respiration et se força au calme, avant de morigéner : les instances supérieurs n’avaient-elles pas préciser que les spécimens dangereux avaient été sédatés ?
Va dire ça à la paire de chaussures orphelines !
Et puis, les dires des instances supérieurs, tout le monde savait que ça ne valait pas tripette. Mais pourquoi donc n’avait-il pas insisté pour ces balles en argent ? … En même temps, ce n’était pas dit que ce soit un loup-garou ou un truc sensible à l’argent qui l’attendait en embuscade, tapît dans l’obscurité.
Dante se demanda un instant si ça se faisait, des balles en argent ointes à l’eau bénite, gravées de runes de mort et fourrées à la Kryptonite.
L’ancien tueur dégaina son petit Beretta, dont le calibre, si satisfaisant pour son ancienne profession, lui semblait maintenant si dérisoire, prit son seau dans l’autre main, puis couvrit les derniers mètres qui le séparait de l’intersection en longeant le mur. Rien ne se passa. Toujours adossé au mur, il tendit l’oreille. Des faibles bruits lui parvenait, mais rien pour autant qu’il ne puisse identifier. Rien non plus qui ne signalait la présence de quelque chose caché dans l’angle. Dante pivota donc sur l’embranchement de gauche, avant de se précipiter sous le néon faiblard qui tentait vainement de tenir l’obscurité en respect, à quelques mètres de là.
Toute son expérience lui hurlait de se tirer de là, sous le projecteur, bien en vue de tout ce qui pouvait passer dans le coin, mais sans parvenir à atténuer un subit besoin atavique de ne pas rester dans le noir à la merci d’éventuels prédateurs. Et puis, de toute façon, il n’en avait que pour quelques minutes.
Que pouvait-il se passer en quelques minutes ?
Dante accéléra derechef la manœuvre avant de tenter le diable. Il reposa son seau -hors de question de lâcher son arme !- et retira de nouveau son plan de sa veste, avant de l’agiter en tout sens pour le déplier, tout en continuant d’observer en vain le mur noir qui le cernait. Le froissement du papier résonna dans tout le couloir.
Génial, comme ça, des fois qu’ils soient tous myopes comme des taupes et ne m’aient pas repérer sous ce fanal, ‘faut en plus que je leur envois des signaux sonores…
Le jeune homme s’énerva contre lui-même : ça n’était guère professionnel, tout ça ! L’incident du loup-garou l’avait visiblement plus marqué qu’il ne le pensait. Il ferma les yeux et inspira profondément, jusqu’à retrouver enfin son sang-froid. Une fois maître de lui-même, il jeta un rapide coup d’œil à sa carte pour s’assurer de sa position avant de se faufiler dans la pénombre, sans crainte. C’était lui l’assassin. L’obscurité était son alliée.
Étouffant au mieux les bruits de ses déplacements, Dante progressa rapidement dans l’entrelacs de couloirs jusqu’à attendre la première salle de stockage. Il espérait vaguement que la litière fraîche s’y trouvait mais se doutait que, comme de bien entendu, il ne la trouverait que dans la dernière salle qu’il lui faudrait visiter. Parce que c’est toujours comme ça quand on cherche un truc, pas vrai ?
Le tueur reconverti tendit l’oreille, cherchant à déterminer s’il y avait du monde derrière la porte -voire même, soyons fou, d’autres agents de l’A.P.O. C’est à ce moment là qu’il perçut un faible bruit de pas, provenant du fond du couloir. Quelque chose progressait discrètement dans sa direction, se faufilant de flaque d’ombre en nappe d’obscurité, tout crocs dehors, flairant la présence d’une proie alléchante à proximité et…
Hors de question de se laisser bouffer sans réagir ! Dante s’écarta de la porte, se renfonçant lui-même dans la pénombre. Son arme en main principal, son seau dans l’autre, il s’avança au-devant du danger. Il localisa approximativement sa cible et passa à l’attaque : le seau métallique franchit l’air à toute vitesse, avant de percuter quelque chose dans un fracas sonore. Dans le même mouvement, le tueur s’accroupit en position de tir… Mais retint son geste lorsqu’un glapissement de douleur retentit, suivit d’une série de juron.
Oups…
« Qui est l’imbécile à qui appartient ce foutu seau !? »
Dante reconnut la voix : c’était celle d’Alejandro, ancien pilote d’hélico, d’après ce qu’il avait compris.
« Excuse-moi… Je t’avais pris pour autre chose… S’excusa le tueur reconverti. _ C’est ça, vas-y, traites moi de monstre tant que tu y es, ronchonna le pilote. _ Je n’ai pas dit ça ! Se défendit Dante. Je… _ T’occupes. Tu ne saurais pas où se trouve les autres, par hasard ? _ Non, tu es le premier que je croise depuis la première salle. _ Génial… Bon, on va où ? _ Heu… j’allais pénétrer dans la réserve, pour voir s’il n’y avait pas de la litière propre. _ Comment tu sais que c’est une réserve ? _ Parce que je me suis procuré une copie des plans du niveaux, auprès des archives. _ Oh, malin, dis donc… »
Le duo improvisé se rapprocha de l’entrée et alors que Dante allait préconiser une approche prudente, Alejandro, serpillière bien en main, enfonça la porte d’un bon coup de pied. Ils pénétrèrent dans une vaste pièce, aux murs décrépis et suintants d’humidité, où trônait, au beau milieu, un immense aquarium. Entre la piscine et les deux agents de l’A.P.O se tenaient deux silhouettes humanoïdes, dont la plus proche les héla, aussi sec.
« Vous tombez bien, vous deux, on se disait justement qu’on avait besoin de bras supplémentaires ! _ Tiens, salut Miss’, s’exclama Alejandro en reconnaissant Phoebe. Qu’est-ce que tu fiches là ? _ Je m’entraîne au tennis, tiens ! A ton avis, qu’est-ce que tu veux je fasses avec ce stupide balai dans les mains et l’ordre de mission qu’on a reçu ? _ Nan, ben je voulais dire, qu’est-ce que tu fabriques dans la réserve ? _ ça m’a plutôt l’air d’un gros aquarium, ta réserve. _ Mais d’après le plan… commença Dante. _ P’tite question… C’est qui que te l’a refilé, ton plan ? Demanda Al. _ Un vieux de la vieille du nom de… … D’accord… _ Hé ouais, ils se sont bien foutu de ta gueule, aux archives, conclut Phoebe. _ Hi-la-rant… ça sert à quoi d’avoir un service des archives s’ils ne font pas leur boulot, râla le tueur. _ N’empêche que vous tombez à pic, on se demandait justement comment procéder au nettoyage de ce truc. »
Les deux jeunes hommes s’approchèrent du "truc". Un vaste aquarium sur lequel était apposé une plaque arborant Halshippus olai-magni. Probablement le nom de l’étrange bestiole qui trônait au centre de la pseudo-piscine : un gigantesque serpent à tête de licorne.
« J’suppose qu’on peut pas se contenter de verser de la lessive dans le bac et laisser le bestiau faire le reste, marmonna Al. _ Le mieux serait de la transvaser dans un autre aquarium le temps de nettoyer celui-là, avant de l’y faire retourner, expliqua Fred, le biologiste. Vous savez, comme on pratique avec les poissons d’aquariums. _ Tu vois un aquarium secondaire dans le coin, toi ? Questionna la demoiselle. _ Y’a un genre de baignoire, dans le coin, là-bas, indiqua Al. On peut toujours essayer avec ça… _ Et comment fait-on pour sédater ce Hashipsu… Halshisp… cette chose ? Interrogea Dante. _ Pourquoi tu veux le sédater ? Il n’a pas l’air bien méchant, déclara le biologiste. _ C’est vrai. Et puis j’ai toujours rêvé de me faire perforer le torse par la corne d’un serpent-licorne au moment de le déplacer, ironisa l’ancien tueur. »
Le petit groupe resta un moment silencieux, alors qu’ils prenaient tous conscience que la petite bêbête et ses cris d’otaries pouvaient finalement se révéler bien plus dangereuse qu’au premier regard. Après tout, de nombreux serpents étaient aussi connus pour leurs poisons…
« Est-ce que quelqu’un sait si cette chose parle notre langue ou nous comprends, tout du moins ? Interrogea Dante. Ça pourrait grandement nous faciliter la tâche, si c’est le cas. _ Pourquoi tu voudrais qu’elle parle ? Répondit Phoebe. _ J’en sais rien… Dans certains contes, les licornes parlent bien, non ? _ Ben vas-y, essaye. » Décida Alejandro.
Dante pesta intérieurement. Ça lui apprendrait à émettre des hypothèses loufoques. Néanmoins, il s’exécuta et s’approcha de l’aquarium, avant de tapoter sur la vitre pour attirer l’attention de l’étrange chose qui y vivait.
« Excusez-moi. Est-ce que vous comprenez notre langue ? »
[Âme (Trop) Sensible et Membre de la S.P.A. s'abstenir]
Archelaus n’entendit pas la musique qui annonçait les missions, pas plus qu’il n’entendit l’annonce d’Esper communiquant le rang des personnes concernés ainsi que la nature de ladite mission. Après des mois passés à l’APO, il avait pris pour habitude de fermer hermétiquement son esprit à toute concentration en rapport avec une annonce de mission future. Soyons réaliste, des mois avaient passés, et toujours pas une seule mission en vue. Autant renoncer tout de suite et se contenter de rester plonger dans son bouquin. Il était hors de questions de s’arrêter de lire alors que l’histoire était si passionnante. Cela faisait longtemps qu’il n’avait plus mis les yeux dans un livre de fantaisie haut en couleur : Anatomie des Fées de notre monde et de l’Autre. Archelaus avait rarement trouvé un livre aussi intéressant, pas question donc de se laisser distraire par une quelconque invitation inutile.
Toujours est-il qu’il n’entendit certes pas la musique annonciatrice, en revanche, il sentit bel et bien le livre l’atteindre en pleine tempe, le faisant du même coup basculer de son fauteuil, pour finir sa chute lamentable le nez sur le tapis rugueux de la bibliothèque. Il faut dire que recroquevillé comme il l’était sur son fauteuil, les lois de la gravité d’un corps droit, assis correctement dans son fauteuil, n’avait pas franchement jouée en sa faveur. Affalé sur le flanc, il se releva en maugréant, se jurant que celui qui s’était senti des compétences soudaines de balistique allait le regretter. Il jeta un regard sur le titre du livre qui venait de le sonner : Anthologie des textes d’Edgar Allan Poe. Bon, soit, il fallait bien reconnaître que son agresseur avait du goût. Jetant des regards de tout côté, droite-gauche-haut-bas, il croisa le regard de la bibliothécaire qui affichait un rictus mauvais. Assise confortablement derrière son comptoir, les yeux planqués derrières une paire de lunettes en triangles, avec, grands soucis esthétique, des perles noires sur les branches latérales, et les mains croisées devant elle. Archelaus se dirigea lentement vers elle, toujours aussi surpris. Décidément, l’APO était vraiment une organisation étrange ! Lui qui croyait parfaitement maîtriser les caractéristiques de base d’une bibliothécaire, voilà qu’il s’était trompé. Certes, elle avait le chignon et l’air pincé, certes elle avait l’austérité facile, en revanche la doctrine « Silence dans une bibliothèque » ne devait pas lui parler des masses. Il faut dire, quel silence quand même ! Malgré le bruit que le livre avait fait en venant percuté la tête d’Archelaus, le silence semblait être revenu. Toutes les personnes présentes avaient les yeux rivés sur les deux protagonistes de ce tintamarre infernal et soudain, attendant la suite. Archelaus jugea rapidement la bibliothécaire d’un regard supérieur, puis lui rendit son livre avec un petit commentaire, chuchoté.
-C’est bien parce-que vous avez de bons gouts que je ne vous frapperai pas ! La bibliothécaire eut un sourire méprisant.
-Petit idiot, c’est toi qui devrais me remercier, je viens de te sauver la vie ! -Comment donc ? -Eh bien jeune crétin, l’annonce que tu n’as apparemment pas entendue parlait de toi et de tous les autres bleus du secteur !
Archelaus eut l’air surpris face à cette (nouvelle) annonce. La bibliothécaire lui expliqua rapidement ce qu’Esper avait dit, lui indiqua la route à suivre jusqu’au niveau -3 et l’ignora superbement en retournant à ses feuilles sans plus lui daigner une once d’intérêt. Archelaus hésita un instant à la remercier, mais se dit finalement que de toute façon, elle ne lui répondrait pas donc à quoi bon. Il la remercia (quand même) d’un hochement de tête et s’éclipsa en direction du niveau -3.
D’interminables couloirs et un ascenseur plus tard, il arriva finalement au niveau -4. Aucun doute, le fond de l’air s’était énormément refroidi. Archelaus sentit qu’il grelotait, il commença à se frictionner les membres. Mais dès que les casiers s’ouvrirent pour révéler des serpillières et autres joyeusetés pour ménagères hyperactives, le froid laissa place à l’excitation. Enfin, disons plutôt à des moues désabusées pour la plupart, mais pour lui. Il était bien le seul à être enjoué devant un tel spectacle. Il attrapa rapidement un balai et se plaça sur la ligne de départ, impatient de livrer un combat contre la saleté environnante. Depuis qu’ils avaient un jour de grande pluie diffusé Cendrillon à l’asile, Archelaus avait toujours rêvé d’un jour joué les cendrillons et de nettoyer partout, sans relâche. Reconnaissons, certains rêvaient de voitures et de grosses cylindrés, lui rêvait d’un sol sale à nettoyer. Admettons, il était fou. Fou, mais pas autant que les quatre olibrius qui le devancèrent à la quête de saleté à nettoyer. Il fît la moue, triste d’avoir été devancé si grossièrement. Les bras croisés, il attendit leur retour qui ne tarda pas. Pour trois d’entre eux seulement, le dernier ayant fini dans l’estomac d’un quelconque monstre mutant tapi dans l’obscurité, au vue de sa chaussure pleine de bave revenue comme un projectile, qui ne blessa personne.
Il était temps de reconsidérer les options à sa disposition. La première et la plus logique, avancer en groupes, comme le proposa au russe à l’esprit très pragmatique et très prudent. Et c’est ce qui, mine de rien se produisit. Des gens en rejoignaient d’autres mais avec toujours cette même idée de rester en groupe. L’un nettoyant des bocaux remplis de petites bêbêtes, un autre parti laver les quenottes d’une sorte de plante carnivore, et un troisième, partit changer l’eau d’une sorte de serpent à licorne. Archelaus les observaient tous, les uns après les autres, mais finissait toujours par refuser de ce joindre à un groupe. Le groupe au Yéti parce-que, au final, un Yéti n’était pas la meilleure des options disponibles. Le groupe de la Plante parce-que ils s’en tiraient très bien tout seuls et le groupe du Serpent à Tête de Licorne parce qu’il n’aimait pas étendre ses vastes compétences en matière de barbotage dans l’eau. La seconde option, et celle qu’Archelaus adopta au final, progresser tout seul à travers les couloirs sinueux et sinistres du niveau -4.
Il arriva bien rapidement en vue d’une porte fermée qu’il décida d’ouvrir, estimant s’être suffisamment éloigné des autres. Durant tout le trajet, Archelaus n’avait pas une seule fois manifesté de la peur véritable. Bon, il faut dire ce qui est, les petits bruits du genre hurlement ou déchirement de chaires soudain avaient quelque chose de dérangeant mais pour un fou qui ne se rendait pas vraiment compte de ce qui l’entourait, ce n’était pas le plus important à ses yeux.
La porte donnait sur une pièce exiguë où se croisait deux poutres en métal au plafond, formant ainsi une voute en croisée d’ogives métallique. La pièce était en brique la plupart du temps –certaines briques manquant- et l’humidité suintait des murs à certains endroits. Il fit un rapide tour des lieux. Il n’y avait là que quelques étagères avec des bocaux de toutes les formes séparés par d’immenses toiles d’araignée épaisses et une table, qui semblait être une table d’opération sur laquelle reposait un cadavre d’une chose qui, il y a très très longtemps sans doute devait avoir été un être humain. Outre son aspect ratatiné et dans un état de putréfaction avancé, le fait qu’il ait les tripes à l’air était une autre raison de penser qu’il était bel et bien mort. Sans doute une autopsie qui avait mal tournée, il y a de cela quelques années quand même. Choses plus qu’étonnantes, le cadavre était maintenu à la table par des serres-poignets à l’aspect miteux néanmoins parcourus à intervalles réguliers par des décharges de couleur bleu électrique. De quoi vous filer une sacrée chair de poule !
Mais l’heure n’était pas à être effrayé. Il se dit qu’un tel spectacle devait être monnaie courante ici. Posant son balai contre le sol, et son seau, sa serpillière et son plumeau à terre, il se rendit soudain compte de quelque chose de très important : il n’avait pas d’eau dans son seau. Pire, sa crise de folie venait de se terminer, et il percutait petit à petit devant l’endroit où il était. Il sentit la peur grimper lentement le long de son échine et estima qu’il était finalement plus prudent de rejoindre les autres. Les mains tremblantes, il tenta vainement d’ouvrir la porte, qui hélas demeurait fermée. Se retournant brusquement il fit face à la pièce avec des yeux désormais révulsés par la terreur qui grandissait en lui. S’il y avait bien une personne qu’il détestait par-dessus tout, c’était lui-même ! Il faudrait qu’il apprenne sérieusement à garder un soupçon de lucidité même lorsqu’il était sous l’emprise d’une crise de folie. Il tenta de résonner logiquement. Ça ne servait à rien de s’acharner sur cette porte qui ne daignait pas lui accorder un poil de terrain, il ne restait donc plus qu’a faire ce pourquoi il avait été envoyé si bas : faire la poussière. Attrapant son balai, comme pour se protéger de la peur qui montait toujours en lui, il entreprit de lancer des petits coups frénétiques sur le mur, pour enlever la majeure partie des toiles d’araignée en espérant ne pas rencontrer leurs propriétaires respectifs.
-Excusez-moi, vous auriez l’heure ?
Archelaus se figea. Il était seul dans la pièce. Qui, qui venait de poser cette question, qui aurait pu être badine dans un autre contexte. Il se retourna lentement pour faire face à… Deux yeux rouges qui le fixaient tant bien que mal de la table d’opération. Il ne put retenir un cri. Cela relevait carrément de la démence ! Un cadavre, jugé mort depuis un certain temps, les tripes à l’air, lui demandait l’heure qu’il était ! Le cadavre parut surpris par le cri d’Archelaus et tenta vainement de le calmer en continuant à lui parler… Mauvaise tactique. Après quelques minutes, Archelaus cessa enfin ses cris. Il l’avait dit lui-même, cela devait être monnaie courante par ici. Il se rapprocha lentement du cadavre qui lui fit un sourire amical, qui aurait pu paraître charmant… Dans un autre contexte.
-Vous êtes là pour le Grand Ménage de Printemps non ?
A chaque parole que le présumé cadavre prononçait, il sursautait. Mais il était temps de se concentrer et d’arrêter de hurler à chaque parole prononcée par la « chose » qui se tenait devant lui.
-Quel Grand Ménage de Printemps ?
Premières paroles censée, néanmoins saccadées par les tremblements dans sa voix, qu’Archelaus daignait adresser au cadavre.
-Je crois vous avoir demandez l’heure qu’il était.
Le ton du cadavre se faisait plus menaçant. Mieux valait répondre rapidement à ses questions. Archelaus sortit Ludivine de sa poche et la consulta du regard.
-Il est 10h58, Monsieur… -Lord Arthurol, ravi de vous rencontrer… Alors comme ça vous êtes un bleu en bizutage ?
Voilà qui expliquait tout ! Bien sûr, un bizutage ! Nettoyer, mais face à la terreur de faire face à un monstre terrifiant à tout moment… Très spirituel comme bizutage. Archelaus réfléchit quelques instants… Ce bizutage devait avoir lieu chaque année, chaque année environ le même pour maintenir les couloirs du niveau -4 dans un état plus ou moins acceptable. LE bizutage parfait pour petit bleu au tempérament un peu trop hardis. Donc, aucun danger, à priori. Son raisonnement aidait Archelaus à gagner en assurance à chaque seconde qui s’écoulait. Il sentit qu’il reprenait peu à peu de la consistance.
-Dites, ça vous dérangerait de me rendre un grand service ?
Archelaus en avait presque oublié l’existence d’un Lord en décomposition à quelques mètres de lui. Pour la première fois, il adopta un ton beaucoup plus normal pour s’adresser au cadavre ou peu importe ce que c’était.
-Eh bien cela dépend de quel service.
Le cadavre sembla le regarder dans les yeux. -Vous m’avez l’air d’un jeune homme intelligent, je pense que vous ne le feriez pas si je vous demandais de me détacher (le jeune homme fit non de la tête). Je vous demanderai donc de me débarrasser des araignées qui grouillent par ici car j’ai horreur de ces bestioles !
Allons bon, voilà autre chose ! Un zombie en état de putréfaction avancé, arachnophobe. Bien ! Il était temps de faire un échange.
-Je veux bien vous débarrasser des araignées ici présente mais à une condition : me dire comment on sort d’ici.
Arthurol parut réfléchir quelques instants et acquiesça finalement, l’air amusé. Archelaus fit la moue dégouté. Peu importe le geste, amical ou non qu’Arthurol lui faisait, cela restait de la répugnance à l’état brute. Empoignant, le balai et nouant la serpillière à son extrémité tel un moignon, il se mit en quête des squatteuses envahissantes. Une vingtaine de combats sanglants et acharnés plus tard, le seau d’Archelaus était pleins de créatures à la pilosité plus que développé et à la taille démesurément plus grande que les spécimens qu’Archelaus avait côtoyé durant sa petite enfance. Il est bien connu que les asiles étaient d’une propreté impeccable, aucune chance donc d’y trouver un quelconque compagnon inopportun.
Archelaus faillit trébucher pour la énième fois à cause d’un rongeur impudent quand il eut une soudaine lumineuse. C’était une idée qui en valait une autre et à vrai dire qui tendait vers des tendances de psychopathie animalière mais bon, le but était de survivre non ? Empoignant un rongeur par la queue, il s’excusa à voix basse pour ce qu’il s’apprêtait à faire et lui tordit le cou, net, pour que le rongeur ne souffre pas. Après quelques assassinats tout aussi lâche, son seau était plein de souris et d’araignées, un menu sûrement très raffiné pour quelques monstres à n’en pas douter. Archelaus se retourna vers Arthurol qui ne semblait pas l’avoir quitté des yeux un seul instant.
-Voilà, vous n’aurez plus de visiteuses tisseuse de toiles avant un certain temps.
Arthurol acquiesça, puis lui expliqua comment sortir. Lorsqu'il eu terminé son récit, Archelaus en resta bouche bé, il n’en croyait pas ses oreilles. Il chercha néanmoins le dit interrupteur localisé entre deux éprouvettes, désormais tout à fait dépoussiérée et reluisante, le trouva et l’actionna. Un cliquettement métallique lui apprit que la porte pouvait effectivement à nouveau être ouverte. En passant, Archelaus ne put se retenir de poser la question qui lui brûlait les lèvres :
-Sans rire ? Vous avez été si dangereux au point qu’on soit obligé d’avoir recours à des mesures de ce genre ?
Arthurol afficha soudain un rictus mauvais, signe qu’il pouvait effectivement parfaitement correspondre au rôle dont il s’était affublé. Archelaus referma la porte derrière lui et s’en fut à la recherche des autres. Pour la plupart des monstres, le dîner était servi… Au Menu : Araignées et souris. En espérant que ça les calmerait… Il ne pouvait pas mieux faire pourtant, ce qu'il venait d'apprendre le laissait encore sous le choc.
L’ascenseur, l’un des lieux cultes de l’APO. Cependant, il aurait été trop facile de l’utiliser. Il fallait ce faire désirer et puis les héros n’arrivent que dans les moments critiques, un peu après les personnages secondaires. Un jeune homme plein de vie et d’énergie se devait de garder une certaine prestance. De toute façon, les choses étaient comme elles étaient. Il avait prit les escaliers et maintenant il assumait ce qu’on pourrait qualifier de léger décalage temporel. D’accord, il arrivait avec un peu de retard, mais les autres n’avaient certainement pas encore finit. Quoi que cette première mission ou plutôt ce bizutage, n’aurait pas dut s’éterniser. Des agents surentraînés, ou qui allaient le devenir, ne devraient pas s’abaisser à des tâches aussi ingrates que le nettoyage. Après tout, il y avait les civiles pour faire cela et ensuite servir de casse-croûte aux hôtes de l’APO. Son cas avait vite été conclu. En réalité, c’était Emma qui avait décidé pour lui. Les héros n’osent pas toujours s’opposer aux décisions de l’administration. Enfin… avec Emma, il n’y avait pas non plus grand chose à contester… sauf si vous étiez suicidaire. Malheureusement, la vie de super-héros est dure, et il se devait de mourir en emportant avec lui un terrible fléau, sauvant ainsi le monde. Il ne pouvait donc ce permettre de nier l’affectation. Il se devait de vivre pour faire vivre le mythe. Pour ses fans, Teews était là.
Trêve de palabre, si Emma apprenait qu’il était arrivé alors que la mission était finit… . Non, mieux valait ne pas y penser. Le Punk accéléra donc un peu le rythme et descendit les marches de plus en plus vite, sautant les dernières. Entre deux étages, le nombre de marche était surprenant. A croire qu’il y avait des pièces oubliées ou alors qu’ici, la notion d’espace et de temps n’avait plus lieu d’être. Parti du pôle technique et militaire, il remarquait au fil de sa descente, les changements de niveau. Du palier dégueulasse des mollards d’Emma et explosé d’impact de coups, il arrivait maintenant à un autre palier immaculé de blanc. Mis à part, bien sur, la traîné de sang laissé par un … « Être » … en blouse blanche… traînant le cadavre… d’une « Chose »… . Mieux valait ne pas trop se poser de question. Alors qu’il passait à sa hauteur, le scientifique lui fit un geste de la main, suivit de ce qui devait être un sourire. Notre jeune héros lui rendit le salut d’une main hésitante et repartit de plus belle, quand il s’aperçut d’un grand drame… .
Son lacet gauche était défait. Il se devait d’être impeccable pour sa première mission. Il prit donc le temps de le refaire et vérifia l’autre. Alors qu’il s’attelait à sa tâche, un doute l’envie. Sensation sourde, qui battait au rythme ralentit de son cœur. Et si il était décoiffé? Et si il n’était plus présentable, tout dépaillerait? Il ne pouvait prendre ce risque. Méthodiquement, il vérifia sa tenue, sa coiffure et cætera. Il se devait d’être parfait, pour lui comme pour les autres. Par contre, à la fin, il se devait d’être dans un sale état afin de donner l’impression qu’il avait souffert et qu’on devait lui accorder tous les honneurs. La vie était dur quand on cherche à satisfaire l’image que les autres on de soit. Cependant, il devait l’assumer. Être né avec autant de charisme… .
Enfin, il se sentait prêt à affronter tous les dangers. Il reprit sa descente vers l’enfer. Pas après pas, marche après marche, il courait vers son destin. Son esprit ne semblait pas encore comprendre ce qui lui arrivait. Il allait enfin participer à une mission et être reconnu à sa juste valeur. Il allait enfin pouvoir faire ressurgir ses instincts les plus profonds. Il allait enfin être lui et être reconnu. Son excitation qui été à son paroxysme lui fit perdre toute notion de danger. Il passa en trombe le palier sombre et fracassa la porte.
Un message se fit entendre dans les hauts parleurs.
- Attention à tous, il semble qu'une créature ait quitté le niveau, vous êtes priés de la rattraper le plus rapidement possible sans lui faire de mal. Elle est rapide et nous ne pouvons pas la suivre, nous avons cependant bouclé entièrement les niveaux -2 et -3, cela devrait vous aider légèrement dans vos recherches.
Consignes : Un quidam semble avoir décidé de laisser s'échapper une bestiole ... Ce serait bien au moins de faire semblant de la chercher vous ne croyez pas ? Surtout quand un agent vient d'ouvrir la porte du niveau qui aurait dû rester fermée.
A quoi elle ressemble ? Je cite Lucas ...
Citation:
C'était une créature d'une trentaine de centimètres de haut avec une queue plus longue que lui, je dirais cinquante centimètres. J'ai vu également des poils oranges et noirs, des griffes aux quatre pattes et plus d'yeux que les deux normaux, mais je ne sais pas trop. Il faudrait être certain qu'il ne s'est pas fait la malle.
Ils n’avaient pas l’air très actifs ces agents, voir même carrément mou. Depuis l’entrée de la cage d’escalier, il pouvait observer à travers des portes restées ouvertes les différents groupes d’agents aux prises avec des monstres des plus saugrenus. Le plus étrange restait encore leur manque d’activité. Ils semblaient être en stand-by, dénué de toute énergie. Allons, un peu de nerf! Teews aurait bien voulu aller leur donner des coups dans la figure histoire de les réveiller. Lorsque c’était Emma qui le faisait, il n’y avait jamais de reproche ensuite, il craignait cependant, de ne pas encore avoir la carrure et la prestance de sa cheftaine. Qu’à cela ne tienne, il s’avança. Que pouvait-il craindre? Il s’approcha d’une personne qui semblait végéter adossé à un mur. S’approchant délicatement, il lui avoya la pointe de son pied dans la partie mol sous ses côtes. Le corps inerte fit entendre une sorte de gargouillis avant de basculer sur le côté, laissant dans sa descente vers le sol une large traînée sanguinolente contre le mur. Peut-être n’aurait-il pas dut… .
Un cadavre? Il n’avait pas vraiment envie de le vérifier. Dans tous les cas, quelqu’un lui avait fait du mal et Teews se devait de retrouver le coupable afin de lui faire endurer le châtiment que tout super-héros fait subir à tout super-méchant. Le jeune punk se détourna donc de la masse inerte et continua son périple, restant toujours à proximité de la porte, il devait bien se garder une issue de secours… au cas où… . A peine eut-il fait quelques pas, qu’il ressentit l’atmosphère de la pièce se refroidir. Il y avait ici des choses qui n’auraient jamais dut fouler de leurs pieds (ou tentacule ou n’importe quoi qui composé leur corps) la Terre. Un souffle glacial vint effleurer sa nuque, qui fut aussitôt parcourus de frissons. Au même instant, il compris qu’on l’observé. Emma lui avait appris que l’instinct restait toujours la meilleure arme et toutes situations. Teews devait improviser quelque chose car il sut qu’il allait se faire attaquer d’ici peu.
Le tatoué accéléra le rythme souhaitant faire comprendre à son prédateur qu’il savait qu’il était pris en chasse. Ainsi, les rôles étaient bien définit, l’un était la proie, l’autre le prédateur. Malheureusement pour Teews, il était dans le plus mauvais rôle. Et ce souffle glacé qui lui procurait cette sensation d’étourdissement… . Il devait réagir, il marcha encore plus vite et se stoppa net. Il aurait bien aimé que le moment de son arrêt coïncide avec l’attaque de son opposant afin de pouvoir prendre les choses en main comme dans les films. En effet, son ennemi aurait anticipé ses actions et foncé un ou deux mètres devant. A cet instant Teews aurait improvisé en fonction de la créature. Cependant, les choses ne se passent pas toujours comme dans les films… .
Au moment où il s’arrêta, quelque chose le percuta derrière la tête. Ni une ni deux, il se jeta à terre, effectua une roulade et enfin, se retourna. Il était temps d’affronter ses problèmes en face et en parlant de face… . Se tenait devant lui en lévitation une tête sanguinolente aux traits crispés. Il reconnut aussitôt son propriétaire qui n’était autre que ce qu’il avait pris pour un cadavre. Il n’avait pas encore mémorisé beaucoup de créature du centre et ne sut pas qu’il faisait face à un Nukekubi. De tout façon, il n’avait pas le temps de réfléchir, il devait agir car déjà la tête chargeait, tous crocs sortis. Elle passa juste à côté et alors qu’il voulait pivoter afin de garder son opposant dans son champ de vision, il fut percuté par l’appendice volant. Encore sous le choc, il partit en sens inverse vers le corps inerte du monstre. Au passage, il saisit un balai et un saut, se prenant de nouveaux coups par la tête. La douleur sourdait en lui au rythme des battements de son cœur. Même avec l’entraînement horrible d’Emma, la douleur était toujours une chose désagréable. On apprenait à la combattre mais jamais elle ne disparaissait. Enfin, il fut de retour au niveau du Nukekubi.
« Alors comme ça ta tête se détache de ton corps. Engeance du démon, reçoit ta pénitence et que la justice soit fête!"
Il prit une pose ridicule puis matraqua le corps inerte de coup de balai. Il imaginait que le corps et la tête devait encore être relié d’une quelconque manière. Il commença par donner de puissantes attaques avant de les concentrer aux points névralgiques du corps afin de voir si la tête réagissait. Cependant, celle-ci semblait stoïque à la douleur et montrait de plus en plus ses crocs. Une fois de plus elle chargea, les dents en avant. Son esprit se déconnecta et son corps pris la relève. Il laissa libre cour à ses pulsions et saisit plus fermement l’anse du seau. D’un mouvement ample, il captura la tête dedans et posa le tout à terre. Il enchaîna avec un coup de balai sur le seau avec l’envie de sonner la tête comme on sonnait les cloches dans les dessins animés. En tout cas, du fait du noir ou de la résonance ou de la stupeur, le Nukekubi n’était plus agité.
Il était temps de faire ce pourquoi il avait été engagé: nettoyer. Il traîna la masse sans tête dans un placard qu’il ferma sans avoir osé regarder dedans. Pendant qu’il s’attelait à sa tâche, il comprit pourquoi les autres agents étaient si « lents ». En fait, ils prenaient leurs précautions afin de ne pas être confronté à des situations tellement absurdes qu‘elles en étaient inextricables. Le jeune punk déplaça ensuite le seau (en le traînant contre le sol) dans l’ouverture de la porte d’escalier de secours afin de ne pas se retrouver bloquer, acculé dans cet étage de malheur. Alors qu’il allait se retourner à la recherche d’une serpillière afin d’essuyer le sang laissait par le Nukekubi, il fut percuté par une chose orange qui passa par la porte.
« … et c’est à ce moment que nos boucliers nous ont lâché. Noté que ce n’était pas faute d’avoir mis en garde mon capitaine, hein ! Mais une vraie tête de mule, cet imbécile. Et pas très futé, non plus… Je veux dire : la ceinture d’astéroïdes, là, avant les planètes telluriques… Ne me dites pas qu’on ne pouvait pas passer par au-dessus ou bien par au-dessous ! Bien évidemment, c’était la panique absolument partout : sirène qui hurle, tout le monde qui jappe et nage dans tous les sens… Bref, tandis que l’eau s’échappait par le trou dans la coque, je me suis jeté dans une bulle de survie et zpam ! Moi et une bonne partie de l’équipage, on s’est retrouvé propulsé à toute vitesse en direction d’une petite planète, toute minuscule, mais présentant l’indéniable avantage d’être constitué à deux tiers d’eau. Parce que, des fois que vous ne l’auriez pas remarqué, moi et les miens, nous avons besoin d’eau pour vivre. C’est du genre vital, pour nous… Un peu comme l’air pour vous. Passons. Donc nous pénétrons dans l’atmosphère pour… »
Dante bâilla à s’en décrocher la mâchoire, avec la soudaine impression d’avoir loupé quelque chose. Les paupières lourdes, il jeta un coup d’œil à droite et à gauche. Ses trois compagnons gisaient avachis par terre, la respiration légèrement sifflante indiquant qu’ils dormaient à poings fermés.
Bigre, pensa le jeune homme, mais qu’est-ce qu’il s’est passé ?
Dante secoua la tête, tentant de chasser la torpeur qui gelait son esprit. Qu’est-ce qui avait bien pu se passer ? Le tueur reconverti se releva et fit quelques pas pour se dégourdir les jambes, essayant d’éclaircir ses idées. S’il se souvenait bien… Ah oui ! Ils étaient initialement ici pour nettoyer l’aquarium de la bestiole. Et il avait émis l’idée de communiquer avec l’étrange licorne serpentine d’eau douce. Ce qui était, rétrospectivement, une très mauvaise idée : le poiscaille s’était présenté, avant de se mettre à débiter une histoire invraisemblable et complètement… à dormir debout.
Ce n’est pas exactement l’idée que je me faisait des sirènes charmant les marins par leurs chants…
Par contre, qu’est-ce qui l’avait réveillé ? Tentant de faire abstraction du flot de parole hypnotique débiter par l’insupportable bestiole, Dante jeta un coup d’œil circulaire, détaillant la pièce. Rien ne lui mettant la puce à l’oreille. Le jeune homme allait finalement laisser tomber pour aller réveiller ses camarades lorsque un bruit discordant se fit entendre en surimpression du babillage mélodieux.
Craignant le pire -après tout, qui sait si un foutu loup-garou en colère ne se baladait pas en liberté dans les couloirs de l’A.P.O- le tueur dégaina son Beretta et s’approcha à pas de loup de la porte, non s’être saisi de son seau. D’accord, ça ne serait guère utile en cas de grabuge, mais il n’y avait pas assez de matériel pour tout le monde, alors il était hors de question qu’il se laisse piquer ses affaires.
Le bruit se faisait de plus en plus distinct, et semblait d’origine humaine. Ce qui ne renseignait guère plus Dante sur la situation : soit une bande de joyeux lurons laissaient s’exprimer sa joie de pouvoir participer au grand nettoyage… Chose singulièrement improbable d’après ce qu’il savait de la nature humaine. Soit quelqu’un fuyait quelque chose à grands cris. Ou bien la coursait, mais là aussi, ça semblait hautement improbable vu les trucs qui croisaient sans cesse les activités de l’A.P.O.
N’ayant guère le choix, l’assassin ouvrit la porte, s’engouffra dans le couloir et pivota, prêt à tout.
Mais pas à ce à qui se déroulait sous ses yeux, bien évidemment.
En effet, dans le couloir toujours aussi sombre, une étrange boule de poils couleur fauve sautait en tout sens à pleine vitesse dans sa direction, coursé par un être humain, aux cheveux en pointe et au visage troué de piercing, avec le visage exalté de ceux qui agissent pour une noble cause et y prennent plaisir. D’ailleurs l’étrange personnage, l’apercevant, l’exhorta derechef à l’aider à neutraliser « l’engeance démoniaque » avant qu'elle ne s'échappe.
Une fraction de secondes après s’être résigné à ne pas dézinguer le pompon sautillant d’une balle entre deux de ces yeux, ce qui aurait pu être mal vu par l’A.P.O, Dante rangea son arme et, attrapant son seau à deux mains, décida de s’en servir comme piège et le plaça à l’horizontal sur la trajectoire de la bestiole.
Un bong! à sonorité métallique plus tard, et le seau au fond déformé s’échappait des mains de l’assassin, avant de continuer à sauter en tout sens dans le couloir dans un boucan du diable. Dante pivota immédiatement et se lança à la poursuite du seau sauteur, talonné par l’hurluberlu qui lui avait adressé un grand sourire du genre « ce n’est rien mon grand, je vais m’occuper de tout ».
Nullement ralenti par le poids de son fardeau, ni même gêné par le manque de visibilité, la petite boule de poil continuait à filer bon train, dans un tintamarre discordant qui n’allait pas manquer d’alerter tous les agents du coin. Ce qui, du reste, était plutôt une bonne chose, songea Dante, étant donné que ni lui, ni son nouveau compagnon ne parvenait à gagner du terrain.
L’esprit en ébullition, le tueur reconverti passa en revue toutes les tactiques qui lui venait à l’esprit. Transformer la bestiole en passoire ? Nan, pas tant qu’elle ne représenterait pas une menace. On pouvait toujours lui sommer de s’arrêter, mais rien ne disait qu’elle entende, ni qu’elle comprenne et encore moins qu’elle obéisse. La plaquer au sol ! Ils arrivaient tout juste à maintenir le rythme, la rattraper était une toute autre histoire. Et essayer de la prendre en tenaille ? Étant donné qu’ils étaient tous deux derrière, sans parvenir à la rattraper, c’était plutôt mal parti. Mais peut-être qu’en arrivant à se coordonner avec d’autres agents… Oui mais sans radio, ça ne serait pas possible. Donc il allait falloir attendre qu’ils en viennent d’en face. Ou sinon…
Un idée lumineuse -tout du moins le paraissait-elle sur le coup- lui vint à l’esprit : la bestiole ne voyait pas vers où elle se dirigeait. Donc au bout du couloir, elle percuterait le mur ! Certes, elle risquait d’en profiter pour s’extirper du sceau… Mais entre l’impact et le moment où elle repartirait, il s’écoulerait un laps de temps suffisant pour l’attraper, l’assommer, voire lui marcher dessus.
Mais pour cela, il fallait impérativement réduire l’écart entre eux et la bestiole ! Dante rejeta donc toute prudence et piqua donc un sprint dès qu’il devina le coude suivant dans la pénombre du couloir. Il savait que s’il se plantait, il n’aurait plus assez de souffle pour reprendre la poursuite, aussi mit-il toute son énergie dans cette dernière course. En quelques secondes, il laissa sur place son collègue et se rapprocha inexorablement de la bestiole.
Un ultime coup d’œil lui apprit que le mur n’était plus qu’à quelques mètres. Il n’y aurait qu’un seul essai. Dante se concentra, prêt à l’impact… Qui vint bien plutôt que prévu, lorsqu’une porte latérale s’ouvrit inopinément après le passage de la bestiole, bien trop proche pour que l’assassin reconverti puisse dévier sa trajectoire.
Le choc avec l’obstacle métallique fut rude et violent (et froid aussi… d’accord, c’est trivial comme détail, mais ça participe aussi à l’aspect désagréable de ce genre d’expérience), et laissa le jeune homme légèrement groggy, tandis que le type derrière, qui s’était mangé la porte en retour de l’impact, se répandait en une flopée de jurons.
Le temps que tout un chacun reprenne ses esprits, un second vacarme métallique, ponctué d’un hululement de douleur, leur apprit que la bestiole fugitive venait de percuter le mur avec force et fracas.
Le gaillard aux piercings les rattrapa sur ces entrefaites, et n’eût plus qu’à se pencher pour attraper la boule de poils complètement sonné, avant de prendre la pose, exhibant son trophée, tout en rejetant une vague mèche rebelle en arrière de sa main libre.
« Et voilà le travail ! L'incroyable Teews au secours de la veuve et de l’orphelin ! »
EDIT by Twi, message mis en spoiler, on continue comme s'il n'avait pas été posté.
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