A l’intérieur de l’APO, le bourdonnement quotidien des activités était arrivé au stade de l’heureuse fourmilière. Cela faisait maintenant quelques jours que l’organisation était dans un calme tout relatif, sans aucun véritable évènement à relater. Pourtant, un témoin attentif aurait pu discerner une sorte de tension dans l’air. Ce n’était pas quelque chose de dangereux, malsain ou quoi que ce soit d’autre, plutôt une sorte d’attente générale. La plupart des membres de l’APO semblaient plus impatients de jour en jour, comme dans l’expectative d’un évènement d’envergure...
Et puis un jour, en début de matinée, alors que la fébrilité générale était devenue palpable, les hauts parleurs grésillèrent. Cela commença par une petite musique entraînante, comme toujours avant une annonce, qui eut pour effet de faire tendre l’oreille de tous les anciens de l’organisation.
Citation:
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, et Autres,
Cette annonce est principalement adressée aux agents ayant rejoint l'organisation depuis moins d'un an. Veuillez donc prêter attention.
Comme vous le savez, l'APO traite avec le paranormal et l’étrange. Même si vous n’êtes pas là depuis longtemps, vous avez très certainement pu vous faire les dents lors de quelques missions sortant de l'ordinaire. Mais une question demeure : Êtes vous de l’étoffe dont on fait les agents ?
Bien entendu, si vous êtes parmi nous, c'est certainement le cas. Mais il est intéressant de vérifier cette donnée. Comme chaque année, voilà arrivé le moment du Grand Ménage de Printemps ! Un évènement particulier que vous attendiez tous avec impatience.
Agents recrutés depuis moins de douze mois à ce jour, les responsables administratifs, Esper, et l’équipe d’entretien ont une tache d’importance cruciale à vous confier. Rendez vous dès maintenant devant le sas du niveau -4 pour un briefing et prendre vos armes ! Armes qui vous servirons à lutter contre la terrible menace qui vous attend.
Cette mission est de priorité maximale. Veuillez abandonner toute activité en cours pour rejoindre le sas du niveau-4. Il vous reste sept minutes et quarante-deux secondes pour vous rendre sur place.
Alors qu’un silence attentif s'était installé durant toute l’annonce, la fin de celle-ci entraîna un surcroît d’agitation dans les locaux. Les responsables poussaient gentiment mais fermement les membres concernés par l'annonce dehors, avec de grands sourires sur le visage. Les nouveaux agents se retrouvèrent ainsi tous dans la salle blindée du niveau -3 qui contenait le grand sas permettant d'accéder au centre de détention.
Sept minutes et quarante-deux secondes après la première annonce, les hauts parleurs grésillèrent à nouveau, mais seulement dans la salle :
Citation:
Il semble que vous soyez tous là. C'est une bonne chose.
Les casiers sur votre droite renferment tout le matériel nécessaire à votre tâche. Rien n'est nominatif, et il n'y a pas de liste pour la distribution. Veuillez donc vous débrouiller pour répartir équitablement et au mieux le matériel mis à votre disposition...
Certains des agents les plus proches des casiers en ouvrirent quelques-uns, dont tombèrent un assortiment disparate d’objets utilisés pour le ménage : balais, seaux, brosses, serpillières, sacs en plastique, gants caoutchoutés, eau de javel...
Citation:
Votre mission, que vous acceptez : faire le ménage dans le niveau -4. Il vous faudra bien entendu nettoyer les cages du centre de détention. Elles ont bien besoin d’un bon récurage. Pour votre sécurité, les spécimens les plus dangereux ont été sédatés et amenés ailleurs. Mais restez sur vos gardes, il reste de nombreux dangers.
Nous comptons sur votre courage et votre sens du devoir pour vous occuper les uns des autres durant ce travail. Ne sous-estimez pas l’importance de cette tâche, elle est suffisamment éprouvante pour entamer vos nerfs et nous servira à vous évaluer. Autant vous dire que tirer au flan sera très mal vu...
Une dernière chose : tentez de ne pas mourir durant cette activité. Ce serait ballot.
Bonne chance.
Un silence de plomb régnait à la fin de cette annonce. La sortie de la salle blindée se referma, et quelques secondes plus tard, l'énorme porte donnant sur le niveau -4 commença à pivoter. Un courant d'air glacial souffla, la température chuta de quelques degrés et la luminosité sembla diminuer. Par l'ouverture, les agents pouvaient discerner les couloirs sombres, éclairés mais pourtant envahis par des ombres presque vivantes... Des bruits inquiétants s'échappaient des profondeurs, mais il en faudrait plus pour effrayer les recrues de l'APO.
Pendant ce temps, dans tout le reste des locaux, une troisième annonce retentissait :
Citation:
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, et Autres,
Le traditionnel Grand Ménage de Printemps débute en cette magnifique matinée !
Cette année, c'est la salle de briefing B1 qui a été choisie pour la diffusion des vidéos de surveillance. Venez donc admirer nos nouvelles recrues ! Pour les paris, vous pouvez comme tous les ans faire vos jeux depuis n'importe quel terminal interne. Les côtes seront mises à jour régulièrement en fonction des évènements de la journée.
Consignes
Vous voila bien : Le centre de détention, le niveau le plus profond et le plus hostile, s'ouvre à vous, avec tout ses secrets. Et vous n'êtes armé que d'un balai ou d'une serpillière (pour les plus chanceux).
Les cages vous attendent (et pour certaines, leurs occupants aussi) pour leur petit bain de mousse annuel. Ce serait, en temps normal, une mission énervante et légèrement dégradante, mais n'oubliez pas, nous sommes à l'APO.
Vous êtes libres sur bien des détails. Il faut simplement rendre une ambiance glauque à souhait, avec des zones d'ombres qui vous regardent et des cris inhumains qui résonnent au loin.
Vous l'aurez compris, cet endroit fout les j'tons. C'est le bizutage à la sauce APO.
Alors au travail, bande de moules ! Récurez moi tout ça !
Eris regarda autour d’elle. Il régnait dans la salle une vraie frénésie. Elle s’était retrouvée bien vite avec un chiffon et du produit nettoyant pour vitres et surfaces lisses dans les mains. Cet appel était vraiment bizarre. Non pas bizarre dans le sens « c’est totalement incroyable » mais plutôt dans le sens « pourquoi donc subitement on nous ferais faire le ménage ? » La vraie question à se poser était certainement « pourquoi le niveau -4 ? » mais comme Éris connaissait la réponse à cette question, celle-ci ne l’effleura même pas. Il est vrai que ce genre de mission, si mission était le terme approprié, n’était pas vraiment le genre de la maison. Non pas qu’elle ait eut le temps d’éplucher les rapports de toutes les précédentes missions, mais ce genre de nettoyage de printemps ne figurait nulle part.
En tout cas, dès l’annonce terminée, tous les employés qui travaillaient avec elle avaient le regard fixé sur sa petite personne. Un tentacule d’un vert maladif lui avait arraché les papiers qu’elle avait dans les mains, tandis que Jobo, l’un de ses premiers contacts, celui qui lui avait fait faire le tour du propriétaire et initié au dur métier de l’archivage cryptographié, lui avait attrapé doucement l’épaule de son deuxième bras gauche et emmené jusqu’à la porte de la salle d’archive, en lui indiquant avec un sourire confiant le grand ascenseur vers lequel tout le monde convergeait. Enfin tout le monde, tous les nouveaux en tout cas. L’année avait été riche en embauches diverses, mais au vu de l’endroit où ils se rendaient, Éris supposa que tous les ans c’était un peu la même chose.
Le dos droit et l’air assuré, la jeune femme avait docilement suivi ses collègues, dont certains partageaient son petit train de vie. Et petit train de vie était un euphémisme. Ce n’était pas l’aventure pour l’instant, mais elle en avait vu des vertes et des pas mûres depuis quelques semaines. On l’avait initié au langage galactique universel, appris le dialecte source de la Terre, enseigné la langue des signes pour monstre muet et même offert, pour son premier mois de présence son premier spray anti-ectoplasme farceur. Ce genre là était le plus difficile à attraper, lui disait souvent Tonio, un italien de trente-huit ans, membre de la brigade d’inspection de l’Au-delà. Ils ne se laissaient pas approcher et il était même très difficile de discuter raisonnablement avec eux. On leur mettait simplement un mouchard émetteur d’ondes infrarouges. Il lui en avait montré un lors de leur première rencontre. C’était…transparent, froid au toucher, très froid même. Éris n’avait pas essayé de comprendre comment il fonctionnait et encore moins comment il était possible de l’implanter sur un fantôme.
Une fois servie, elle s’était donc éloignée de la foule qui se servait en ustensiles divers et variés. Tous cherchaient quelque chose de pointu, tranchant, quelque chose d’utilisable dans un éventuel combat. Mais le personnel nettoyant avait bien fait son boulot. Mis à part un balai dont le manche en bois pouvait assommer une petite bêbête, rien dans l’attirail ne semblait faire le moindre effet sur les monstres du niveau -4. Éris ne s’attendait pas à un miracle, mais elle pensait avoir bien fait en attrapant une ceinture de cuir munie de deux recharges de produit nettoyant. Si elle tombait sur un danger, elle n’aurait qu’à chercher les yeux ou tout autre organe sensible.
Elle fut parmi les premiers à se rendre compte que l’air glacial provenait de la porte d’en face. Celle-ci donnait sur un couloir sombre. Très sombre même. Elle n'avait pas eut le plaisir d'examiner un quelconque plan du niveau, mais elle devina que celui-ci débouchait sur une salle bien plus grande, ou tout du moins un autre couloir. Elle chercha des yeux un interrupteur, mais bien entendu, si interrupteur il y avait, il se trouvait plus en profondeur. Trouver l'interrupteur, voilà une mission intéressante et qui en soulagerai plus d'un. En attendant, il faudrait faire sans. Éris espéra que dans tout le fouillis qui leur avait été distribué se trouvait au moins une ou deux lampes torches. Dans le cas contraire, il faudrait redoubler de courage.
Les plus curieux s’étaient avancés dans le couloir pour examiner ce qui s’y trouvait, les plus hardis avaient fait quelques pas de plus dans le couloir sombre de manière à ce qu'on ne les voit plus depuis la salle faiblement éclairée. Tout ceci avant d’entendre un crachement qui les fit revenir au pas de course. De ces quatre hardis explorateurs, trois revinrent. On entendit le quatrième hurler, on entendit l’un de ses membres craquer, mais surtout, on vit une paire de chaussures revenir, voler au dessus de toutes les têtes et s’écraser contre la porte par laquelle ils étaient arrivés. Elle était dégoulinante de bave. Une jeune femme, plus âgée qu’Éris, se trouvaient à quelques pas des restes du n°4. Elle émit un petit gémissement et s’évanouit. Éris leva les yeux au plafond et reporta son attention sur l’ouverture sombre et froide.
Jamais je n’aurais cru qu’une simple farce faite par mes amis, me conduirait au fin fond d’un château où je devrais récurer des cellules. Jamais je n’aurais cru que cette présentation de moi dans un forum allait changer totalement ma vie. Jamais je n’aurais cru que de telles choses pouvaient exister…
Je me rappelle bien du jour où j’avais surpris mes deux amis Peter et George qui étaient entrain de poster des informations sur moi dans un site de rencontres professionnelles, je les avais pas mal engueulé, mais je me disais à cet instant que ce n’était qu’un simple acte isolé, rien de bien important…Bah je me trompais. En fait, quelques jours après la petite farce, je reçus un message privé d’une personne nommée Lucas. Le message était concis, et bien intriguant, l’expéditeur avait écrit
-Nous avons un travail à vous proposer, Monsieur Marvin, un travail des plus spéciale. Pour plus d’informations, rencontrons-nous demain au café « Carte noir »
Au début, je refusai d’aller à ce rendez vous, c’était complètement fou ! J’avais un boulot bien payé même s’il n’y avait pas d’action, alors pourquoi changer ? Mais plus j’y pensais, plus j’avais envie d’y aller…Peut être était-ce du à la curiosité, mais j’avais ce sentiment si spécial, j’étais comme attiré vers cette rencontre. Le destin avait peut être décidé de m’apporter du changement. Je décidai d’aller à la rencontre de ce mystérieux personnage, je devais en avoir le cœur net.
Le lendemain, je m’étais rendu au café pour rencontrer l’homme, mais je tombai sur un jeune garçon étrange. Il portait de grosses lunettes qui recouvraient presque toute la totalité de son petit visage, et sur sa table se trouvait un ordinateur portable. C’était un véritable petit geek. Au premier abord, je m’étais dit que ça ne pouvait en aucun cas être lui, mais ce dernier prit la parole en m’appelant par mon nom :
-Monsieur Marvin, je me prénomme Lucas, je suis venu vous proposer un poste.
Mais c’était quoi cette blague ?? Je le vis de haut, un peu comme un homme verrait un enfant, mais le jeune agent n’avait pas l’air d’apprécier cela, c’est alors qu’il se mit à parler :
-Je peux comprendre que voir un jeune garçon proposer un poste à un homme vous semble bien étrange, mais je vous rassure, ce n’est rien par rapport à ce que vous aller apprendre aujourd’hui. Je suis membre d’une organisation secrète dénommée Authorized Personnel Only. Cette importante organisation a une mission des plus cruciale. Nous protégeons le monde des dangers liés au paranormal…Ne vous étonnez pas, le monde recèle bon nombre de secrets inavoués, et si vous aviez toujours vécu en pensant que l’occulte n’était que fiction, c’est grâce à des organisations comme l’A.P.O.
-Vous nous intéressez, vos compétences pourraient beaucoup nous servir, que ce soit dans les locaux ou dans le terrain, car combattre les ombres qui menacent les humains est une tâche de tous les dangers, beaucoup d’agents pourraient être blessés en mission, et nous avons besoin de médecins pour les remettre sur pied. Dans votre présentation, vous disiez avoir besoin d’un métier avec plus d’action, c’est assez drôle car action il y en aura…Et pas qu’un peu si vous voulez mon avis. Peut être que vous ne me croyez pas, mais croyez vous qu’on se donnerait tant d’efforts juste pour un ramassis de mensonges ?
-Ouah !! Quand il commence celui là, c’est un vrai moulin à paroles…Me suis-je dit en l’entendant parler.
Mais ce qu’il disait dépassait de loin mon entendement. Voyez-vous, mon éducation, ainsi que ma formation avait fait de moi une personne logique, qui ne pouvait croire en des histoires occultes. Bien sûr, il m’était souvent arrivé de lire un livre sur ce domaine, mais ce n’était qu’un passe temps, et je n’arrivais pas à croire à ce qu’il disait. Pourtant, il avait raison sur une chose. Pourquoi ferait-il tant d’efforts pour finalement mentir.
-Eh bien, je constate que vous commencez à comprendre, je ne m’étais finalement pas trompé sur vous. Vous êtes assez intelligent pour comprendre que je ne mens pas. Vous êtes surpris, après tout, d’où croyez vous que les histoires sur le paranormal sortent. L’imagination est toujours basée sur un fait réel, n’est ce pas logique…Vous serez bien plus utile à l’A.P.O que dans une simple clinique, et si vous avez une âme de scientifique, alors vous trouverez votre bonheur là bas…Si l’on peut appeler ça bonheur…
Une chose était certaine à cet instant, je ne pouvais plus reprendre ma vie comme si de rien n’était, après avoir ouvert les yeux sur une autre réalité de la vie, une réalité bien sombre en effet. Et plus les minutes passaient, plus je souhaitais découvrir ce monde, enfin un boulot qui en valait la peine…Mais qu’allais-je dire à mes parents, à mes amis ? Est-ce que cela valait la peine de tout quitter ? Sans hésiter, je m’étais dit « Oui ! »
-J’accepte de travailler pour l’A.P.O ! Que dois-je faire maintenant ? -Avez-vous vraiment besoin que je vous le dise ? Ce que je viens de vous révéler ne doit être dit à personne, peu de gens pourraient comprendre, d’autres tomberaient dans la folie. Lorsque vous serez prêt, vous pourrez partir. -Très bien ! Je serai prêt dans une semaine.
Ah Londres, j’avais appris avec le temps à aimer cette ville, ces avenues, ces bars, ces places et ces habitants. Après avoir accepté l’offre de Lucas, je décidai de marcher un peu. Je pris une cigarette que je plaquai entre mes lèvres, et je l’allumai avec mon briquet. Autant que médecin, je savais très bien que fumer pouvait nuire à la santé, mais si la santé était le prix d’un tel plaisir, alors ça en valait la peine. De plus, après avoir entendu les révélations de l’agent de l’A.P.O, ça ne pouvait me faire que du bien. En marchant il m’était souvent arrivé d’éviter des rues plus sombres, après tout ce que j’avais entendu, je ne me sentais plus en sécurité. Mais bon, j’avais des choses urgentes à faire.
Je rentrai chez moi où j’avais téléphoné à mes parents pour leur annoncer la nouvelle, ou plus honnêtement, le mensonge :
-Alors papa ? Comment vas-tu ? Moi je vais bien…Tu sais, on m’a proposé un meilleur poste que j’ai accepté…Merci, mais ce n’est pas à Londres, en fait, ce n’est même pas en Angleterre…Non ! T’inquiètes pas, en plus c’est bien payé, oui oui je suis sûr…En fait c’est en Roumanie…Non mais je suis assez grand pour décider de ma vie !!! Bon, embrasses Maman…Je vous aime…Au revoir…
Convaincre mon père n’avait jamais été pour moi une chose facile, mais ce n’était pas pour autant que j’allais abandonner le poste que je venais d’accepter, cela faisait tellement longtemps que je rêvais d’avoir une occasion pareille. Je devais alors prévenir mes amis, je décidai de les inviter à un diner dans un restaurent que je connaissais bien. La soirée se passait très bien, et lorsque s’était présentée la bonne occasion, je finis par prendre la parole :
-En fait, si je vous ai invité, c’est parce qu’on fête un évènement ! -Ah bon ? De quel évènement parles-tu ? Avait répondu George. -Je viens d’être engagé autant que chef de service dans un hôpital en Roumanie. -Quoi !! En Roumanie ??? Non mais tu dois nous faire une blague là ! S’exclama Peter. -Non, une personne m’a contacté par le biais du forum et l’offre m’a beaucoup plu, vous savez que j’aime bien les aventures haha… -T’as l’air sérieux là… -Oui Peter, je le suis.
La soirée était arrivé à sa fin et l’atmosphère était lourde, je me demandais à cet instant si j’avais vraiment fait le bon choix, seul l’avenir pouvait le dire. Par la suite, j’envoyai une lettre de démission à la clinique, j’étais finalement fin prêt pour partir à l’aventure !
Depuis mon arrivé, j’avais été un peu déçu à vrai dire. J’avais eu droit à une visite du château, puis un briefing sur le règlement interne. Quelques cours de base sur l’anatomie d’un loup garou, puis j’avais pu assister à pas mal d’opérations chirurgicales sur plusieurs types de monstres. J’avais également pu avoir un aperçu de l’édition M du Vidal (M comme monstre).
Et me voila maintenant, tenant un balai parce que l’A.P.O avait décidé de faire son bizutage annuel. Je vous dis une chose, c’est pas du tout à quoi j’attendais en venant ici. Je voulais de l’action, avoir des armes pour combattre des monstres…Mais ce n’est pas le cas pour l’instant.
En fait la mission était de récurer le niveau -4, qui était en fait le niveau le plus dangereux du château car se trouvaient des monstres très puissants, surtout pour de jeunes recrues. On nous avait fait descendre dans le niveau -3. C’est alors qu’un grand Sas s’ouvrit. Il y avait des casiers où l’on pouvait trouver du matériel de nettoyage comme des balais, des serpillères etc.…
-Bah voyons, je crois qu’ils se foutent de notre gueules ceux là…Enfin, on n’a pas le choix maintenant.
Je pris un balai ainsi que des gants en caoutchouc, j’aurais bien voulu prendre des produits nettoyants, mais une femme en avait pris pas mal :
-Faudrait peut être partager un peu, jeune demoiselle, on est tous dans la même merde si vous pardonnez mon langage, assez cru j’en conçois…Enfin les femmes…Elles ne changeront jamais… J’avais fini ma phrase avec un petit dicton bien macho, pour taquiner un peu la jeune femme.
C’est alors que les portes du niveau -4 s’ouvrirent laissant place à l’obscurité grandissante. Je peux vous dire que ça donnait vraiment pas envie d’entrer, mais bon, je ne pouvais pas me dégonfler aussitôt. La température baissa radicalement, mon échine en frissonna et j’ai pris la parole m’adressant à tous les membres qui se trouvaient là :
-Je m’appel Steve ! Enchanté de vous connaître.
Et enchanté de vous avoir connu, c’est ce que j’aurais pu dire à la personne qui fut totalement avalée par un monstre, sauf ses chaussures. On dirait bien que les monstres n’aiment pas trop le textile, information très inutile à noter.
-Quand faut y aller…Bah faut y aller !
Dernière édition par Kadus le Sam 25 Avr 2009 12:38, édité 1 fois.
L'excitation avait fusé telle une flèche jusqu'à son cerveau dès que les haut-parleurs avaient grésillé. C'était un grésillement léger, mais ce changement de note dans l'air avait suffi pour mettre tous les sens de Yeni en alerte. Elle avait même cessé d'agiter le bâton de billard qu'elle tenait à la main en tentant de calculer l'angle parfait pour faire rentrer la boule numéro 6. Les agents, d'ancienneté diverse, avec lesquels elle disputait une petite partie, lui indiquèrent la sortie sitôt l'annonce terminée, mais Yeni courait déjà en direction de la salle mentionnée, fort pressée de se mettre enfin au travail. Depuis des semaines, chaque annonce lui faisait espérer... et cette fois-ci était enfin la bonne: une première mission! C'en était fini des sessions d'observation, des cours de langue (quoique mettre en pratique son anglais lui avait permis de le peaufiner), des formations, des paperasses à n'en plus finir, on allait enfin les envoyer sur le terrain.
Le personnel de l'APO avait cependant un humour bien cruel se dit la jeune femme lorsqu'elle comprit la nature exacte de cette première mission: du récurage! Toutefois, à l'agence depuis déjà huit semaines, Yeni se doutait bien que ce ménage n'aurait rien en commun avec celui qu'elle faisait, environ une fois par deux ans, dans son vieil appartement si ce n'était de quelques objets tranchants, de nouvelles formes de vie qui disparaissaient dans les encoignures (mais en beaucoup plus gros) et du sentiment de satisfaction qui suivrait, bien sûr. Yeni enfonça sa casquette rouge sur sa tête et ouvrit le premier casier sur sa droite, elle s'en écarta prestement lorsqu'une panoplie d'accessoires de ménage en tomba. À genoux, elle entreprit de procéder à un tri des plus sélectifs. Il fallait penser à faire reluire murs et planchers tout en se gardant bien de finir entre les crocs des bestioles du niveau 4. Des sacs de diverses tailles, du ruban supra adhésif, un grattoir à gommes ainsi qu'une paire de gants en caoutchouc trouvèrent place dans les divers poches de son pantalon d'armée. Les gants furent simplement enfoncés sous sa ceinture. En glissant le grattoir dans la poche de droite, Yeni réalisa qu'elle avait par mégarde emporté la boule numéro 3 depuis la salle de loisirs. Elle jeta un bref regard aux alentours, désinvolte, puis se dit que si personne ne lui disait rien, ça pouvait toujours se révéler utile.
Dans le casier voisin, délaissé par un autre agent, elle grappilla un vaporisateur à produit nettoyant dont le pH lui semblait prometteur et un cordon. Malgré de multiples fouilles, elle ne trouva rien de plus contondant. Ne manquait plus que la serpillère pour compléter le tableau: oh regardez la terrible traqueuse de monstres! Yeni eut un rictus, puis se tourna pour observer ses collègues. Certains commençaient tout juste à obtenir l'épithète mentale de "camarade" dans l'esprit de la jeune Russe. Le seul dont le qualificatif dépassait ce stade était Alroy. Pour lui, elle avait fait une exception à son principe de ne pas juger sans connaître. Il multipliait les sous-entendus, toujours à caractère sexuel, et avait fait croire à une nouvelle recrue impressionnable qu'un esprit cogneur se trouvait dans le plus petit réduis du premier niveau avant de l'y enfermer dans le noir pendant près d'une heure. La pauvre recrue avait failli mourir de trouille et était repartie vers son Alabama natal. Alroy: trop de charme et pas assez de couilles, selon Yeni. L'expédition au niveau 4 permettrait aussi de se faire une bonne idée sur toutes les têtes qu'elle ne connaissait que de vue et de voir avec quels individus elle saurait travailler. Un balai-brosse atterrit dans ses mains lorsqu'un agent nommé Mercury le lui tendit avec son assurance et son sourire habituels. "Va voir chez Secrétaires si je suis là, Mercury. Je fais pas équipe avec gros lourdaud" répliqua-t-elle aussitôt. Elle garda tout de même le balai, mais tira la langue au dos du jeune homme lorsque celui-ci se détourna d'elle en lâchant une remarque que Yeni s'empressa de reléguer dans le tiroir mémoriel "sans importance".
En voyant les agents se préparer au comb... ménage, Yeni ressentit un vague malaise. Après tout, c'était eux qui allaient déranger des monstres qui n'avaient rien demandé à personne, ou presque. Blesser des créatures, aussi horribles soient-elles, ne faisait pas précisément partie de ses aspirations en rejoignant l'organisation. Cependant, elle avait bien sûr eu le temps de parcourir la base de données, enfin, en respectant les peu d'accès qui lui avaient été accordés et savait donc que certains monstres là, derrière cette porte, pouvaient se montrer très agressifs si on les provoquait, ou pas.
Elle se rapprocha d'une autre agente avec laquelle elle avait partagé quelques verres la semaine précédente. Éris s'était montrée sympathique et de bonne compagnie, mais elles n'avaient pas eu l'occasion de se trouver de points d'intérêt commun. En passant près de Marvin - elle avait retenu le nom à cause de ce regard froid qu'il posait sur tous les agents lors d'une des soirées organisées par le comité d'accueil - elle lui désigna le balai-brosse qu'elle tenait toujours à la main, de la même manière dont elle avait brandi la queue de billard quelques minutes plus tôt, mais n'eut pas l'occasion de parler car une porte blindée se ferma, celle de la sortie, et une autre s'ouvrit, projetant un souffle glacé dans la pièce. "Bon vent du nord, ça" constata Yeni en regardant le noir opaque par-delà l'ouverture. Quatre premiers courageux (imbéciles?) foncèrent dedans. Yeni observa la suite des évènements avec grande curiosité. Les craquements et hurlements s'élevèrent, sinistres, peu de temps après que les imbéciles (courageux?) eurent pénétré dans le niveau 4. Trois en ressortirent indemnes, vivants tout du moins.
"Je propose à vous de faire équipe ensemble. On marche en bloc et on surveille arrières, ok?"
Ça ne pouvait pas être si terrible là-dedans, le tout récent défunt agent avait dû exciter la bête d'une quelconque manière. Elle s'approcha à son tour du bord de la porte et flaira l'atmosphère, ça puait. "Fu! Besoin de bon ménage." Elle reconnaissait l'odeur caractéristique du fromage fondu mêlé à des oignons pas trop frais et du hareng. "Ils (elle pointa les haut-parleurs) fournissent appâts, c'est nous!" Elle fit un pas prudent dans le noir, son vaporisateur pendait à sa ceinture, si un monstre pouvait broyer, il n'était certainement pas fait d'une matière qu'on pouvait dissoudre au vinaigre. Elle choisit plutôt d'abaisser son balai et de le pousser, à plat sur le sol, devant elle, en avançant toujours aussi prudemment, autrement dit, elle était prête à décamper dès la première alerte. Elle aurait certes été plus courageuse si on l'avait au moins armée d'un fusil à pompe, voire d'un tire-pois.
Je crois que je suis amoureux. Il est trop beau avec sa ligne si pure et si délicate. Bon oui, il est un petit peu grisonnant, mais ce n’est pas ce qui pourra empêcher notre union et notre fusion. Oh que je l’aime !
Bon allez, un peu de courage, je peux le faire, je suis un grand garçon, je peux m’en approcher et le toucher. Soyons délicat et totalement maître de la situation. Je peux le faire ! Je dois avoir un air idiot à le contempler de la sorte, mais qu’y puis-je, c’est un véritable coup de foudre. Tous les deux on pourra faire tant de choses ! Encore un instant et je serais prêt à le toucher, poser ma main sur lui, le tapoter en douceur avant de pianoter rapidement et de m’y connecter enfin. Quel ordinateur parfait !
En plus, il fait de la musique et il … non, il ne fait pas de musique, il y a de la musique et je sais ce que ça signifie, une mission va débuter. Mais il est fort improbable que ça me concerne, après tout, je suis bien plus utile dans les bureaux qu’au nettoyage du niveau -4 ? Quoi ? Nettoyage, oh super cool, il faut que je voie les bleus qui vont se faire trucider ! Ca va être cool !
Une minute ? Moins de douze mois d’ancienneté à l’APO ? Bon ça va, ce n’est pas mon cas, je suis officiellement à l’APO depuis mes 14 ans, donc franchement, ça fait plus de douze mois. Enfin, je crois. Faisons le calcul exact, je suis entré à l’APO il y a très exactement, pff, comment je peux me souvenir moi ? Il faut que je consulte les archives, ça va aller bien plus vite. Alors, non, non, non, non et non, je vais tuer Esper et tous les esprits qui se moquent de moi ! Je vais même les dépecer d’une manière parfaitement efficace. Enfin, il faut d’abord que j’apprenne à dépecer les gens. J’ai jamais fait et je crains qu’il n’existe aucune machine à dépecer.
Allez let’s go, haut les cœurs et je vais leur montrer pourquoi je suis de niveau 5 ici. Ca ne doit pas être bien compliqué de faire du ménage, la preuve ? Ben on recrute les femmes de ménage dans les gens sans diplôme alors ! Et même si je n’ai pas encore de diplôme, je vais en avoir un jour c’est certain. Ce qui ne fait le plus de peine c’est tout de même de l’abandonner, le pauvre petit supercalculateur sur lequel j’aurais pu m’amuser ! Snif, au revoir petit, je te fais un signe de main et ne t’inquiète pas, je vais te retrouver dans peu de temps.
Allez, c’est parti ! On descend au niveau -3, on écoute ce que disent les hauts parleurs et on recule lentement. Oups, je crois que je me suis planté, ce n’est pas une mission c’est le bizutage annuel et en plus j’étais au courant. Oui, je n’aurais pas dû, mais j’ai quelque peu piraté les serveurs et j’ai vu que ça se faisait tous les ans à la même période. Et comme je suis là depuis environ 11 mois et 29 jours, j’aurais pu éviter d’entrer. Ce n’est pas grave, je vais sortir discrètement et je vais pouvoir mater les candidats, ça va être vraiment intéressant.
Je continue à reculer alors que la voix se fait plus dangereuse et hop, je n’ai plus qu’un pas à faire pour sortir. Personne ne m’a vu, ni vu ni connu, je vais pouvoir m’amuser dans quelques secondes et …
- Ah non !
Chut, il ne faut pas te faire remarquer Lucas, ils ont fermé la porte mais tu peux sortir, tu es un grand garçon et tu vas bidouiller l’ordinateur de contrôle pour … heu, il est où cet ordinateur de contrôle de la porte ? Non ! C’est pas possible, il n’y a pas d’ordinateur de contrôle et je suis coincé là. Je me tourne vers les bleus et me dit que ça ne va pas être une partie de plaisir finalement. Pourquoi je me suis fait avoir comme les autres ? C’est trop injuste !
Bon tant pis, je vais aider un peu à ma manière. Alors, je sors mon netbook de ma poche et je commence à faire une recherche sur le net. Car oui, il doit bien y avoir un manuel du ménage. Allez, recherche des mots clés : manuel, ménage. Ca devrait donner des résultats intéressants.
Heu, non je ne veux pas un chariot manuel ménage 15 seaux, ni le livre Ménage à trois de Manuel Vazquez Montalban, tiens, faire le ménage sur son ordinateur avec une défragmentation manuelle, intéressant ça. Mais ça ne fonctionne pas pour les locaux. Cherchons autre chose, comment faire le ménage ? Ca devrait donner des résultats intéressants.
Alors de quoi ça parle ? Ouh là, ça c’et long à lire, allez, je m’assois à côté de la porte et je lis. Donc passer la serpillère, c’est quoi cet engin de malheur, une serpillère ? Et puis un balai, je sais ce que c’est mais ils n’expliquent pas comment qu’on s’en sert. Et un coup de balai ? Pourquoi donner un coup de balai ? Si ça suffisait, ça se saurait… Quoi que je peux essayer, ça devrait marcher c’est ce qui est dit. Allez, cherchons un balai…
Oh, un placard à balais, je l’ouvre et je trouve un magnifique balai, un seau (inutile), un bout de tissu rêche (inutile) et des gants en caoutchouc. Je prends le tout, on ne sait jamais, je mets les gants avec le tissu dans le seau et je prends le balai en main. Le balai est beau, il est brun et il a des poils raides, bon, c’est comme un fox terrier quoi. Alors comment que ça marche, à oui, j’ai lu, donner un coup de balai par terre !
Pour ça, rien de plus simple, c’est comme quand on a un vieux disque dur et qu’on veut empêcher quiconque de le lire. Je lève le balai bien haut au dessus de ma tête et je l’abat brutalement sur le sol ! Tiens, il est tout cabossé maintenant, c’est pas solide ce balai. Quoi que, j’y ai peut-être mis un peu trop d’ardeur. En tout cas, cette pièce est propre, j’ai donné mon coup de balai !
Par contre, je ne comprends pas pourquoi les autres n’en font pas autant, bon d’accord, les morts ils ne peuvent plus, mais les autres faut quand même qu’ils bossent un peu. Allez les gars, on se bouge ! Et pourquoi ils me regardent avec un air étonné, ah, ils ne se doutaient pas qu’un jeune homme comme moi sache faire aussi bien le ménage ! Et ouais ! Par contre, il faut que je trouve ce que c’est qu’une serpillère parce que il faut en donner un coup après le coup de balai…
Ah ! Une fille ! Elle va savoir, les filles ça sait faire le ménage tout comme il faut. Je m’approche avec mon balai pendant qu’elle pousse le sien sur le sol. Elle a pas l’air de savoir quoi en faire.
- Excuse moi, avant que tu partes, tu sais ce que c’est une serpillère, il faut que j’en donne un coup. Et puis pour le balai, fais attention, ils sont fragiles, il ne faut pas donner un trop grand coup.
Qu’est ce qu’elle a à me regarder avec ces yeux étonnés ? C’est pourtant pas bien compliqué à comprendre. Ou alors elle est comme moi, c’est une débutante du ménage et elle se retrouve à ne pas savoir quoi faire. Mince alors ! Il va falloir que je lui montre.
- Regarde, faut pas le pousser devant toi, faut donner des petits coups. Donc tu le lèves au dessus de ta tête et hop tu l’abats sur le sol, comme ça.
Je termine mon explication par une démonstration et hop, un coup de balai sur le truc qui fait splotch. Oups, je crois que j’ai un peu écrabouillé la bestiole, mais c’est vrai ça, pourquoi qu’elle se met sur le trajet du balai aussi, faut pas être bien malin. Ce que c’est idiot ces bêtes là. Je ne vais même pas chercher ce que c’était, c’est mort donc c’est inutile. Mais je ne comprends pas maintenant comment faire pour retirer les bouts de bestiole. Ah ben oui ! Je suis bête, il faut donner un coup de serpillère dessus. C’est trop facile le ménage en fait.
Depuis ce fameux jour à Berlin où il était allé faire un petit tour au zoo des horreurs et qu'une organisation bizarre était venue à la place de la police, Alexander avait vendu les locaux d'A&A Untersuchung, annulé toutes les enquêtes en cours, réglé les dernières affaires et enterré son associé. Dans cet ordre. Le jeune homme avait toujours été victime d'un ennui perpétuel, et n'avait cessé de changer d'activité depuis qu'il était sortit du Gymnasium. Le droit étant une activité assez varié, il s'était assez amusé aux côtés d'Alan Rabe dans leurs activités non-conventionnelles. Mais maintenant... Disons que c'était un sacré coup de bol que la disparution prématurée (enfin, prématurée, disons plutôt que les monstres avaient été plus rapides que le cancer du poumon) fasse intervenir une organisation secrète chargée de protéger les innocents terriens des diverses bêbêtes avec ou sans crocs, avec ou sans corps, avec une ou plusieurs têtes ou pas de têtes du tout d'ailleurs, avec ou sans cerveau, un cerveau tout seul , mortes ou vivantes, gluantes ou phosphorescentes. Tiens, il avait déjà vu ça dans un film. Here come the men in black ♪♫ Bref, une semaine plus tard il embarquait pour la Roumanie. Au moins, cela faisait partie de l'union européenne. Même pas besoin de changer de devise.
Les premiers jours, il avait fait plus ou moins connaissance avec son entourage. Il avait surtout passé pas mal de temps à ranger ce qui serait son bureau, dans le coin d'une pièce. Tout aligner, dépoussiérer, trier. Orienter de manière feng shui, c'est que ça prend du temps. Et puis, ça occupait. Car, pour tout avouer, il ne se passait rien. Et Alexander ne savait même pas trop quel serait son travail ici. Mais surtout, il commençait à s'ennuyer. Et il n'y a rien de pire qu'un maître Fuchs qui s'ennuie. Il commençait déjà à se renseigner comment donner sa démission pour retourner dans la vie civile, trouver une autre occupation, n'importe quoi, du moment que l'on ne s'y ennuie pas. Les autres avaient rit, lui avait donné une claque amicale dans le dos, et lui avait dit de patienter, que l'action arriverait bien assez tôt et qu'il le regretterait sans doute. Alexander les avait poliment remercié, et avait sourcillé. C'était louche. Très louche. Surtout leurs regards en coin et leurs fou-rires sous cape. Il faudrait être sur ses gardes. Enfin, il n'était pas du genre paranno. Non, parmi tous ses défauts et ses psychoses, il n'y avait pas ça. Arriverait ce qui arriverait. Si au moins c'était amusant...
Avachi sur son bureau, le jeune homme occupait ses mains, à défaut de s'occuper entièrement. Il allumait et refermait un Zippo. Ce n'était pas le sien, il ne fumait pas. Il appartenait à feu son collègue; à ceux qui sortent déjà leur mouchoir en se disant qu'Alexander est vraiment sensible de garder un souvenir d'Alan dans sa poche, objet partageant chaque seconde de son quotidien se fourrent le doigt dans l'oeil. Non, la raison pure et simple pourquoi ce briquet était en sa possession, c'est que lors de son ménage à A&A Untersuchung, cela trainait. Et Alexander a horreur des choses qui traîne. Cela perturbe l'harmonie de son monde. Ainsi donc, le briquet passa du bureau à sa poche, fut retrouvé lors d'un passage de ses chemises au pressing, remit dans une autre poche, et, de fil en aiguille, se trouva là. Soudainement, les haut-parleurs grésillèrent, et après une petite musique à l'air agaçant qui n'avait rien à envier à la SNCF, une annonce fut faite. Il écouta attentivement : pour une fois que cela le concernait et n'était pas une demande de dossier urgent à remettre aux secrétaires dans les plus brefs délais sous peine de finir sous forme de Slime [nota : pardon Viddh]... Il se leva donc, prit le temps de remettre sa veste, avant d'être poussé dehors par ses collègues. Avant de franchir le seuil de la porte, il se retourna pour leur adresser un "A tout à l'heure" courtois, poli et aimable. Seul le rire difficilement contenu des agents lui répondit.
Une certaine agitation régnait dans les couloirs, avec tous les petits nouveaux se précipitant vers le lieu indiqué. Une seconde annonce vint alors. On ouvrit les casiers, qui dévoilèrent une étonnante panoplie de...femme de ménage. Alexander ne réagit d'abord pas. En effet, il se livrait un combat intérieur : cela voulait dire travail physique. Mais, d'un autre côté, cela permettrait de remettre de l'ordre. Oui, mais ce n'était pas son dawa, et il ne comptait pas élire domicile au niveau -4. Néanmoins, il était payé pour ça. Tout de même, avait-il signé pour nettoyer la crasse des autres ? Mais, à la fin, préférait-il s'adonner à cette activité qui pourrait l'émoustiller quelque peu, ou alors retourner larver dans son bureau ? La fin de l'annonce mit les deux parties d'accord : interdiction de tirer au flanc. Ca lui allait.
Au mot "danger", il avait tilté. Les "techniciens de surface" étaient toujours pleins de ressources et pouvait très bien être des psychopathes en puissance, mais il n'allait pas maîtriser un monstre grâce à une serpillère. Quoique... Enfin. Son premier réflexe fut de tâter ses poches. Un portable-qui ne captait pas ici-, des crayons -super, il allait pouvoir leur planter dans les yeux ! \o/ - un paquet de mouchoir - génial, il pourrait toujours tendre une main compatissante aux nouveaux qui pleuraient et essuyer la potentielle morve de monstre, et enfin, le meilleur en dernier: le Zippo. Trop bien, il pourrait ainsi chatouiller les orteils des bêbêtes avec une flamme. Eh non, pas de mercurochrome, pas de fléchettes anesthésiantes, pas de Smith et Wesson. Rien d'utile, somme toute.
Il s'approcha des casiers, et en fit l'inventaire. Un sceau ? A quoi bon, à part vomir dedans ou se le mettre sur la tête pour se protéger des chocs, pas grande utilité. Un balai-brosse. Ah, ça, ça lui plaisait. Allez zou pour le balai-brosse, avec des jolis poils drus rouges et jaunes. Des gants en caoutchouc. Ouais ! Il les enfila. Mieux valait ne pas ruiner sa manucure. Ensuite, des chiffons. On ne sait jamais. On pourrait toujours les assembler, les accrocher au bout d'un manche à balai et le secouer pour faire l'appât. *kof kof* Eh oui, il avait une imagination débordante. Ensuite ? une éponge. Non, pas besoin. Après...oh oui, des produits de nettoyage. Il en choisit quelques un avec une jolie couleur, pour faire les vitres et les sols. Et voilà Alexander paré pour sa mission de nettoyage au pays des monstres. Enfin, presque... Au moment où il fourrait un spray dans sa poche, l'étiquette du produit attira son attention. Des petits carrés oranges décrivaient les dangers potentiels de ce produit. Irritation, ultra-nuisible pour l'environnement... L'un deux l'intéressa plus particulièrement. "Ne pas approcher d'une source de chaleur, garder à l'abri de toute étincelle ou des flammes". Oh, un spray à base d'alcool. Ca, c'était intéressant. Il sortit de sa poche le Zippo de feu son associé. "Je t'aime, Alan, je ne te le dirai jamais assez." La purification par le feu, il n'y a que ça de vrai ! \o/ [hrp : Avrenak, sors de mon corps ! ] Il faudrait juste songer à retirer les gants, avant de l'utiliser.
Ainsi paré, il se dirigea vers l'antre ténébreuse du niveau -4, à la suite des autres. Son coeur battait calmement; il avait déjà eu droit à son baptême du feu, d'une certaine manière... Mais il était connu pour son calme imperturbable. Même lorsqu'il passa devant les restes de l'infortuné (ou de l'imbécile, c'était au choix), il ne s'imagina pas que cela pouvait être lui, que peut-être une bestiole voudrait le coincer au coin de l'allée... On verrait bien le moment venu. Il commença donc à frotter, jetant un coup d'oeil à droite et à gauche, car même si il pouvait avoir une confiance relative envers les autres, on est jamais mieux servit que par soi-même...
Dernière édition par Aether le Lun 18 Mai 2009 18:46, édité 2 fois.
Lison fut projetée en arrière par le puissant coup d’Emma. Elle retomba sur les fesses, se faisant mal au coccyx. Elle poussa un « aouch » mal articulé et se releva en se frottant l’arrière-train. Emma enleva son protège-dents :
« Désolée, j’avais oublié ton poids de colibri, fit-elle d’un ton sarcastique »
Lison retira son propre protège-dents pour répondre, mais ce fut à ce moment-là que la petite musique se déclencha, dans le niveau –2 et tout le reste de la base. Un sourire réjoui éclaira l’étrange et dur visage de la grande Emma.
« C’est pour toi, ça ! S’exclama-t-elle d’un air assuré. - Vraiment ? Répondit Lison, sceptique, en levant les yeux vers les haut-parleurs de la salle d’entraînement, en un stupide automatisme, comme si observer ces émetteurs d’ondes sonores allait l’aider à mieux entendre. »
Si Lison avait du mal à croire que l’annonce qui allait suivre la concernait, c’était parce qu’elle avait reconnu la musique qui précédait généralement les ordres de mission. Or, depuis qu’elle avait débarqué à Hafelstadt, on ne lui avait encore jamais donné de mission. N’ayant rien de mieux à faire, elle avait donc visité un peu les locaux, histoire de se repérer un minimum et elle avait rapidement parcouru ce qu’elle avait le droit de lire sur la base de données (et y avait trouvé un début d’explication à propos de ce qui était arrivé à Judicaël, mais rien de vraiment satisfaisant). Mais elle passait le plus clair de son temps libre (entre deux formations) au niveau –2, à s’entraîner au combat à mains nues (spécialité « je fonce et j’te casse en deux », les vrais arts martiaux, ce n’était pas vraiment le truc de Lison) et au maniement des armes (la jeune femme était rapidement devenue accro au sniper spécial scorpions mutants, un engin de mort précis et maniable). Au moins, lorsqu’on l’enverrait sur le terrain, elle serait aussi prête que possible. Bien sûr, même dans l’art du combat, il lui restait encore une quantité de choses impressionnantes à apprendre, comme en témoignaient ses nombreux bleus qui faisaient suite à ses séances d’entraînement avec Emma. Mais au moins, l’ambiance qui régnait à cet étage lui était familière et c’était là qu’elle se sentait la plus à l’aise.
Dès le début de l’annonce, Lison se rendit compte qu’en effet, cela la concernait… Et ça sentait le bizutage à plein nez. Une mission ne concernant que les petits nouveaux ne pouvait être qu’une sorte de baptême du feu, Lison en était certaine. Cela dit, ce n’était pas parce qu’elle s’en doutait qu’elle pourrait y échapper. Ou même qu’elle voulait y échapper.
Suivant les instructions, Lison se contenta de saluer d’un signe Emma, d’enfiler ses baskets et sa veste de survêtement sur son débardeur blanc. Tout en se dirigeant vers l’ascenseur qui la mènerait au niveau –3, elle glissa deux doigts dans une poche de poitrine de sa veste pour attraper ses lunettes et les mettre sur son nez. Lison alla s’entasser avec les autres nouvelles recrues dans la salle blindée du niveau –3. Elle reconnut quelques têtes, par-ci, par-là, notamment celle de Lucas (comment oublier l’adolescent aux lunettes encore plus énormes que les siennes qui l’avait recrutée ?) et quelques autres qu’elle connaissait un peu mieux pour les avoir vu au niveau –2. De nouvelles instructions furent données et Lison fut parmi les premières à ouvrir l’un des casiers, se trouvant à proximité d’eux. Évidemment, il s’agissait d’outils de nettoyages tout à fait normaux, comme ceux qu’elle rechignait à utiliser pour son appartement. Mais bizarrement, cette fois-ci, ce fut avec une certaine excitation (non visible) qu’elle prit un balai, des gants en caoutchouc verts et un certain nombre de sacs en plastique (Lison ne les compta pas).
La température baissa quelque peu et Lison regretta de n’avoir qu’un débardeur sous sa veste, mais au moins, la basse température les tiendrait tous bien éveillés. Comme si c’était nécessaire… La porte du niveau –4 s’ouvrit sur un endroit curieusement sombre, malgré l’éclairage. Ça sentait le fauve. Mais pas que. C’était comme si une énorme créature venait de leur souffler dessus son haleine putride, mais froide. Armés de leurs balais et de leur témérités, quatre jeunes agents tous frais émoulus s’avancèrent jusqu’à disparaître dans l’ombre. Des bruits horribles se firent entendre et seuls trois d’entre eux revinrent. Ainsi qu’une paire de chaussures plaine de bave qui se prenait pour un boulet de canon. Un de moins. Lison sentit ses entrailles se nouer, ainsi qu’une pointe d’irritation pour deux trois snobinards qui voulaient faire croire à tout le monde que cela ne les affectait pas le moins du monde. La jeune femme n’était pas certaine que le but du jeu était de regarder les autres se faire massacrer avec indifférence afin de passer pour des durs…
Aussi Lison opina-t-elle du chef lorsque la jeune russe proposa de rester grouper et de surveiller ses arrières. Elle regarda la jeune fille avancer avec son balai en avant. Certains commencèrent à suivre le mouvement et Lison en faisait partie. Mais c’est alors qu’elle vit Lucas la dépasser pour aller déblatérer quelque chose d’à peine compréhensible sur les coups de serpillière et de balai. Il se proposa même de faire une démonstration…
Splortch. Allons bon. Lison s’approcha et vit le cadavre d’une créature qu’elle n’avait encore jamais vue, ni en vrai, ni à la télé… Est-ce que c’était le truc qui avait tué le type de tout à l’heure ? Dans ce cas il était surprenant que Lucas ait pu la tuer aussi simplement. Lison s’accroupit et, tenant son balai à bout de bras, elle donna des petits coups sur la chair du corps inerte.
« C’est vraiment mort ? Vous croyez qu’on a le droit de tuer les bestioles qui sont là-dedans ? On devrait peut-être éviter, tant que c’est possible… »
Oui, Lison supposait que si on gardait toutes ces horribles créatures dans un centre de détention, ce n’était sûrement pas pour rien…
Dernière édition par Caracol le Mer 29 Avr 2009 03:35, édité 1 fois.
Il ne faisait finalement pas si sombre une fois le couloir passé. En arrivant dans un couloir plus grand, une sorte de clarté sourde se fit sentir. On pouvait voir quelques faibles néons au plafond, mais la majeure partie de la luminosité provenait d'autre chose, pas visible à l'œil nu en tout cas. Ils marchaient tous en groupe, plus ou moins serrés les uns contre les autres. Beaucoup s'arrêtèrent dès les premières cages, qui en soi n'avaient rien de vraiment sale. C'était surtout une histoire de bonne conscience, on astique quand même et on s'enfonce pas trop. Il n'y avait pas encore eut de "je couvre nos arrières" ou autres phrase débile du genre. En même temps, les cas de danger n'avaient d'autres issues que de venir d'en face du groupe, l'arrière était leur salut. Le pas était rapide, les gens n'avaient pas envie de traîner.
Un peu plus tôt, deux éléments se recoupèrent, deux sprotchs. Quelqu'un avait marché dans une bestiole, une petite, déjà morte peut-être. Éris n'avait pas pour habitude de tuer des monstres, et surtout pas là où on les gardait, puisque là était le but de la manœuvre. Le deuxième, ce n'était pas elle non plus. S'en était suivit un grand "beuaaaark" plein de dégoût auquel personne n'avait osé faire de commentaire. La bave de l'immonde créature qui avait fait son premier repas de la journée semblait coriace, et personne ne prit la peine de s'arrêter pour tenter de l'enlever. C'était tout ce qu'il restait du passage du jeune homme au niveau -4, mis à part ses chaussures. L'animal avait, semblait-il, disparu, ne laissant nulle trace de plus. Aucune odeur, aucune marque, pas de poils, rien, un vrai fantôme baveux.
La bêtise humaine n'atteignant pas de limite, elle se demanda pourquoi on avait laissé un enfant participer à la quête. Un garçon du moins, car Éris avait aperçu quelques jeunes filles à même de s'employer avec ardeur à la tache. Il était parti devant, tapant comme un beau diable avec son balai et sa serpillère contre le sol, avant qu'une jeune femme ne vienne l'informer, après que tout le groupe lui ait rit dans le dos, la manière d'utiliser ces outils. L'ambiance sonore ne s'en était que mieux portée.
Éris fut attirée par une lueur verdâtre qu'elle aperçut du coin de l'œil à sa gauche. D'un mouvement de réflexe elle posa sa main sur le bras d'un homme qui marchait près d'elle. Il semblait à la fois effrayé par ce qui l'entourait et très distant de ce qu'il avait à faire. Pendant une fraction de seconde, Éris se dit que cet homme là ne s'arrêterait de marcher que lorsque le dernier aurait choisi sa tâche. Elle lâcha ledit bras et lui lança un sourire gêné et amusé, un de ceux dont elle avait le secret. Il la regarda avec étonnement mais s'arrêta.
La jeune femme ne s'embêta pas avec des manières, ils avaient des cages à récurer.
"J'ai vu une lueur à travers la vitre, j'aimerais aller voir. Vous m'accompagnez ?"
Elle ne connaissait rien de cet homme. Elle se rappelait vaguement l'avoir croisé lors d'une de ses rares visites au niveau -1. Elle n'avait rien à faire avec les administratifs, sinon leur remettre divers papiers dont le contenu lui était souvent obscur. L'accrocher ainsi en plein milieu d'un couloir sombre ne lui procura donc aucun scrupule. Elle adorait aborder les gens au petit bonheur la chance, pour une info, une direction savoir l'heure, où si elle voulait bien lui donner la monnaie d'un billet de cinquante couronnes.
Il lui lança un sourire poli, sans dire un mot, et s'approcha de la vitre. C'était un genre de salle de taille moyenne, plongée dans l'ombre, à laquelle on accédait par une porte faite d'un métal noir. La plupart des cages étaient fermées par ce genre de portes, si on ne comptait pas les portes blindées. Le mur donnant sur le couloir n'était donc composé que d'une grande vitre. L'idéal pour sa carrière de futur laveuse de vitres. Elle lança un regard au jeune homme qui disait "alors, intéressé ?".
"Je ne vois rien dans cette salle, et encore moins une lueur."
Elle leva les yeux au plafond et les redescendit bien vite. Deux petits yeux d'un vert fluorescent l'avaient fixée. Une sorte de boule de poils grise y était accrochée. C'était petit et apparemment pas dangereux, mais sait-on jamais. De force, elle attrapa son collègue et l'entraîna dans la salle. La porte s'était ouverte sans résistance.
"Et bien moi j'ai vu quelque chose, et j'ai besoin de votre présence. Vous n'allez pas laisser une jeune femme seule dans un endroit pareil."
Par seule, un narrateur omniscient et surtout extérieur aurait compris "dans l'enceinte de cette salle". Mais la dramaturge qui se cachait dans un recoin sensible du corps d'Éris criait "Aux armes !" et ferait tout pour garder cette précieuse créature près d'elle. Car si l'on élargissait un peu le champ, on pouvait voir que l'arrêt spontané d'Éris en avait convaincu plus d'un. Déjà dans les cages alentours on avait commencé à s'affairer. La porte était restée ouverte et on entendait un bruit de raclement, des pschit-pschits ravageurs, des couic-couics vitreux et des frott-frott graisseux. Elle savait la jeune russe non loin de là, l'ayant entendu se vanter de ses méthodes de nettoyage bien de chez elle. Éris avait laissé courir. Dans son Nord à elle aussi on en avait de belles méthodes. Mais sa propension au ménage n'étant pas glorieuse, elle préféra se passer de commentaire. Le récurage des toilettes n'était pas sa fierté personnelle.
Elle avait déjà tourné le dos à tout ça et fouillait dans la partie sombre. Le dos tourné à la porte, les mains en avant, elle tâtonnait. Elle sentit le regard intrigué de l'homme sur elle mais ne broncha pas. Du moment qu'il restait par là. Sa main toucha quelque chose. Tap tap. Un truc cubique, assez gros. Tap tap. Il y en avait plusieurs. Tap tap. On aurait dit des cages. Tap tap blonk. Oui, des cages. La mince paroi de verre résonna. Il y avait pas mal de cages dans cette pièce. De petits animaux sans doute, pas très dangereux. Mais il faudrait peut être les sorti pour nettoyer leur cage. Elle repensa à la bestiole juste au dessus de la porte. Était-elle encore là ?
"Il va nous falloir un peu de lumière, si vous pouviez trouver un interrupteur."
Elle reporta son regard sur les cages. De l'autre côté de la vitre, dans le noir absolu, une multitude de petits yeux vert fluorescent la regardaient sans ciller.
Argaïl n'avait pas cessé de s'affairer depuis son arrivée deux semaines plus tôt. En effet il avait déjà terminé avec brio une bonne cinquantaine de missions... si si. Une douzaine de téléphone portable, une bonne dizaine de moteur de voiture, un vélo, six Nintendo DS et cinq vielles montres. Il n'y a pas le compte? J'avais oublié les ampoules à changer et les ordinateurs à rebrancher? Au moins cela lui avait permis de visiter un peu les lieux.
Bref... Il avait été mis à contribution pour faire des choses bien au dehors de ce pourquoi il pensait avoir été engagé. Et à peine eut-il un moment de répit ô combien mérité, le tocsin sonna pour l'envoyer dans les bas-fond de l'APO récurer des cages à hamsters. Au moins il allait peut-être avoir du contact avec quelque chose qui ressemble de près ou de loin à du paranormal.
Il se dirigea donc avec peut-être un peu plus d'entrain que ses camarades débutants... Après tout il était venu ici pour faire des choses qui sortaient de l'ordinaire... Récurer des cages de soi-disant monstres, ça entre dans la catégorie 'pas ordinaire'. Une fois dans la salle de briefing et après avoir salué les quelques personnes pour qui il avait « travaillé », il s'arma de gants et d'un chiffon, en se demandant pourquoi tous les produits à vitres avaient été pris... Par des gens qui n'avaient pas de chiffons ou d'éponges pour les nettoyer.
Il n'était vraiment pas rassuré... quelqu'un venait quand même de mourir en moins d'une minute de ménage... Ils n'étaient pas suffisamment pour se permettre un rendement horaire aussi important durant toute une après midi... Et son point fort principal n'était pas spécialement le courage ou la survie en milieu hostile.
Il se mit donc tout de même à nettoyer et les autres s'y mirent également, il parvint même à récupérer un vaporisateur de produit à vitre... Après une négociation plutôt étrange à base de « Hum j'ai besoin de ça... merci ».Puis il entra dans une salle déjà fréquentés par plusieurs personnes... La proximité des autres rassure.. Même si en règle général les chances de survit augmentent à mesure que le nombre de compagnons baisse.
« Il y a un interrupteur ici je crois... Aaahaahaaaaa NON... ce n'était pas un interrupteur... Enfin c'est pire que ça... Je crois que l'interrupteur est dessous... »
Il se racla la gorge puis muni de ses gants en caoutchouc transparents, il attrapa une espèce de larve gluante dans un soupir de dégoût non feint. Au moins cela ne ressemblait pas à une souris, c'était déjà ça.. Et puis il voulait du paranormal il était servi. Une fois la larve extraite du mur il la lança dans un seau proche... qui ne lui appartenait pas. Heureusement il y avait bien un bouton sous la limace baveuse.
La presse des petits nouveaux avançait à pas timides vers l'Inconnu. Alexander était certain qu'on les observait, et ce plusieurs raisons, qui n'avaient rien à voir avec un quelconque instinct. La première, c'est que cette mission ne concernant que les dernières recrues, c'était clairement un bizutage. Et il n'y aucun intérêt à un bizutage si l'on ne peut pas l'observer. De plus, les fou-rires mal contenus de ses collègues confirmaient son idée. Il les imaginait sans mal plantés devant des écrans, guettant avec avidité leur moindres gestes, le moindre dérapage, le moindre évanouissement, la moindre crise d'angoisse... Bref, ce qui ne tarderait pas à arriver si certains avaient la bonne idée de se faire croquer deux minutes après leur entrée dans la fosse aux lions (et encore, si ils avaient été certains que c'étaient bien des lions...), comme l'autre imbécile...euh, pauvre victime de l'instant précédent. La seconde raison était la faible lumière qui filtrait, sourde et d'une provenance inconnue. Les caméras infrarouges et autre, c'est bien joli, mais il valait mieux être certain de la position des monstres dans leur cage. C'était toujours mieux de savoir avant de pénétrer dans ce niveau qu'un ver mutant avait rongé les parois de son vivarium grâce à sa bave acide et vous attendait bien sagement derrière la porte. Il aurait aimé ajouter que les dites-caméras servaient également à les surveiller et éventuellement envoyer une équipe de secours en cas de blessure...mais ça, il ne pouvait en jurer.
Alors qu'il était plongé dans ces réflexions métaphysiques, un nain à lunettes...euh pardon, un adolescent pâle, passa à côté de lui, brandissant un balai dans les airs avant de l'abattre sur le sol. ... "Pauvre enfant" fut sa seule pensée, et il le regarda passer, sans plus de réaction qu'un petit sourire interdit. Au moins, il avait eu le mérite de détendre tout le monde...enfin, détendre, détendre, c'était un bien grand mot. Tout le monde restait les nerfs à fleur de peau. Et lui ? ... Oh bien sûr, il n'était pas aussi rassuré que si il s'était trouvé devant sa télé, avachi sur le canapé, un Oolong dans une tasse et les pieds dans ses pantoufles, mais en apparence, il restait d'un calme imperturbable. Même lorsque des bruits suspects du genre limace qu'on écrase se firent entendre, il ne frissonna pas. Même lorsqu'un couinement retentit dans un coin, il ne sursauta pas. Même lorsque quelque chose de froid et de matière solide se posa sur son bras il...Ah si, il tressaillit imperceptiblement. Alexander posa ses yeux sur ce qui venait d'attraper son bras. Ca avait des doigts. De jolis doigts fins. Des ongles au bout. Cela ressemblait bigrement à une main. Le tout était maintenant de savoir si cette main appartenait à quelqu'un, ou bien est-ce qu'elle se promenait toute seule -ce qui, honnêtement, ne l'aurait pas plus étonné que ça, au vu de ce qui pouvait se trouver ici... Son regard remonta donc jusqu'à trouver un poignet. Ah, c'était bon signe. Et puis un avant-bras. Un vrai, avec de la chair en bon état, des os, enfin bref, rien de zombiesque (il y a un adjectif pour le mot zombie ? 8D). Ce bras était lui même rattaché à une épaule, et cette épaule appartenait à une jeune femme blonde et fluette qu'il avait déjà vu, croisée dans un couloir ou près de la machine à café, sans doute. Mine de rien, cela le rassura. Il avait beau être maître de ses nerfs, ce qu'il avait vu dans une maison berlinoise l'avait quelque peu marqué. La presque inconnue -il était sûr de l'avoir déjà croisé, mais quel était son nom, il ne le savait pas- eut l'air un brin embarrassé et lui décocha un charmant sourire qu'il lui aurait volontiers conseillé de garder pour les agents de police la verbalisant pour excès de vitesse. Alexander sourcilla, mais s'arrêta. Il lui adressa un regard poli mais un peu froid, du style "auriez-vous l'extrême amabilité de lâcher la manche de ma chemise ?".
"J'ai vu une lueur à travers la vitre, j'aimerais aller voir. Vous m'accompagnez ?"
Oh, rien que ça ? Il en profita pour lui glisser un trait d'humour tout à fait Alexanderien.
"Vraiment ? On ne vous a jamais dit qu'il ne fallait jamais suivre la lumière au bout du tunnel ?"
Puis après un petit sourire poli, il s'approcha de la vitre en question. Hmm... Il faudrait qu'elle arrête les psychotropes, il n'y avait rien ici. Il le lui fit aimablement remarquer, mais celle-ci ne voulut rien entendre, et l'attrapa à nouveau par la manche -damned, cette fille aimait bien lui mettre le grappin dessus, il faudrait s'en méfier ! :p- avant de l'entraîner dans la salle à la lueur fantôme.
"Et bien moi j'ai vu quelque chose, et j'ai besoin de votre présence. Vous n'allez pas laisser une jeune femme seule dans un endroit pareil."
Maître Fuchs haussa les épaules et la regarda se mettre au travail. Oh, si elle aimait aller tâtonner dans le noir, il n'allait pas l'en empêcher, mais après...Il ne fallait pas qu'elle s'attende à ce qu'il se mette tout à récurer comme un forcené. Il regarda autour de lui avec une certaine nonchalance, avec ses chiffons, son balais et ses produits. De multiples petites billes phosphorescentes s'agitaient dans la pénombre. Des yeux assurément. Et déjà sa curiosité maladive le reprenait. Quelle genre de créature était-ce ? Il voulut s'approcher lorsque la jeune femme l'interpella : il faudrait de la lumière. Il lui aurait volontiers rétorqué que les ténèbres, bien qu'incompatibles avec le ménage, avaient le mérite de garder la plupart des bestioles au calme. Allumer la lumière soudainement pourrait avoir des effets indésirables, du genre exciter les créatures. Mais il n'en eut pas le temps. De dehors, une simple phrase vint : "Attention les yeux, j'allume"
Les néons grésillèrent et une lueur blanchâtre envahie les locaux. Il n'eut pas le loisir d'admirer plus avant les détails de la pièce, puisqu'un ... truc lui tomba dessus. Il saisit immédiatement la chose qui gigotait sur son épaule. C'était aussi gros qu'un chat. Du genre poilu, noir, et mou au toucher -du peu qu'il pouvait toucher au travers de ses gants de latex. Et deux grands yeux fluorescent le fixait. Chassée par la trop vive lueur du néon auquel il était accroché et à moitié paniqué, la créature non identifiée gigotait entre les mains d'Alexander.
"C'est....mignon. Mais comment il est sortit de sa cage celui-là ?"
La question ne s'adressait pas directement à sa compagne, mais plutôt à lui-même. Cela voulait dire qu'une cage était ouverte, car, la chose qui tentait de s'échapper des doigts de l'agent. Il fallait vite qu'il trouve le vivarium dont il était issu, avant que la bestiole ne s'énerve, et Alexander n'avait pas vraiment envie de savoir si la chose avait ou non des dents. Pas tout de suite en tous cas. Il repéra rapidement une cage de verre dont la porte était ouverte, et le fourra dedans. En espérant que d'autres n'avaient pas eue la bonne idée de se faire la malle : la chasse aux oeufs, c'était fini, pâques c'était déjà passé ! è_é
Ceci fait, il examina plus avant la pièce. Les murs étaient tapissés de cubes de verre où s'entassaient un ou plusieurs machins, qui, agités par la lumière soudaine, sautaient et se trémoussaient, se lançant contre les parois de leur cage. Bong Bong Bong Bong. Il fut tiré de ses réflexions par la jeune femme qui s'était retournée, un chiffon à la main.
"Vous ne nettoyez pas ?"
Alexander lui retourna un sourire poli.
"Vous le faites si bien."
Mais avant de passer pour un macho, il s'employa à passer le balai sur le sol, qui était jonché des poils de créatures, avec une méticulosité assez surprenante. En fait, ils étaient bien tombés. Il n'était pas certain que dans les autres pièces, ce soit les même petites créatures innocentes. Bong Bong Bong. Innocentes, j'ai dit ! Les trucs poilus continuaient à se lancer contre les vitres comme si ils avaient voulu la briser. Ou renverser la cage pour arriver au même résultat.
Ven 1 Mai 2009 17:14
Amby
Re: Prologue – Monster Hunter
Assise dans un coin de la salle de Loisirs, Suzette, silencieuse et immobile, observait son entourage. Les gens entraient et sortaient...Certains se saluaient d'autres se rencontraient pour la première fois... Bref... Une salle bien animée. Mais il était étrange, même effrayant de voir à quel point l’on pouvait reconnaître ceux et celles qui venaient a peine de rejoindre les rangs de l’APO. Il suffisait de bien observer quand retentissait le petit jingle précédant les avis de missions. C’était amusant : Certains tressaillaient violement, d’autres levaient la tête avec espoir… Certains même, croisaient les doigts en plissant les yeux, pour prier on ne savait quel dieu que cet appel les concernait.
Elle s’en amusait oui, mais Suzette, était l’une d’entre eux… Et une fois de plus, quand la petite musique retentit, elle se raidit tout entière, en espérant que la prochaine fois serait la sienne. Depuis qu’elle était rentrée dans l’organisation, elle avait subi beaucoup de regards et entendu beaucoup de choses à son égard:
« Une fillette ? Tu as vu, on dirait le Petit Chaperon Rouge ! Manque plus que le panier! » « Elle est vraiment minuscule. je me demande qui sont les fous qui l’ont laissé entrer. Pauvre fille.»
Suzette entendait ce genre de choses tous les jours. Elle n’y portait aucunement attention. Cependant, il lui tardait de se faire un nom. Et de montrer aux plus orgueilleux que Le Petit Chaperon Rouge n’était pas uniquement bon à tirer la chevillette et la bobinette Cherra.
Alors que Suzette oservait une partie de billard plutôt mouvementée, le petit Jingle retentit une fois de plus … La troisième ou la quatrième fois de la journée sans doutes. Esper, l’esprit mystérieux, prenait la parole comme à l’accoutumée. Suzette se préparait mentalement à retomber sur son siège, quand son cœur ne fit qu’un tour.
La mission était bel et bien dédiée aux bleus…
La fillette, dont le rythme cardiaque équivalait à celui d’un sportif venant d’accomplir un cent mètres, se leva d’un bon, et se hâta de suivre ceux qu’elle avait si justement repéré lors de son observation prolongée. De part sa petite taille, elle parvint a se glisser parmi la foule, sans vraiment se faire remarquer, pour enfin arriver dans la salle blindée du niveau -3.
Ils étaient relativement nombreux… S’en était étonnant. Pourquoi Esper avait-il besoin d’autant d’hommes pour une simple mission de routine ? D’habitude, elle n’entendait qu’une dizaine de noms tout au plus. Et pourquoi les autres avaient-ils si mal cacher leurs fous rires soudains.?. Il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond… Suzette fronça les sourcils avec un mauvais pressentiment, quand le haut-parleur de la salle grésilla une nouvelle fois.
…. ….
Le ménage ?!? C’était ça la mission de routine ? Faire le ménage dans le niveau -3 ?!? Elle avait été recrutée pour récurer des cages de monstres ?
Suzette ne pu s’empêcher de faire la grimace et de regarder avec rage les quelques casiers que deux ou trois agents venaient d’ouvrir. Des balais, des chiffons s’en échappèrent. Ah oui… Voilà donc l’armurerie… Cela cachait nettement quelque chose.
Le petit chaperon rouge s’accroupit alors. Elle parvint à attraper des gants de caoutchouc, une grande serpillière, un seau et de l’eau de javel dont la composition lui semblait plus que douteuse. La voilà parée pour ce nettoyage de printemps bien louche… Quel accoutrement étrange!
Quand les portes s’ouvrirent alors, Suzette agrippa le manche de sa serpillière. Elle se voyait mal se balader dans cet environnement sombre, froid, mal odorant, inconnu, et surtout si dangereux avec comme seules armes une serpillière usée et un seau d’eau de javel. Elle n’avait pas la moindre idée de ce qui pouvait se trouver là-dedans et elle aurait préféré ne jamais le savoir…
Alors que quelques curieux, qui avaient sûrement la prétention de se croire courageux, étaient déjà partis à l’aveuglette explorer les environs, la fillette resta à la porte avec d’autres de ses collègues.
Ils avaient bien raisons. La prudence avant tout! Il fallait être fou à lier pour se jeter les yeux fermés dans la gueule du loup, si elle pouvait s’exprimer ainsi. La confirmation de cette pensée ne tarda pas à arriver : un objet volant non identifié s’écrasa soudainement au sol à quelques mètres d’elle. Des chaussures… Et si l’on regardait bien, on pouvait s’apercevoir qu’elles n’étaient pas seules et accompagnées de leurs pieds respectifs…
Suzette émit un petit soubresaut de surprise à la vue de ces restes humains, alors que le propriétaire, qui ne devait pas être bien loin, hurlait à pleins poumons.Jusqu’au moment où ses cris cessèrent graduellement dans la pénombre. L’assemblée resta de marbre et silencieuse quelques secondes, durant lesquelles seuls les bruits d’infimes grognements et celui d’ une légère brise fraîche se faisaient entendre. Mais quel était au juste le sens de cette mission si ce n’était réduire les effectifs. Du bizutage ? Un test supplémentaire ?
Dans le groupe, des mouvements commencèrent à se créer peu à peu…
Yeni Leskova, une jeune Russe que Suzette avait remarquée dans la salle de loisir, invita le reste des agents à se regrouper, et ils partirent tous en bloc vers les entrailles sombre du niveau -3.
C’était une bonne initiative, mais pour le petit chaperon rouge, ils étaient un peu trop nombreux à s’être regroupés. Alors, armée de sa serpillière, elle rejoignit une jeune femme blonde dont le visage lui disait quelque chose. Cette dernière était accompagnée d’un homme à lunette, et suivie de près par d’autres plus discrets. Suzette se dépêcha de rejoindre les agents, puis jeta un œil à sa droite. Elle n’était donc pas la seule enfant dans cet endroit : Un garçon, sûrement de son âge, et une autre femme étaient en train d’observer les restes d’une créature gluante, les yeux écarquillés. Elle ne jugeait pas cela important. Mais tout de même… Ce serait bête de les laisser à leur sort…
« Vous ne devriez pas rester là… » Leur avait lancé la fillette de sa voix rauque qui n’avait visiblement pas l’habitude de servir.
Elle se dépêcha donc de suivre les quelques agents. Ils étaient maintenant dans le noir le plus complet et elle n’arrivait à se repérer uniquement grâce aux voix de ses congénères. Ces derniers étaient entrés dans une pièce étroite. Si étroite que seules deux voire trois personnes étaient à même d'y rentrer. La fillette s'accroupit donc à la porte afin de pouvoir voir quelque-chose. Derrière elle, une multitude de lueurs parsemaient cet environnement noir et frustrant. Suzette était loin d’être en confiance et se figea quand elle entendit qu’une personne avait trouvé un interrupteur.
Etait-ce sans risque? Peut-être que les bestioles de ce niveau n’attendaient que ça après tout… La lumière : le top départ à la chasse à l’homme! Ils étaient dans des cages ? Allez dire ça au type qui s’est fait bouffer en arrivant !!!
Suzette eut juste le temps de fermer les yeux quand la lumière fut. De puissants néons ne tardèrent pas a éclairer la petite salle, où de petits grognements résonnèrent tout à coup. Là où tout à l’heure luisait la lueur verdâtre se trouvait une larve dégoulinante, couverte de pics aussi rouges que la cape de Suzette. Celle-ci fixait d’ailleurs la créature des yeux, effarée par cette horreur inhumaine, qui avait pourtant l’air tranquille, enfermée derrière des vitres.
Suzette se retourna alors, et se rendit compte que l’homme à lunettes venait de renfermer une petite bestiole noire dans un vivarium qui s’était malencontreusement ouvert. Enfin… « Malencontreusement » elle avait peine à y croire…
Autour de la fillette, ses collègues commençèrent à nettoyer la sale à contrecœur. Certain soupiraient… D’autres, étonnement, prenaient leur pied. M’enfin… La serpillière… Suzette l’avait souvent passé… Elle commença d’ailleurs a s’activer, quand quelques petits bruits la firent sursauter: Dans des caisses transparentes abritant de petites bêtes de toutes tailles et de toutes les formes inimaginables, une ou deux bestioles commençaient a se cogner contre les parois.
Bong Bong Bong !
Au départ, ce n’étaient que de petits bruits… Mais ils prirent une ampleur considérable alors que toutes les créatures de la montagne de caisses se mirent a faire de même…
BONG BONG BONG !!!!!
Suzette eu l’instinct de reculer, quand elle se heurta à l’homme aux lunettes qui lui aussi, semblait absorbé par la scène. Elle s’excusa maladroitement et murmura que la lumière n’était pas une bonne idée… Ces créatures étaient petites, mais elles avaient l’air vif et hargneux. Et Suzette n’avait pas réellement envie de connaître leur régime alimentaire. Heureusement, le poid des cages semblait trop importants pour que celles-ci puissent s'échapper...
Avec un petit soupir, Suzette voulu plonger la serpillère dans son saut, quand un *splosh* énorme retentit ... Un air de dégout sur le visage, elle n'osa même pas jetter un oeil....
- Ma cryptologue, où est passée ma cryptologue ? - Qui ça, Blandvargen ? La demoiselle aux fringues bizarres ? - On s'en fout de ses fringues, j'ai qu'une seule cryptologue !
Il faut dire que Vayne Tuesli n'a guère de chance. Non seulement les experts en cryptologie ne sont pas nombreux à atterrir à l'APO, mais il semble que le hasard des affectations et des pénuries de personnel ont causé la mort définitive de tous les prédécesseurs d'Eris, ce qui fait courir la rumeur que le poste est maudit...
Pourtant, à l'APO, tout le monde sait bien qu'en général, la mort n'est plus qu'un mauvais moment à passer. Mais il arrive que les restes ne soient pas récupérables et rendent une mort plus définitive que prévue.
Mais ne nous attardons pas. Le fait est qu'il y a dans les archives de l'APO une quantité astronomique de textes cryptés et pas assez de cryptologues pour traduire le tout. Le problème avec ces codes, c'est qu'on ne sait pas si on va tomber sur une bête liste de courses - ça leur est arrivé, Vayne aurait tout donné pour faire manger sa liste au crétin qui l'avait écrite - à la description d'une créature apocalyptique logeant dans les sous sols de l'APO, bien en dessous du Centre de Détention. Et décrypter des textes et plans aussi nombreux et variés avec aussi peu de personnel, ça prend du temps.
Et voilà que la seule cryptologue encore saine d'esprit et de corps de Vayne se fait escamoter pendant qu'il a le dos tourné.
Hum. Non. C'est faux. Vayne était bien présent pendant l'annonce, mais comme trop souvent, il était complètement penché dans un de ses romans fantastiques au lieu de faire son travail. Après tout, il est chef de section, il doit juste inspecter les travaux finis, non ?
Non ?
Et ce n'est qu'au moment où il émerge de sa lecture qu'il se rend compte qu'une bonne partie de son personnel s'est fait la malle. Blandvargen y comprise.
- Du calme, Vayne. - Je suis calme, répond l'italien d'un ton blasé.
Il est vrai que pour énerver véritablement l'archiviste, il en faut plus, mais le regard qu'il porte sur les écrans qui retransmettent l'épreuve de bizutage des nouveaux laisse à penser qu'il est quelque peu contrarié. La chaussure qui vient de voler sous le nez des malheureux bizuts ne doit pas y être étrangère.
- Cette épreuve n'est elle pas sensée être sans danger ? - On a fermé tous les accès aux sous sols, normalement ils ne peuvent pas quitter le centre de détention autrement que par les accès aux niveaux supérieurs. Les bestioles les plus dangereuses ont aussi été déplacées aux niveaux inférieurs. Là, ils sont juste sur le premier niveau, rien de bien dangereux... - Et ce pauvre garçon démembré ? - Une petite plaisanterie pour augmenter la tension. - Ah. Une plaisanterie.
Certains membres de l'APO ont tellement pris l'habitude d'être ressuscités dans tous les états possibles qu'ils ne prennent même plus la mort au sérieux. Vayne songe qu'il faudrait tout de même penser à modifier cet état d'esprit, personnellement il a trouvé sa première mort assez traumatisante pour ne pas vouloir recommencer.
Sur les écrans, il constate qu'un petit groupe de nettoyeurs s'est introduit dans la salle des Fluffies. Les bestioles ressemblent un peu trop à des moutons de poussière, si jamais elles sortent de leur cage, les balayeurs ne vont plus savoir où donner de la tête. En tout cas, leurs démonstrations d'affection semblent davantage les effrayer que les attendrir. Pourtant on peut pas dire qu'ils ont manqué de chance pour un début, les Fluffies - a noter que c'est Vayne qui les appelle comme ça, il ne connait pas leur nom officiel - étant plus attendrissantes qu'effrayantes.
Plus loin, le gros des troupes s'aventure dans le large couloir principal du premier niveau du centre de détention. Les veilleuses clignotantes et les cris des monstres enfermés dans les niveaux inférieurs font que les malheureux bizuts n'en mènent pas large. Si certaines portes donnent sur de petites pièces où sont entassées des cages de tailles moyennes, contenant souvent un occupant plus inquiétant que dangereux, certaines portes donnent sur de vastes hangars contenant, eux, de véritables cages et cellules à barreaux d'aciers ou magnétiques, pour la plupart vides d'occupants, mais pas de saletés.
- Il doit y avoir une cellule occupée par une espèce de Yéti, quelque part là dedans, se remémore Vayne. - Celui que tu avais réveillé de sa sieste lors de ta propre séance de bizutage ? s'esclaffe son interlocuteur. - Il faisait sombre... résume l'italien, qui n'a pas vraiment envie de s'étaler sur cette mésaventure.
L'espèce de Yéti en question est vieux, poussif et pas spécialement agressif, mais quand on le dérange, il fait très peur parce qu'il pousse des cris très sonores et qu'il secoue l'imbécile qui a osé le réveiller dans tous les sens pour ensuite l'expulser de sa cage, avant d'en refermer la porte. Une expérience traumatisante pour qui n'est pas préparé à ce genre de mésaventures.
- Je me demande s'il y a des gremlins, là dedans, fait Aude, la secrétaire, qui a quitté son poste pour voir ce qui se passait dans les sous sols. Toujours trouvé ce film horrible. - Ca dépend de quels gremlins il s'agit, lui répond-t-on. Peut être qu'il y en a. - Avec des tronçonneuses. - Et de grands couteaux. - Et des voitures télécommandées. - ... - Oui, oui, je retourne à mon poste, marmonne Aude suite au regard vide d'expression que lui lance Vayne.
Les agents ne plaisantent qu'à moitié. A l'APO, les bestioles du centre de détention sont pour beaucoup un grand mystère que peu on vraiment envie d'éclaircir. Et le sens de l'humour local a beau être macabre... il est souvent basé sur des faits réels.
Tiens, un balai ! Regardons voir comment il est conçu ! Heu … bon, mal, il est très mal conçu ! Jamais un balai pareil ne pourrait voler, même avec le meilleur sort du monde. Il a une portance encore pire que celui de la vieille Mémé et pourtant elle a un des pires balais de la création. Démarrage nul, il faut courir durant de longues minutes pour le faire démarrer et ensuite se jeter si possible d’une falaise assez haute pour qu’il ait le temps de partir. Et puis après, jamais les moyens de rester dans son axe, une trajectoire approximative et un maintien quasi nul. Mais celui là, c’est une véritable pitié. Je crois qu’il est tout juste bon à faire le ménage.
Ok, c’est pour ça que j’ai été appelée, mais bon ce n’est pas une raison pour me donner du matériel improbable. Donc maintenant suivre le mouvement. Qui est donc à l’APO ? Je n’ai pas eu le temps d’étudier mes nouveaux collègues mais pas de problèmes, je vais le faire maintenant. Alors un gamin avec des lunettes et un ordinateur, ok, lui je peux le classer dans la catégorie des non croyants qui aiment tout prouver par A+B si possible. Alors que parfois il suffit d’avoir l’esprit ouvert pour prouver par autre chose qu’A+B. Une autre constatation aisée c’est que la mixité semble aller de soi ici, c’est bien car la femme et l’homme sont égaux (et les sorcières plus égales que les autres mais c’est une autre histoire).
Oh, une gentille petite fille au capuchon rouge, c’est un signe d’un complexe du conte de fée, complexe fréquent chez les petites filles. Il va falloir que je la prévienne de prendre garde au loup, mais un autre jour parce que là j’ai plus de choses intéressantes à faire. Alors on avance serré comme ça ? Pourquoi, ça ne sert pas à grand-chose, si encore les monstres étaient tous petits, mais en cas de grosse bestiole, rester serré c’est inutile. Au mieux ça permets de mourir en groupe. Un peu comme les lemmings ! Dieu, je suis dans un gros troupeau de lemmings. Un troupeau mené par une russe en plus !
Comprenons nous bien, je n’ai rien contre les russes, j’ai moi-même un excellent ami russe, mais ce ne sont pas les plus qualifiés pour leur esprit de liberté et d’invention. Ils sont plutôt suiveurs et là je ne suis pas rassurée outre mesure. Enfin non, ce n’est pas totalement exact, je ne suis pas inquiète, moi je vais m’en sortir, les autres par contre, ils ont l’air de réfléchir au premier, voire second degré, mais c’est bien souvent le troisième qui permet de se sortir des situations délicates. Le gars qui s’est fait happé et dont on a retrouvé qu’une chaussure, là il y avait à s’interroger. Pas qu’il se soit fait happé, c’est logique quand on entre dans un endroit dangereux qu’il y ait des créatures dangereuses, mais qu’on ait retrouvé une chaussure. On aurait retrouvé les deux, il aurait été simple d’en déduire que la créature n’aimait pas les chaussures, mais là une seule … Ca pose de nombreuses questions.
Spouitch ? Qui me parle ? Ah non, c’est le gosse qui fait sa démonstration de sport de combat à balai. Pauvre petite bête, il ne faut pas trop lui faire de mal parce qu’on ne nous l’a pas demandé. Tiens, des lemmings aventureux, ils vont dans une petite pièce sombre. C’est bien, soyez courageux et restez en vie ! Il y a quoi dans cette pièce que je sache pour la prochaine fois. J’entre jeter un coup d’œil, je vois les bestioles poilues et alors qu’une semble décidée à me fixer, je la fixe à mon tour. Ah ! Une bestiole intelligente, elle baisse le regard en couinant, c’est bien ! Bon, quatre dans un lieu c’est bien, allons voir ailleurs ce qu’il y a…
Oh ! La jolie petite pièce que voila, si j’y entrais ! Non, je ne peux pas y entrer seule parce que je ne veux pas être taxée de curiosité mal placée. Je dois embarquer quelqu’un avec moi. Etant jusqu’aux dernières nouvelles une fille, il est plus avisé pour moi de prendre une fille aussi. Alors, sur qui vais-je porter mon choix ? La russe est avec le gosse, il reste la blonde qui a eu l’air de s’apitoyer sur le sort de la limace. Ma foi, pourquoi pas !
Je m’avance vers elle et je repousse de la poussière imaginaire avec mon balai, puis je stoppe mon mouvement et prend la blonde par le bras pour lui indiquer la petite pièce. Je n’ai pas envie d’y aller bien entendu et je lui montre bien en n’insistant pas sur la poussière imaginaire. Mais il semble qu’elle ait décidé d’y aller. Très bien, bonne initiative, il faut que je l’accompagne pour être certaine qu’elle sera en sécurité.
Voyons voir, la lumière c’est … ici ! Que la lumière soit et la lumière fut ! Oh ! La belle chose que voila. Heu oui, la je crois qu’on peut dire chose. C’est certainement un animal je pense car jamais un végétal n’a eut des yeux. Bon, ensuite, la tête est certainement là puisque je vois les yeux et les rangées de dents. C’est amusant trois rangées comme ça disposées en triangle. Les yeux par contre ils sont d’une taille conséquente, je dirais une assiette à soupe ! Ah ! Je savais que j’aurais dû aller chez Ikea pour prendre un mètre en plastique ! Ouais, une bonne assiette à soupe. Pour la couleur je dirais bleu jaune vert tirant sur le réséda et pour l’odeur un mélange entre la chaussette de sport et l’herbe coupée avec quelques relents de … ah ! je n’arrive pas à mettre un nom là-dessus, ce n’est pas l’égout, c’est la décharge publique à ciel ouvert voila ! Ensuite le reste du corps j’ai un peu de mal à distinguer avec la taille de la tête, mais je pense qu’il a des pattes. Enfin il, je ne sais pas, c’est peut-être elle…
Je regarde la blonde et entreprends de me présenter à elle car ça se fait entre collègues.
- Chléo ! Je pense qu’on devrait lui brosser les dents.
- Moi c’est Lison, lui brosser les dents ?
Elle me regarde comme si j’avais dit une absurdité, mais il (ou elle) a des dents plates et larges, pas pointues du tout, donc c’est un herbivore, certainement très placide et qui a même une carie sur la dix-huitième dent de la rangée diagonale droite. Enfin je pense que c’est une carie, il faudrait que je l’examine de plus prêt parce que c’est difficile à dire.
- Oui, on nous a demandé de nettoyer, donc nettoyons ! Allez toi le balai et la serpillère et moi les dents et le gentil petit bonhomme.
- Bonhomme ? Gentil ?
Je hausse les épaules et ne répond pas, il n’est pas nécessaire que je réponde, elle va bien voir quand je vais m’approcher qu’il n’est pas méchant pour deux sous. Et je suis presque certaine de mon il, je n’ai vu aucun signe distinctif, mais les mâles sont tous les mêmes, ils veulent être impressionnants et lui il l’est assurément.
Je suis toute proche des barreaux de la cage et je tends le balai au travers. Etant donné la taille des dents, un balai sera qualifié pour le brossage. Et là je comprends mon erreur. Pas qu’il soit méchant non ! Mais j’avais complètement oublié que tout le monde n’est pas en bonne santé. Je jouis pour ma part d’une santé assez exceptionnelle, mais la poussière contenue dans le balai est hautement porteuse d’agents allergènes. Pauvre petit, il va éternuer.
En tout cas ça m’en a tout l’air et je crois que ma compagne blonde ne va pas être heureuse si l’éternuement est humide. De la bave de bestiole verte c’est dur à détacher. Attention, déflagration imminente !
Je recule rapidement et tire la blonde par le bras. Oui j’ai de la force quand je veux. Je ferme la porte en vitesse avant d’entendre le bruit. Ca fait comme Atchoum mais plus fort et plus animal, c’est assez intéressant comme son.
- Je crois qu’il va falloir que j’apprenne la liste des allergènes des créatures. Et la liste des créatures aussi par la même occasion. En tout cas je crois que je n’ai plus de balai utilisable… Enfin je pense, il faudrait que quelqu’un aille voir si la quinte de toux est terminée. Oui, il faudrait bien que quelqu’un aille voir.
Bon, ils se décident, d’habitude ça fonctionne ça !
Cet endroit est le paradis. Il y a pas d'autres explications possibles... Où d'autre pourrait trouver autant de moteurs de toutes sortes les uns à côtés des autres? Je pourrais rester des heures ici, juste à regarder. Seulement regarder, vu qu'ils ont visiblement pensé, après que j'aie malheureusement explosé une minuscule moto qu'il valait mieux éloigner les clés de ces beautés loin de moi. Comme si c'était ma faute qu'ils ne soient pas foutus de faire des routes un minimum correctes tient!
Enfin bon... Faut dire que jusque maintenant, j'ai pas eu grand chose à faire d'autre non plus, sinon taper sur Lison au niveau -2 de temps en temps. Ca détend et ça lui fait plaisir à elle. Que demander de plus? Après tout, si c'est pour rendre service, je vais pas m'en plaindre non plus.
Résonne alors la petite musique caractéristique des annonces, qui m'arrache de ma contemplation baveuse des véhicules terrestres, et je tends l'oreille vers un des hauts parleurs. Une mission! Et pour moi en plus! Je vais enfin avoir l'occasion de taper sur des gens qui ne portent pas de protection. Voilà une nouvelle qui aurait de quoi réjouir n'importe qui, non?
Quoi qu'il en soit, il ne me faut pas beaucoup de temps pour arriver au niveau -3, devant les portes blindées, prêt a frotter à mort, armé d'un racloir, d'un torchon et d'un sceau proprement emprunté à un charmant inconnu qui doit se demander ce qui lui est tombé sur la tête. S'il s'est réveillé. Pauvre gars... il avait presque l'air sympathique.
Quoi qu'il en soit, dès que les portes s'ouvrent, j'hésite pas. Je fonce, racloir levé et charge dans l'obscurité du niveau -4, en compagnie de trois autre gars. Je me retiens quand même de pousser un «yaaaaaaaaaa» jouissif. Il y a des gens qui me regardent, faudrait pas avoir l'air complètement débile non plus.
Le truc, c'est que j'ai à peine le temps de faire trois mètres que je vois un, un, un.... un machin vert, baveux et gros. Très gros. Mais surtout plein de dents. Le machin choppe un des gars qu'étaient venus avec moi. Voyant les deux autres fuir en courant, je les accompagne. Histoire des les escorter et de pas les laisser tout seul là dedans. Faudrait pas croire non plus que j’aurais pu avoir peur d’un petit machin comme ça hein … On a réussi à revenir un peu avant la chaussure baveuse de l'autre... Finalement, je crois qu'y aller ensemble n'est pas une mauvaise chose.
Aussi, courageusement, nous avançons en groupe serré, près à nettoyer tout ce qui passe sous notre nez. D'ailleurs, le gnome à lunette qui m'a recruté semble avoir une manière bien à lui de nettoyer. Donner des coups de balai au sol, c'est original, mais pas forcément effic...
Sprotch
Ha, si tient. Bon bah heu... je préfère quand même les techniques traditionnelles, personnellement. Bref, me reste plus qu'à frotter. Jusqu'à ce que ça brille. Me voici donc à courir dans tous les coins, penchés sur le manche, passant mon torchon sur la moindre trace de saleté récalcitrante. Et ainsi pendant un moment. Ce qui, il faut le dire, n’est pas franchement l’activité la plus passionnante du jour. Si au moins on avait de la musique pour compenser… De temps en temps, on en voit disparaître dans des petites pièces ici et là
Et puis, faut dire que ce couloir est pas foncièrement rassurant. Il fait sombre comme pas possible, y a régulièrement des traces un peu stranges sur le sol, sans compter les bruits bizarres comme ce ronflement par exemple.
Une minute. Ronflement ? Quel est le boulet qui peut bien avoir envie de pioncer dans un endroit pareil ? Et surtout, comment est-ce qu’il ose pioncer quand on se tape tout le boulot ? Celui là, quand je tomberai dessus, il va m’entendre. Non mais ho, il se prend pour qui ?
Je tente de me repérer au bruit pour localiser l’abrutit. Ce qui, vu le bruit qu’il nous donne ne me demande pas réellement d’effort. Ce type ronfle plus fort que le moteur d’une bagnole de base. J’aimerai pas être sa femme. Remarque, je suis même pas sur que ce soit un homme. Mais un femme qui produirait un bruit pareil m’inquièterait fortement.
Bon, ça vient d’une pièce à gauche. Ils auraient foutu des lits là dedans ? Mais quel dégénéré du bulbe voudrait dormir là ? M’enfin, je veux bien que les gens du coin soient un point bizarre, mais à ce point. Quoiqu’il en soit, je vais aller secouer les puces de mon dormeur moi. J’vais lui apprendre à pas faire sa part du boulot.
Je donne un grand coup de pied dans la porte – j’ai toujours rêvé de faire ça- en gueulant un bon coup :
-Debout là dedans !
… C’était p’têtre pas la meilleur idée du siècle. Parce que le truc que j’ai devant n’est pas un tire au flanc. C’est une cage. Et dans la cage, y a un truc gros, blanc et poilu. Qui dormait, mais qui ne dors plus. En tant que fan invétéré du reporter à la houppette, j’identifie sans difficulté l’ennemi.
Yeti. Levé de la patte gauche qui plus est. Et chose nettement plus inquiétante, c’est que son bras fait deux fois la taille du mien. Quelque chose me dit que j’aurai du me taire…
Demeurée un peu bête, son balai en main, Yeni fixait le binoclard avec des yeux presque aussi gros que les lunettes du garçon. Elle n'eut même pas la présence d'esprit de se redresser pour regarder les alentours, en quête de danger. Ses sens à l'affût l'avertiraient toutefois en cas d'approche frontale. Elle ouvrit la bouche pour répliquer quelque chose au sujet de l'inutilité de savoir bien balayer le sol lorsqu'on se trouvait aussi clairement au centre d'un bizutage. On pouvait s'en servir comme arme défensive ou comme outil de travail, mais l'objectif n'était certainement pas de faire briller les planchers.
Elle n'eut cependant pas l'opportunité de dire un mot avant que l'adolescent se saisisse du balai pour lui montrer comment faire... et n'assomme par le fait même une pauvre et innocente créature qui avait eu le malheur de croiser leur route. Le bruit écoeurant qui s'ensuivit leva le coeur de la Russe.
"Attention! Tu tues créature!" s'exclama Yeni en se précipitant vers la flaque qui avait autrefois été un être vivant. Sans répugnance, mais en prenant toutefois soin d'enfiler ses gants de caoutchouc, elle rassembla le maximum de substance pour en faire un tas jelloïforme. Malgré le peu de clarté -toujours en provenance de la salle qu'elle venait à peine de quitter et que d'autres agents quittaient à sa suite- Yeni pouvait distinguer les contours de la victime étendue sur la tuile. Il n'y avait plus rien à faire pour elle et ce fut à regret que l'agente se releva, deux ronds humides tachaient à présent ses genoux.
"Tu es pas petit garçon avec ordinateurs?" fit Yeni sur le ton de celle qui lentement reconnaît la personne à qui elle s'adresse. L'image de Lucas en fusion presque totale avec ses lunettes et ses écrans d'ordinateur remontait tout doucement à la surface de la mémoire de la jeune russe. Elle avait déjà vu ce petit homme-là, au détour des couloirs, jamais dans un de ses cours, et s'était demandée de quel agent il était le fils. L'APO étant une organisation sérieuse, elle ne pouvait tout de même pas engager des enfants pour effectuer un travail si périlleux. Force était pourtant de constater que le gamin avait le titre d'agent à part entière puisqu'il se trouvait là au milieu du troupeau de nouveaux arrivants.
Elle rattrapa in extremis le balai et la serpillère de Lucas qui se remettait au travail. "Stop! Il faut pas faire comme ça!" Comme Lucas tentait de récupérer sa serpillère, Yeni le repoussa de plat de la main pour le tenir à distance. Elle en profita pour plaquer une main sur la bouche qu'il ouvrait à nouveau tout grand pour se remettre à parler. "Silence. Tu déranges créatures. Tu vas créer problèmes. Tu dois pousser serpillère vers avant et tu ramènes en cercle" expliqua patiemment la Russe en pleine démonstration ménagère tandis que certains agents les dépassaient en riant. Ni l'homme taciturne, ni Éris ne s'arrêtèrent à son niveau, dans ce dernier cas, Yeni avait simplement fait signe à sa collègue de passer son chemin. "Je rejoins bientôt avec..." "Lucas-je-suis-lycéen-je-vais-passer-mon-bac-S-bientôt-et-vous-trouvez-pas-que-ça-sent-mauvais-dans-le-coin?-tu-me-rends-ma-serpillère-oui?-si-t'en-veux-une-tu-peux-y-aller-j'en-ai-vu-d'autres-bon-ben-je-continue-par-là-moi." Incapable d'en placer une, Yeni haussa les épaules, tendit la serpillère, mais se garda bien de le quitter d'une semelle. Il ne progressa que de quelques mètres dans le couloir. Elle n'aimait pas les gens qui tuaient des bêtes gratuitement.
Lison, qu'elle avait croisée sur le ring quelques jours auparavant (c'était, par ailleurs, plutôt leurs poings qui s'y étaient croisés), prononça une parole sensé. Yeni abonda dans le même sens. "On fait ménage, on tue que pour nous défendre." Éris s'était pour sa part engagée dans une salle avec un agent. Elle fit quelques pas à son tour et lança, à l'attention des quelques agents encore présents, qu'en Russie, on savait déloger la grosse saleté tenace. Elle parla des différentes marques de produits dont les noms ressemblaient à eux seuls à des déclarations de guerre, ce qui fit rire Lucas, mais ne dérida pas Emma, une concertiste qui avait impressionnée Yeni la veille. La musicienne grimaçante était déjà occupée à ramasser des objets non identifiables et à les jeter pèle-mêle dans un grand sac. Déçue de son public, Yeni glissa jusqu'à une porte grillagée qu'elle écarta d'un mouvement prudent. Elle se faufila entre les cages, poussant toujours son balai, mais surtout curieuse de voir ce que contenaient ces prisons pour bestioles.
"Hé! Venez! Il y a créature toute poilue orange. Ça ressemble à баран avec poils orange!"
À ce moment, la bestiole, toute ronflante qu'elle était, ouvrit trois grands yeux vert lime qui se fixèrent sur Yeni, puis sur Lucas dont les lunettes passèrent par l'entrebâillement de la porte une fraction de seconde avant la tête. Deux autres agents entrèrent à la suite du génie informatique. "On nettoie?" demanda la Russe en agitant son balai au-dessus de la tête. Son expression faciale en disait long sur son ravissement intérieur. La porte grillagée se referma. Les ronflements continuèrent. Yeni finit par réaliser que le poilu orange n'était pas le seul habitant des lieux. Une autre cage, plus grande, contenait un second poilu, plus gros, blanc, et duquel se dégageait une aura nettement plus dangereuse. Pas fâchée que le yéti dormît à poings fermés, l'agente vint pour signaler à ses collègues de se déplacer prudemment lorsque la porte s'ouvrit dans un fracas infernal et qu'un hurluberlu sauta dans la salle en hurlant.
Yeni était assez proche des cages pour admirer le lever du yéti...
Debout, l'animal culminait à près de 3m, près de deux fois la taille de la Russe dont les yeux s'agrandissaient de seconde en seconde. Le grondement du réveil était impressionnant. "Toi идиот!" jura-t-elle en direction de Jolan qui brandissait un... plumeau? en direction du yéti. Ça lui faisait un drôle d'air. Il dut s'en rendre compte car il lâcha son arme et serra les poings à hauteur de visage. Fallait-il vraiment lui expliquer qu'on n'affrontait pas un yéti? Lucas avait eu la brillante idée d'amorcer un retour vers la porte. Yeni exhorta plutôt Jolan à délaisser sa position de combat. "Yéti est plus fort que toi. Tout le monde montre calme et visage neutre. Regardez pas yeux à lui. Ni à lui" ajouta-elle après un quart de seconde de réflexion et en désignant du menton la bestiole aux trois yeux. Celle-là démontrait également de l'intérêt, du moins Yeni le crut-elle lorsqu'elle la vit étirer cinq minces tentacules translucides à travers les barreaux de sa cage.
Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité
Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets Vous ne pouvez pas répondre aux sujets Vous ne pouvez pas éditer vos messages Vous ne pouvez pas supprimer vos messages