Après le looong voyage qui avait mené Mamma Azarie de son Italie à Hafelstadt, la Mamma débordait d'énergie. N'importe qui aurait été fourbu après un tel périple, mais pas Azarie. Elle avait vu chaque seconde du trajet comme étant une seconde qui l'approchait de son époux, et sa fébrilité n'avait fait que croitre au fur et a mesure que le train dévorait les kilomètres.
Et maintenant, Azarie avait retrouvé son amour, Tony Matl, le cuisinier de l'APO. Elle était dans son antre, et il commençait à officier tout en discutant avec son épouse. - Je dois te prévenir que dans le coin, il y a des choses un peu bizarres, mais ne t'inquiète pas, c'est normal et sans danger ...
- Mais oui, mais oui ... Et tu passes toutes tes journées aux fourneaux tout seul, où il y a d'autres cuisiniers avec toi ? - Oh, je suis pas seul, j'ai toute une petite équipe sous mes ordres, mais là ils ne sont pas encore arrivés ... Il faudra que tu aille voir l'un des agents de renseignements de l'APO, pour qu'il te dise certaines choses... Ça pourra te paraitre étrange, mais ... - Et Icare vient souvent te voir où il juge indigne de te côtoyer parce que tu es le cuisinier ?
- Non ... Il vient régulièrement, dès que son travail lui laisse quelques instants de libre. Je disais donc que l'agent de l'APO va te dire des choses étranges, mais je t'assure qu'il dit vrai et qu'il ...
- Brave petit .... D'ailleurs il est où son bureau ?
- Azarie, c'est important, il faut que tu ailles voir un agent de l'APO qui te dira des choses ....
- Aaaaah ! Une souris géante !
En fait, ce que venait d'apercevoir Azarie, ce n'était pas vraiment une souris géante, mais une des créatures habitant le QG de l'APO. Avec une tête de rongeur, un corps évoquant celui s'un crocodile, la bestiole avait à peu de choses près la taille d'un tigre, et s'était redressée sur ses pattes arrières pour se saisir de quelques aliments dans le placard avec ses pattes avant.
Ni une ni deux, Azarie se saisit d'une grosse louche qui trainait sur le plan de travail, et fonça vers la créature. Effrayée, celle-ci détalla vers la porte, tandis que derrière, Tony courrait aussi en criant à Azarie de s'arrêter.
Ladite porte menant au réfectoire, quelques agents qui s'y étaient installés pour un café matinal un peu en retard eurent la surprise de voir cette créature pourchassée par Azarie, hurlant dans une voix un peu couinante :
- Au secours ! Au secours ! Cette folle veut me tuer !!
Un café. Un double expresso avec deux sucres, surplombé de mousse, saupoudrée d'un peu de chocolat en poudre. Commencer sa journée sans ça ? Impensable ! Aline avait commencé à boire du café à l'école de police et depuis il lui fallait chaque matin sa dose de caféine pour attaquer joyeusement la journée (tiens ! Voilà que je fais des slogans publicitaires !). Ca lui prenait un temps fou pour préparer son café chaque matin, mais le résultat en valait la peine. Aline s'assit à une table où trois autres agents prenaient leur petit-déjeuner. Il ne lui adressèrent même pas la parole. Aline haussa les épaules. Elle était encore une recrue toute fraîche et personne ne semblait encore décidé à lui faire confiance. "Peu importe ! pensa-t-elle. Tant que j'ai mon café du matin rien d'autre ne compte. Est-ce que c'est à moi de faire le premier pas ? What esle ? et puis quoi encore ?" Elle porta à son nez sa tasse et huma profondément la délicieuse odeur. lle porta la tasse à ses lèvres et s'apprêta à boire le divin nectar, lorsque soudain... Au secours ! Au secours ! Cette folle veut me tuer !! Aline se retrourna et vit la porte battante des cuisines s'ouvrir à la volée, et en sortir une étrange bestiole suivie de près par une vieille dame armée d'une énorme louche. La jeune femme regarda cette scéne avec l'impression d'avoir raté un épisode. Elle était au courant que dans le QG d'une organisation paranormale elle pourrait croiser toutes sortes de créatures étranges, mais qu'il n'y avait pas à avoir peur. Cependant, devait-on avoir plus peur de l'espèce de souris géante...ou de la bonne femme qui lui courait après ? D'ailleurs, les deux monstres arrivaient dans la direction d'Aline. la vieille dame replette qui courait en brassant l'air de son instument effrayait décidément plus peur à la policière que n'importe quel démon. Elle s'écarta, mais pas assez vite. VLAN ! La louche entra violement en contact avec son visage et elle tomba par terre. S'ensuivit un long momen,t de confusion. Aline perdit toute notion du temps, mais lorsqu'elle émergea, il lui sembla qu'elle avait vu des étoiles pendant un siècle et demie. La permière chose qu'elle vit fut le visage bonbon d'une vieille dame. "Wheeeeeu... J'suis qui ? Ici c'est où ?"
D'une main experte, Azarie faisait tournoyer sa louche dans les airs en menaçant la vermine qui avait osé chaparder dans la cuisine. Certes, ça avait plutôt la classe, et lui donnait un style, mais elle aurait dû s'en abstenir.
En effet, lorsqu'elle eut rattrapé la bestiole, s'apprêtant à lui asséner une correction dont elle se souviendrait, elle entendit un "Chkung" et remarqua que sa louche avait frappé quelque chose. Ce quelque chose c'était Aline Cedrac, 22 ans.
Oubliant sa chasse une seconde, Azarie regarda la pauvre jeune femme à terre. La créature n'en crût pas sa chance, et en profita pour détaller sans demander son reste.
Visiblement sonnée par le choc, la pauvre victime d'Azarie se redressa. Le choc avait dû être violent. Comme quoi, on ne se méfie jamais assez des vieux ...
La Mamma fit un passage éclair aux cuisines, pour en revenir auprès de sa victime, avec son sac, et une assiette.
- Tiens, manges. Ca te remettra d'aplomb !
Et elle lui fourra l'assiette de spaghettis-bolognaise dans les mains. La jeune femme sonnée, recevant un ordre, elle n'était pas en état de refuser, et commença docilement a manger, tandis qu'Azarie sortait de son sac divers bandages, crèmes et autres, et entreprit de soigner la malheureuse.
En tombant, elle s'était légèrement ouvert au niveau du crâne, c'est ce qu'Azarie pansa en premier, puis elle étala de la crème sur l'hématome causé par la rencontre un peu trop enthousiaste de la louche et du front de la pauvre femme. Pendant qu'Azarie œuvrait, sa patiente commença à se débattre, signe qu'elle se reprenait, mais la Mamma avait eu sept fils et maitrisait parfaitement l'art de soigner un patient non consentant...
Autour d'eux, les agents observaient la scène, curieux de ces étranges évènements, même selon leur échelle (où laquelle une invasion alien, un possession par un démon, ou encore des morts se relevant de leurs tombes sont classés dans la catégorie "habituels").
Aline mit un bon moment à se rappeller qui elle était et ce qu'elle faisait ici. Elle était encore dans le gaz quand elle sentit qu'on lui fourrait une assiette de spaghettis entre les bras avec l'ordre de manger. Elle mangea donc, sans vraiment s'en rendre compte. Le réfectoire, les tables, les chaises, tout ça tournait autour d'elle à lui en donner la nausée. Elle sentait qu'on lui touchait la tête sous tous les angles, qu'on la bandait. Elle faillit s'étouffer avec les pâtes, cracha, éructa, ça l'aida à se réveiller. La policière commença alors à paniquer un chouilla. Et voir la vieille dame à la louche penchée au dessus d'elle, même sans sa louche, ne l'aida pas à se calmer. Elle se débattit de plus belle, pressée d'échapper à ce monstre en robe colorée.
-Non ! Au secours ! Je veux partir ! Pas la louche ! Pas la louuuuuuuuuuuche !!!
Edit MJ - Rappel : Seules les couleurs claires sont autorisées pour les dialogues, si vraiment vous les estimez nécessaires. Le bleu fonçé, vert foncé, rouge et autres couleurs sont à éviter quoi qu'il arrive. Merci d'avance.
La pauvre rouquine semblait hystérique, délirante au sujet d'une louche qui semblait la terroriser ... Ou bien le coup avait fait perdre plus de neurones qu'Azarie se l'était imaginée, ou bien la pauvre jeune femme devait avoir un capital de départ assez réduit ...
Oh, je ne dis pas ça pour être insultant (promis), ce sont juste les remarques qui traversèrent l'esprit de la Mamma devant la réaction de sa victime involontaire.
En parlant de victime, où était passé cette sale petite bestiole ? L'italienne abandonna quelques secondes la jeune femme à ses délires pour jeter un petit coup d'œil périphérique, mais sans résultat. La créature avait promptement détallé.... Il faudra installer des pièges ...
Elle en était là de ses élucubration quant la situation actuelle lui revint à l'esprit. Sa victime était en état de choc, semblait-il. Étrange pour des "agents secrets". Menfin, que faire pour calmer cette crise ?
Azarie se remémora ce qu'elle faisait avec ses enfants, et plongea la main, le poignet, et finalement tout le bras dans son sac. Elle y farfouilla durant un quart de seconde, avec une vélocité et précision incroyable, pour en ressortir successivement une flasque de métal, un biberon, et une tétine.
Vous imaginez bien ce qu'elle en fit. En un tour de main, le biberon était remplit de lait avec du miel et deux doigts de cognac. Le kit "calmer les gamins" était prêt.
Aussi tenta-t'elle d'enfourner ledit biberon dans la bouche de la malheureuse ....
La vieille dame se leva et s'éloigna un peu, Aline put enfin respirer. Elle reprit son souffle et entreprit de se lever. Mais lorsque la femme revint avec un biberon à la main, elle se remit à paniquer.
*Nom de Dieu ! Voilà qu'elle me prend pour son gosse !*
Elle bondit sur ses pieds et courut se réfugier derrière la table de réfectoire, refusant de se laisser faire. Elle dégaina son Sig Pro et le pointa sur la grosse dame.
Ca suffit ! Rendez-vous sur le champ !
C'est ce qu'elle faisait en cas de grosse panique : dissimuler sa peur derrière un zèle tout professionnel, voire un peu excessif.
Posez ce biberon par terre et faites trois pas en arrière en levant les bras ! Allez, posez ce biberon ! POSEZ CE BIBEROOOOON !!!
Le traitement de choc qu'avait administré Azarie à la pauvre jeune femme l'avait semble-t'il rendue hystérique. Voilà qu'elle faisait un caprice. Mais pas un caprice ordinaire, où les enfants hurlaient quelque chose comme "Naaaan ! Je veux pas !". C'était là la classe au dessus : flingue braqué, ordres, etc ...
Azarie savait très bien comment réagir à ce genre de caprice.
Elle d'un geste tout à fait naturel, elle mit les poings sur les hanches, et fixa la jeune femme. Sur son visage, une subtile modification s'opérait, ses traits se déformaient légèrement, lui donnant un air d'une sévérité incroyable, c'en était déstabilisant, voire même carrément effrayant.
Vous l'aurez comprit, la Mamma lui faisait les gros yeux.
Il parait que la plume est plus forte que l'épée. L'autorité parentale est-elle plus forte qu'un pistolet ?
En tout cas l'italienne ordonna de la voix impérieuse que prennent les parents qui grondent leurs enfants : - Maintenant ça suffit. Range ton pistolet et arrête tes caprices ! Il parait que le proverbe cité au dessus spécifie que ça ne marche qu'avec une toute petite épée, et une plume très affutée ...
(Désolée pour le retard, j'étais prise en otage en Corse)
-Maintenant ça suffit. Range ton pistolet et arrête tes caprices ! Aline n'aimait pas ce ton et fut bien loin de relâcher sa garde. Voilà que cette vieille dame lui donnait des ordres en lui faisant les gros yeux. Elle n'était même pas armée ! Cette constatation la rassura un peu. Elle avait conscience d'être un peu ridicule, mais refusait de lâcher du terrain face à ELLE, elle aurait été encore plus ridicule. Mais que pouvait-elle faire ? Se jeter sur elle et la plaquer à terre pour lui mettre les menottes ? Après tout, pourquoi pas ? D'où sortait-elle cette vieille dame ? Elle ne faisait pas partie du personnel. Aline sortit ses menotte de sa poche et s'approcha doucement de la dame. -Madame, posez ce biberon et mettez les mains sur la tête, je vais procéder à votre arrestation.
(Désolé pour le retard, je prenais des otages en Corse)
Dans l'incommensurable sagesse qu'Azarie a pu amasser au fil des années où elle élevait ses enfants, se trouvait justement un article conçu pile poil pour gérer ce genre de situations. Le fait que cet article soit classé dans la catégorie "crise d'adolescence" et qu'elle allait l'appliquer à une ex-policière qui la braquait avec son arme n'était, aux yeux de la Mamma, qu'un détail.
Cet article stipulait plusieurs choses, dont en voici une liste exhaustive : 1°) Intimidation. Tenter d'éviter le conflit en faisant acte d'autorité. [échoué] 2°) Menace. Appuyer l'intimidation, en menaçant. Par exemple priver de sortie. [a tester] 3°) ... On verra après le 3°) ... Teste d'abord le 2°), ma grande !
Azarie aurait très bien pu écrire un livre sur la façon d'élever les enfants. Mais utiliser cette expérience revenant à se référer à un livre de cuisine pour régler un centrifugeur à particules ... Le succès n'est pas des plus assuré ! Mais qui sait ?
Ainsi, Azarie continua à jeter son regard mauvais à la pauvre jeune femme, qui pourtant, arrivait à le soutenir. Un regard qui aurait pourtant pu faire fondre le métal ... Mais l'ex-victime d'Azarie continuait d'avancer, la tenant en joue. Quand elle arriva suffisamment près, le doigt de l'italienne fusa, et vint boucher le canon du pistolet.
- Je te préviens que si tu n'arrêtes pas immédiatement tes sottise, je vais te priver de dessert jusqu'à ce que tu aie oublié le goût du sucre !
La vieille dame avait posé le bout de son index sur la gueule du Sig Pro en la menaçant de la priver de dessert.
*Alzeimer, déjà ?*
La situation était d'un ridicule sans limites, mais Aline allait devoir obéir. Elle n'allait tout de même pas pulvériser le doigt d'une pauvre grand-mère un peu folle. Elle rangea donc le pistolet dans son holster, mais refusa d'en démordre.
"Attention ! Je rengaine, mais ce n'est pas pour vous obéir ! Au moindre faux pas je n'aurais pas besoin d'arme pour vous passer les menottes et direction le bureau de la sécurité !" Lança-t-elle en pointant sur la vieille dame un index menaçant.
Voilà qui était fait. Cependant, l'ex-policière se posait toujours une question au sujet de cette étrange bonne femme.
"Au fait, qu'est-ce que vous fichez là ? Vous faites partie de l'APO ?"
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